Quelles propositions de Mamdani peuvent directement impacter les Juifs de New York ?
Le nouveau maire de NY a présenté des projets pouvant avoir des répercussions sur la communauté juive en matière de sécurité, d'éducation et quant au défilé en faveur d'Israël
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NEW YORK — L’arrivée au pouvoir du maire élu de New York, Zohran Mamdani, marque un changement radical pour les Juifs de cette ville américaine. Les principaux rabbins qualifient en effet Mamdani de « danger », mettant en garde contre « l’intransigeance de son anti-sionisme ».
Mamdani est un militant anti-Israël de longue date, qui s’est identifié comme anti-sioniste. Les inquiétudes qu’il suscite proviennent en grande partie du discours de Mamdani contre Israël, les dirigeants juifs craignant que son administration ne fomente une hostilité contre les Juifs. Des sondages ont révélé qu’une majorité de Juifs pensent que, sous le mandat de Mamdani, la ville sera moins sûre pour eux.
Ces inquiétudes ont continué de croître ces dernières semaines, alors que l’équipe de Mamdani se met en place avant son entrée en fonction, prévue le 1er janvier. Selon un récent rapport de l’ADL, de nombreuses personnes nommées par Mamdani présentent des liens avec des groupes militants anti-sionistes. L’une des personnes nommées a démissionné la semaine dernière après que d’anciens commentaires antisémites qu’elle avait postés en ligne ont été divulgués.
Mais, parmi les mesures que Mamdani s’est engagé à mettre en œuvre, quelles sont celles qui pourraient avoir un impact direct sur les New-Yorkais juifs ? Le maire élu s’est concentré sur le pouvoir d’achat et le logement, des questions qui affecteront tous les New-Yorkais. Mais il a également présenté des propositions qui auront un impact plus immédiat sur les Juifs en matière d’éducation, de sécurité, concernant le défilé annuel de la Journée d’Israël de la ville, ainsi qu’au sujet de l’arrestation du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Voici donc quelques-unes des propositions politiques du maire élu susceptible d’avoir un impact sur les Juifs de New York.
Sécurité
Les Juifs new-yorkais ont fait à plusieurs reprises part de leurs inquiétudes quant à la façon dont Mamdani pourrait gérer les manifestations anti-Israël dans des lieux sensibles, notamment les synagogues et les quartiers juifs.
Si Mamdani s’est engagé à protéger les Juifs, la fusillade de masse perpétrée contre des Juifs en Australie mi-décembre a ravivé ces craintes. Certains critiques soulignent notamment que Mamdani avait, par le passé, défendu le slogan « Mondialiser l’Intifada », contribuant ainsi aux menaces contre les Juifs. Mamdani a déclaré par la suite qu’il « découragerait » l’utilisation de ce slogan, mais ne l’a toutefois pas condamné.
Mamdani a présenté les grandes lignes d’un projet de département en charge de la sécurité communautaire, qui donnerait, pour lutter contre la criminalité, la priorité à des « solutions communautaires axées sur la prévention » telles que l’investissement dans les services de santé mentale, la réduction du nombre de sans-abri et la « lutte contre les violences motivées par la haine ».
Durant sa campagne, Mamdani a indiqué que ce département supervisera une augmentation de 800 % du financement des programmes de lutte contre les violences motivées par la haine, qui passera ainsi de 3 millions de dollars à environ 26 millions de dollars.
Mamdani a également annoncé qu’il dissoudrait le Strategic Response Group du département de la police de New York (NYPD), une unité spécialement formée pour intervenir lors de manifestations.
À New York, les Juifs sont davantage pris pour cible par des crimes de haine que tous les autres groupes réunis. Selon les données du NYPD, au moins 287 incidents antisémites ont été signalés à la police depuis le début de l’année, sur un total de 516 crimes de haine. De plus, les actes antisémites représentent 56 % du total des crimes de haine commis dans la ville.
Le maire Eric Adams a fait de la lutte contre l’antisémitisme une priorité, créant à cet effet un bureau de lutte contre l’antisémitisme au début de l’année. On ignore encore si Mamdani conservera ce bureau. Le porte-parole de Mamdani n’a pas répondu à notre demande d’informations sur ses propositions politiques et le bureau de lutte contre l’antisémitisme.
Mamdani a en outre fait part de son intention d‘abandonner la définition de l’antisémitisme de l’IHRA, qui couvre certaines formes de critique d’Israël, après qu’Adams a, cette année, ordonné à son administration d’utiliser cette définition.
Mamdani a déclaré qu’il maintiendrait à son poste la commissaire juive de la police new-yorkaise Jessica Tisch, apaisant ainsi certaines inquiétudes au sujet de la police sous son administration, des craintes liées à l’antagonisme passé de Mamdani envers les forces de l’ordre. Tisch, qui est une fonctionnaire modérée et expérimentée, est très appréciée pour son travail à la tête des forces de police.
