Le maire de New York sort un projet de lutte contre l’antisémitisme, à la veille de l’arrivée de Mamdani
Le Bureau de lutte contre l'antisémitisme d'Eric Adams émet des recommandations pour s'opposer à la discrimination envers les Juifs, ce qui entraîne certaines comparaisons implicites avec son successeur antisioniste
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Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

NEW YORK — La task force antisémitisme du maire de New York, Eric Adams, a publié mercredi un rapport détaillant son projet de lutte contre les discriminations envers les Juifs, à la veille de la prise de fonction de Zohran Mamdani, son successeur d’extrême gauche et anti-sioniste.
Adams est un fervent défenseur d’Israël et de la communauté juive dans son ensemble, qui a fait du combat contre l’antisémitisme une de ses priorités et a pris des mesures pour lutter contre les discriminations envers les Juifs.
Il a notamment créé, en mai dernier, le Service de Lutte contre l’Antisémitisme, le tout premier de cet ordre dans une grande ville américaine. C’est d’ailleurs ce service qui a publié son rapport ce mercredi, pour présenter le bilan de ses activités et formuler des recommandations en matière de lutte contre l’antisémitisme dans les villes américaines.
Les actes antisémites représentent 62 % de tous les crimes de haine enregistrés à New York au premier trimestre 2025, raison pour laquelle ce service a été créé, peut-on lire dans le rapport. Les Juifs représentent près de 12 % de la population de la ville.
L’antisémitisme a augmenté, que ce soit à New York ou partout ailleurs dans le monde, depuis le pogrom commis par le Hamas en Israël en octobre 2023. Ces derniers mois, les chiffres ont un peu diminué, sans que l’on sache très bien si cette baisse est liée à l’effet de certaines mesures, des changements au Moyen-Orient ou encore d’autres facteurs.
La mairie de New York, qui a la plus importante population juive au monde, a une « immense responsabilité » en matière de lutte contre la haine des Juifs, peut-on lire dans ce rapport de 80 pages, le tout premier publié par ce service, qui rappelle l’évolution de l’antisémitisme depuis l’arrivée des Juifs à New York, en 1654.
Le gouverneur de l’époque, Peter Stuyvesant, a bien tenté d’expulser les réfugiés juifs, qualifiés de « race trompeuse » et d’ennemis du Christ.
« Cet épisode fondateur a établi un schéma : celui d’une communauté qui contribue au bon développement de la ville tout en faisant régulièrement face à des discriminations », précise le rapport.
« L’antisémitisme s’est adapté à son époque tout en conservant son caractère essentiel, à savoir la persécution des Juifs, que ce soit en raison de leur religion, de leur origine ethnique ou de leur relation avec la Terre d’Israël », poursuit le rapport.
Le document établit des comparaisons implicites avec Mamdani, sans le mentionner ouvertement. Il rappelle ainsi la relation des Juifs avec Israël et les racines profondes du sionisme avant de noter que Mamdani se dit antisioniste, favorable à ce que soit fait le distinguo entre antisémitisme et antisionisme. Il souligne par ailleurs que, depuis la fondation d’Israël en 1948, tous les maires de New York se sont rendus en Israël et ont honoré de leur présence le défilé israélien depuis sa première édition en 1964 alors que Mamdani a bien dit qu’il ne ferait ni l’un ni l’autre.
Le service estime que « la dimension israélienne est centrale » dans l’antisémitisme, et que les autorités devaient prendre en compte la haine d’Israël.
« La conséquence pratique du discours antisioniste est la déshumanisation des sionistes (soit la grande majorité du peuple juif) et de tous les Juifs », lit-on dans le rapport. « Pour comprendre l’antisémitisme moderne, il faut accepter que l’identité juive soit intrinsèquement liée à Israël. Les mesures municipales oublieuses de cette dimension ne font que méconnaître l’expression contemporaine de cette haine ancienne. »
Le rapport présente en outre le bilan des activités du Service de lutte contre l’antisémitisme, dont l’avenir, sous la direction de Mamdani, est incertain. Son chef, le rabbin Moshe Davis, a déclaré mercredi au Times of Israel qu’il n’avait pas eu de nouvelles de l’équipe de Mamdani et qu’il restait donc pour l’heure à son poste.
