Le Grand Rabbin séfarade d’Argentine réaffirme l’interdiction des conversions locales
Affirmant que cet édit centenaire n'est plus nécessaire, le séminaire massorti de Buenos Aires déplore l'obligation pour les futurs convertis de se soumettre au Grand Rabbinat d'Israël
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Le Grand Rabbin séfarade d’Argentine a réaffirmé une décision vieille d’un siècle selon laquelle il est interdit de procéder à des conversions en Argentine et que celles-ci ne sont considérées comme valides que si elles sont effectuées en Israël.
Les représentants des mouvements non-orthodoxes ont réagi avec colère, demandant pourquoi cette décision avait été prise maintenant et affirmant qu’elle allait placer les convertis argentins sous l’emprise stricte des rabbins orthodoxes israéliens, qui ont la mainmise sur les questions de conversion.
« L’orthodoxie tente de se présenter comme la seule source légitime du judaïsme et de l’autorité halakhique [loi juive orthodoxe] », a déclaré à la JTA le rabbin Ariel Stofenmacher, directeur du Seminario Rabínico Latinoamericano, le séminaire du mouvement massorti (conservateur) de Buenos Aires.
« Nous craignons que les membres de la communauté juive d’Amérique latine, où environ 80 % de la population n’est pas orthodoxe, lisent cette déclaration d’un rabbin important et qu’ils se sentent confus. »
Le document, qui a été diffusé le 13 janvier et qui a été signé par le Grand Rabbin Yosef Chehebar, réaffirme une takanah – une ordonnance rabbinique promulguée pour ajuster, compléter ou préserver la halakha face à des situations nouvelles ou face à des coutumes obsolètes – qui avait été instaurée pour la première fois en Argentine en 1927.
Le rabbin Shaul Sitehon Dabah, de tradition syro-aleppine, et le rabbin ashkénaze Aharon Goldman avaient rédigé cette takanah face à la prolifération de conversions laxistes ou irrégulières parmi les immigrants juifs, en particulier dans les zones rurales.
Le document, signé par le rabbin Chehebar, évoque une interdiction « générale et contraignante ». Il souligne que cette takanah a été promulguée de manière permanente, « sans aucune limitation temporelle ni expiration », et il la présente comme une garantie de « la pureté de la lignée et du caractère sacré de nos familles ».
Cependant, des rabbins non orthodoxes ont affirmé que depuis l’interdiction initiale, le processus de conversion a été standardisé et que le niveau de préparation en Argentine est dorénavant considéré comme très élevé. Le Seminario Rabínico Latinoamericano, qui procède à des conversions depuis sa fondation en 1994, estime que les raisons de cette restriction « ne sont plus applicables ».
Ceux qui critiquent le document du rabbin Cheheber affirment qu’aucun incident ni événement récent n’a justifié un tel rappel.
« Nous rejetons les récentes déclarations qui invoquent un herem [interdiction] datant des années 1920 pour invalider les conversions effectuées en dehors de l’État d’Israël et par des rabbins non orthodoxes, ainsi que l’utilisation d’un langage faisant appel aux notions de ‘lignée’, ‘pureté’ ou ‘contamination’, » ont commenté le Seminario Rabínico Latinoamericano et son séminaire rabbinique affilié dans un communiqué qui a été publié le 15 janvier.
« De telles affirmations sont indéfendables sur le plan halakhique et elles sont inacceptables sur le plan éthique, en particulier lorsqu’elles introduisent des catégories étrangères au judaïsme et moralement offensantes. »
Le Grand Rabbin séfarade de Buenos Aires Isaac Sacca a publié la décision du rabbin Chehebar sur les réseaux sociaux et il l’a défendue dans une interview accordée à la JTA.
« Cette réglementation est une limitation que les rabbins orthodoxes argentins s’imposent à eux-mêmes pour garantir la sécurité et une certaine tranquillité d’esprit, et pour que la conversion, une pratique aussi délicate et sacrée, soit menée avec le sérieux qui s’impose, et que ni le converti, ni les familles, ni la communauté ne soient induits en erreur », a-t-il expliqué.
La question de la conversion a longtemps été un sujet sensible entre la Diaspora et Israël, où le rabbinat orthodoxe détient un quasi-monopole sur les événements marquants de la vie juive, notamment la conversion. Les conversions non orthodoxes ont été reconnues en Israël à la suite d’une décision historique qui avait été rendue par la Cour suprême israélienne en 2021.
Pour autant, des mouvements non orthodoxes continuent de s’opposer aux réglementations gouvernementales qui compliquent la reconnaissance de ces conversions.
La conversion a été particulièrement difficile en Amérique latine, notamment en raison des controverses qui ont conduit à la takanah de 1927 et, plus récemment, à la conversion massive au Brésil, en Colombie et dans d’autres pays de personnes qui s’identifient comme des Bnei Anusim, ces descendants de Juifs convertis de force sous l’Inquisition espagnole et portugaise.
Dans les milieux orthodoxes argentins, les étapes préparatoires à la conversion peuvent se dérouler dans le pays, mais le Beth Din, ou tribunal rabbinique, qui les valide est situé en Israël.
Selon des sources ayant souhaité rester anonymes, cette décision n’a pas visé les mouvements non orthodoxes, mais les rabbins orthodoxes qui proposaient des alternatives plus souples aux personnes souhaitant se convertir – comme effectuer une conversion orthodoxe dans le pays voisin, l’Uruguay, puis revenir en Argentine pour demander sa reconnaissance à Buenos Aires.
Dans sa prise de position, le rabbin Chehebar précise que la takanah « s’applique aussi bien à toute personne résidant en Argentine qu’à toute personne venant d’un autre pays avec l’intention de s’établir sur le territoire national, même dans les cas où le giyour [conversion] a déjà été effectué dans le pays d’origine ou dans un autre pays, en dehors d’Eretz Israël ».
Interrogé pour savoir si un incident particulier avait déclenché cette décision, le rabbin Sacca a répondu : « Nous n’avons connaissance d’aucun événement particulier. Il s’agit simplement d’un rappel que le Grand Rabbinat séfarade de tradition syro-aleppine a transmis à notre rabbinat afin qu’il soit diffusé publiquement. »
« Cette décision ne constitue pas un rejet des convertis, ni une dévalorisation de ceux qui cherchent sincèrement à rejoindre le judaïsme », a-t-il ajouté.
« Au contraire, elle constitue une garantie halakhique qui vise à préserver un commandement fondamental lié à l’identité juive, dans un contexte marqué par des pressions sociales et des faiblesses institutionnelles. Elle vise également à empêcher les décisions hâtives qui pourraient affecter la vie spirituelle et personnelle de ceux qui souhaitent se convertir, ainsi que celle de leurs descendants. »
Le mouvement massorti affirme que ses propres rabbins procèdent aux conversions de manière « sérieuse, exigeante et profondément juive », en se basant sur une étude rigoureuse, un engagement envers la vie juive et des conseils rabbiniques responsables.
« Ceux qui rejoignent le peuple juif par cette voie », souligne le document, « sont accueillis comme des Juifs à part entière, avec dignité et un sentiment d’appartenance complet, conformément à la tradition rabbinique ».
« Nous réaffirmons que nous procédons à des conversions légitimes conformément à la halakha, comme nous le faisons depuis des décennies, avec des milliers de personnes qui ont rejoint le peuple juif dans notre région, et nous continuerons à le faire dans toutes les communautés où nos rabbins officient », a déclaré le rabbin Ariel Stofenmacher.
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