Élections au Royaume-Uni: les Verts anti-Israël remportent leur première mairie
Le grand gagnant d'extrême droite, Farage, estime que les résultats marquent un "tournant véritablement historique" ; une nouvelle maire écologiste aurait bloqué une lettre félicitant la police londonienne pour sa réaction face à une attaque antisémite
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Le Premier ministre britannique Keir Starmer a insisté vendredi sur le fait qu’il ne démissionnerait pas après des élections difficiles qui ont vu son Parti Travailliste au pouvoir subir de lourdes pertes, tandis que le parti anti-immigration Reform UK a enregistré des gains importants et que le parti des Verts, une faction d’extrême gauche et anti-Israël, a remporté sa première mairie par élection directe.
Reform et les Verts font tous les deux l’objet d’accusations d’antisémitisme et de sectarisme à un moment où les Juifs du Royaume-Uni sont de plus en plus menacés.
Les élections locales et régionales ont été largement considérées comme un référendum informel sur Starmer – dont la popularité a chuté depuis qu’il a mené le Labour au pouvoir il y a moins de deux ans.
Les premiers résultats ont mis en évidence la fracture du système bipartite traditionnel britannique – les partis Travailliste et conservateur, autrefois dominants, perdant des voix non seulement au profit de Reform, mais aussi au profit du parti des Verts de gauche, à l’autre extrémité du spectre politique, et des nationalistes en Écosse et au Pays de Galles. Les libéraux-démocrates, centristes, ont enregistré quelques gains.
Le principal bénéficiaire de la déroute du Labour a été le parti populiste Reform UK de Nigel Farage, fervent défenseur du Brexit, qui a remporté plus de 400 sièges au Conseil, en Angleterre, et qui pourrait former la principale opposition en Écosse et au Pays de Galles face au Parti national écossais et face au Plaid Cymru, tous les deux favorables à l’indépendance – et ce en fonction des résultats qui sont ultérieurement attendus dans la journée de vendredi.
Dans tout le Royaume-Uni, le Labour a perdu des voix au profit de Reform UK, à sa droite, mais aussi au profit des Verts, dont la popularité s’est renforcée sous la houlette de Zack Polanski, un leader qui se qualifie lui-même « d’éco-populiste ».
Polanski a fait des questions anti-israéliennes et pro-palestiniennes un élément central du programme de son parti. Lui-même ainsi que de nombreux candidats issus de sa formation sont également soupçonnés d’antisémitisme.
Les Verts espéraient remporter des centaines de sièges au conseil municipal dans les centres urbains et dans les villes universitaires – et ils se sont saisis de la mairie de Hackney, dans l’Est de Londres, un bastion traditionnel du Labour. Le conseil municipal de Hackney a la responsabilité de Stamford Hill, où vivent des dizaines de milliers de Juifs ultra-orthodoxes.
S’exprimant à l’issue du dépouillement, Polanski, juif et anti-israélien, a salué cette « victoire historique » et il a indiqué que « la politique bipartite n’est plus en train de mourir ; elle est morte et enterrée ».
« Mon message à Keir Starmer, c’est qu’il doit partir. Mais je ne pense pas que ce soit mon message à moi ; je pense que c’est le message qui est transmis par le pays », a indiqué Polanski. « Nous constatons depuis longtemps que sa popularité est en baisse et qu’il a perdu la confiance du pays ».
La conseillère Zoë Garbett, qui occupera désormais le poste de maire de Hackney, aurait bloqué une lettre qui félicitait la police métropolitaine de Londres pour sa réaction face à l’attaque terroriste antisémite qui était survenue à Golders Green le mois dernier.
Les médias britanniques ont rapporté que la question de la guerre à Gaza figurait en bonne place sur les priorités des électeurs de Hackney. Garbett a dit, la semaine dernière, que les électeurs de Hackney – où le Labour était le premier parti au conseil municipal depuis les années 1970 – étaient mécontents de ce dernier pour diverses raisons, allant des problèmes locaux de logement à son positionnement sur la guerre à Gaza.
Farage salue ce revirement
Le parti anti-immigration Reform UK, avec à sa tête le politicien nationaliste chevronné Farage, a remporté des centaines de sièges dans les conseils locaux des zones populaires du nord de l’Angleterre, telles que Hartlepool, qui étaient autrefois des bastions travaillistes, et il a également progressé face aux conservateurs dans des zones comme Havering, à l’est de Londres.
Farage a expliqué que les résultats des élections locales avaient démontré un « tournant véritablement historique dans la politique britannique » et que sa formation était désormais « le plus national de tous les partis. Nous sommes là et nous resterons là ».