Il est possible que Mamdani veuille démanteler ce service, ce qui ne manquerait pas de lui attirer une certaine réprobation compte tenu des inquiétudes suscitées par l’antisémitisme sous son administration. L’équipe de Mamdani n’a pas répondu à la demande d’information envoyée la semaine dernière à propos de l’avenir de ce service.
Le service coordonne la lutte contre les discriminations envers les Juifs au sein de plus de 35 agences municipales. Il s’est doté d’un organe inter-agences composé de représentants du Service de prévention des crimes haineux, de la police de New York et de la Commission des droits de l’homme chargé, entre autres, de surveiller l’activité judiciaire liée à l’antisémitisme et d’assurer la liaison entre la communauté juive, les forces de l’ordre et les procureurs de district.
A titre d’exemple, lorsqu’une publicité pour Israel Bonds, apposée dans l’espace public, a été vandalisée, recouverte de l’inscription « Israel bombs », le Service antisémitisme a contacté le représentant du Service des Transports et l’affiche a été remplacée en l’espace de quelques heures. Au niveau de la ville dans sa globalité, les Services Administratifs se sont associés au Service antisémitisme pour dispenser une sensibilisation à l’antisémitisme dans toute la ville et créer un nouveau mémorial de la Shoah dans le Queens.
Parmi les autres projets figurent l’organisation d’un événement Sigd à l’hôtel de ville, la mise à jour des programmes éducatifs, la planification des travaux de construction adaptés au calendrier juif et l’adoption d’aménagements religieux pour les Juifs incarcérés.
Selon le rapport, l’expérience du service pourrait servir d’exemple et de base à d’autres municipalités pour lutter contre les discriminations envers les Juifs, à commencer par les « guides de communication » utilisés par l’administration Adams pour rassurer les Juifs après des actes antisémites, le principe de réaction rapide, la rectitude morale « en dépit des incertitudes », la dénonciation sans ambage des actes antisémites, l’emploi combiné de messages et d’actions comme les enquêtes, ou encore l’appel à des experts.
Le rapport critique les « déclarations conditionnelles », comme par exemple celles qui condamnent l’antisémitisme tout en critiquant par ailleurs les actions israéliennes.
« Les autorités politiques tentent d’apaiser des publics bien différents, en donnant le sentiment de condamner l’antisémitisme pour s’assurer les bonnes grâces de l’électorat juif tout en manifestant leur sympathie pour les agresseurs », indique le rapport. « Cette opposition à l’antisémitisme paraît peu sincère. »
Ainsi, après une manifestation virulente devant une synagogue, le mois dernier, Mamdani s’en est pris aux manifestants puis à la synagogue, ce qui n’a pas manqué de déclencher un véritable tollé.
Le rapport présente par ailleurs des recommandations pour l’avenir à l’usage des autorités municipales.
Adams a adopté par décret exécutif plusieurs mesures pro-Israël et contre l’antisémitisme, à commencer par la création du Service de lutte contre l’antisémitisme, la dénonciation de la campagne de boycott d’Israël, la demande d’examen par la police des conditions de sécurité des lieux de culte, la création d’un conseil d’affaires destiné à renforcer les relations économiques avec Israël ou l’adoption de la définition donnée par l’IHRA de l’antisémitisme, laquelle englobe certaines formes de critiques envers Israël.
Les décrets exécutifs sont d’une mise en œuvre plus rapide que les lois municipales, mais elles n’en ont pas la force juridique. Mamdani pourrait aisément les révoquer, tout comme il a annoncé son intention d’annuler la décision concernant la définition de l’IHRA et la création d’un conseil des affaires.
Le rapport invite par ailleurs le conseil municipal à légiférer sur certaines de ses propositions dans l’année à venir, comme par exemple l’approbation de la définition de l’IHRA, l’interdiction du port du masque et la protection des lieux de culte.
La prochaine présidente du conseil municipal, Julie Menin, est une juive centriste susceptible de servir de contrepoids à l’administration Mamdani.
Mamdani prendra ses fonctions au tout début de cette nouvelle année.
la Communauté du Times of Israël !