Farage, 61 ans, et son parti populiste sont depuis longtemps accusés de flirter avec le racisme, ce que tous les deux ont nié. D’anciens camarades de classe ont affirmé que Farage avait fait le salut nazi, qu’il avait plaisanté sur les chambres à gaz et qu’il avait déclaré que « Hitler avait raison », entre autres expressions de soutien au nazisme.
Starmer affirme qu’il ne baissera pas les bras
Alors qu’environ un quart des votes avaient été dépouillés dans la matinée de vendredi, Starmer a déclaré qu’il assumait la responsabilité de ces résultats « très difficiles », mais qu’il ne démissionnerait pas.
« Les électeurs ont transmis un message sur le rythme du changement, sur la manière dont ils souhaitent que leur vie s’améliore », a-t-il dit. « J’ai été élu pour relever ces défis, et je ne vais pas les fuir et plonger le pays dans le chaos ».
Le Parti Travailliste s’attendait également à des résultats humiliants lors des élections aux parlements décentralisés d’Écosse et du Pays de Galles, dont les résultats devraient être annoncés plus tard dans la journée.
Le parti au pouvoir semble également voué à essuyer de nouvelles défaites à Londres, les Verts ayant rallié les électeurs de gauche mécontents dans les zones urbaines grâce à leur message anti-israélien et pro-palestinien.
« Les résultats sont durs, ils sont très durs, et il n’y a pas de quoi enjoliver la situation », a indiqué Starmer.
« Nous avons perdu de brillants représentants Travaillistes à travers le pays ; ce sont des personnes qui se sont tant investies dans leurs communautés, qui se sont tellement investies dans notre parti ».
« Et cela fait mal, et cela doit faire mal, et j’en assume la responsabilité », a-t-il poursuivi.
Ce scrutin a été le plus grand test électoral pour Starmer, actuellement en difficulté, depuis que le Parti Travailliste a évincé les conservateurs après 14 ans au pouvoir, remportant une victoire électorale écrasante il y a moins de deux ans.
De lourdes pertes pour le Labour pourraient amplifier les appels à la démission de Starmer, qui est âgé de 63 ans, ou le confronter à une contestation de sa place à la tête du parti – une contestation qui est latente depuis longtemps.
Il a insisté vendredi sur le fait que « des jours comme celui-ci n’affaiblissent pas ma détermination à apporter le changement que j’ai promis ».
Avant la fermeture des bureaux de vote jeudi soir, le Times a rapporté que le secrétaire d’État à l’Énergie et ancien chef du Parti travailliste, Ed Miliband, avait en privé exhorté Starmer à établir un calendrier pour quitter ses fonctions après les élections.
Les médias britanniques regorgent de rumeurs qui laissent entendre que l’ancienne vice-Première ministre Angela Rayner ou que le secrétaire d’État à la Santé Wes Streeting pourraient tenter d’écarter Starmer après les résultats.
Aucun des deux politiciens ne jouit toutefois d’une grande popularité – et ils auraient besoin du soutien de 20 % des députés du parti pour lancer une course à sa présidence.
Mais le vice-Premier ministre David Lammy a insisté, vendredi dans la matinée, sur le fait qu’un changement de direction serait une erreur.
« On ne change pas de pilote en plein vol, on continue… Parfois, les gouvernements en place, en particulier, traversent des moments difficiles », a-t-il commenté au micro de la station de radio BBC.
Il a reconnu qu’il y avait « beaucoup de frustration », mais « parfois, nos erreurs ont été davantage remarquées que nos réalisations ».
Faux pas
Le scrutin porte sur environ 5 000 sièges de conseils locaux – il y en a 16 000 en totalité – à travers toute l’Angleterre, tandis qu’au Pays de Galles et en Écosse, les électeurs élisent de nouveaux parlements décentralisés.
Comme prévu, Reform et les Verts ont profité de la désillusion généralisée à l’égard du gouvernement de Starmer.
Ses détracteurs ont affirmé que Starmer était passé d’une erreur politique à une autre, et qu’il a été impliqué dans un scandale concernant Peter Mandelson, limogé de son poste d’ambassadeur à Washington en raison de ses liens avec le pédocriminel américain Jeffrey Epstein.
Il n’a pas non plus tenu sa principale promesse de relancer la croissance économique, les Britanniques impatients souffrant toujours d’une crise du coût de la vie, notamment due aux prix élevés de l’énergie.
Cet ancien avocat est aujourd’hui l’un des Premiers ministres les plus impopulaires de toute l’Histoire de la Grande-Bretagne.
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