Écoles publiques et yeshivot
Mamdani a annoncé qu’il mettrait en œuvre le programme scolaire Hidden Voices, qui met en avant l’histoire des communautés minoritaires, parmi lesquelles les Juifs, dans le but de lutter contre l’antisémitisme.
Ce programme de 300 pages sur les Juifs a été créé par le département de l’éducation de la ville de New York et le Conseil des relations communautaires juives de New York. S’il est déjà à la disposition des enseignants, il n’est en revanche pas obligatoire. Le plan de Mamdani pour sa mise en œuvre reste en outre flou.
Le contenu de Hidden Voices concernant la communauté juive met l’accent sur l’histoire des Juifs américains, et non sur l’antisémitisme et la Shoah.
Il aborde également le lien entre les Juifs et Israël, définissant le sionisme comme « le droit à l’autodétermination nationale des Juifs dans leur patrie ancestrale ».
« La relation entre les Juifs, le judaïsme et Israël existe depuis l’Antiquité. Les Juifs dirigent leurs prières vers Jérusalem depuis plusieurs millénaires », peut-on lire dans le programme.
Mamdani, qui s’est identifié comme ouvertement anti-sioniste, a cherché à dissocier l’anti-sionisme de l’antisémitisme.
Mamdani a également déclaré être opposé à la suppression des fonds publics destinés aux écoles qui ne répondent pas aux normes éducatives de l’État. Le financement du système scolaire des yeshivot, parmi lesquelles certaines écoles hassidiques ne répondent pas aux normes de l’enseignement laïque, est une priorité pour les communautés hassidiques. Mamdani a été chaleureusement accueilli par le mouvement hassidique Satmar.
« Nous devons nous concentrer sur la conformité, et non sur les sanctions », a-t-il fait souligné au sujet de la suppression du financement des établissements scolaires lors d’un forum municipal organisé plus tôt cette année.
Le défilé annuel en faveur d’Israël
Mamdani a indiqué qu’il ne participerait pas au défilé annuel de la ville en faveur d’Israël, appelé « Israel Day on the 5th » (« Journée d’Israël sur la 5e Avenue »), qui rassemble la communauté juive de la ville.
Le défilé, qui se déroule sur la 5e Avenue à Manhattan, attire des dizaines de milliers de participants. Les maires de la ville y assistent depuis des décennies, aux côtés d’autres responsables de l’État et de la ville.
Mamdani, s’il a fait savoir qu’il serait absent, a toutefois affirmé qu’il accorderait tout de même les autorisations nécessaires et assurerait la sécurité de l’événement.
Mamdani a refusé à plusieurs reprises de reconnaître le droit d’Israël à exister en tant qu’État juif, précisant qu’il s’opposait à Israël parce qu’il ne « reconnaissait le droit d’aucun État à exister avec un système hiérarchique fondé sur la race ou la religion ». Or, les citoyens israéliens jouissent de droits égaux, quelles que soient leur race ou de leur religion.
Mamdani a toutefois participé cette année à un défilé en faveur du Pakistan. La religion officielle du Pakistan est l’islam, et les minorités religieuses y sont persécutées par des acteurs étatiques et non étatiques, selon le département d’État américain. Des groupes minoritaires tels que les chrétiens sont persécutés aux termes de lois interdisant le blasphème contre l’islam.
Interrogé sur cette contradiction, au début de l’année, Mamdani n’a pas répondu à cette apparente pratique de type « deux poids, deux mesures »
BDS et arrestation de Netanyahu
Mamdani est un partisan de longue date de la campagne Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) visant Israël.
Mamdani, en tant que membre de l’Assemblée de l’État, a proposé une loi visant à retirer le statut d’organisme à but non lucratif aux groupes qui « soutiennent de manière non autorisée la colonisation israélienne ». Selon les critiques, le libellé du projet de loi est vague et aurait effectivement interdit les organisations caritatives juives, certains organismes à but non lucratif opérant au-delà de la Ligne verte sans soutenir les activités d’implantation – comme les services médicaux d’urgence. Le projet de loi n’a reçu que peu de soutien et n’a pas été adopté.
Les options dont dispose Mamdani pour mettre en œuvre les politiques BDS en tant que maire restent limitées. Une loi municipale interdisant la discrimination dans les marchés publics stipule qu’il est illégal pour les agences de la ville de refuser un contrat sur la base de l’origine nationale et d’autres caractéristiques. De plus, la législation de la ville de New York doit être approuvée par le conseil municipal.
Au début du mois, Adams a publié un décret s’opposant au BDS. Un décret que Mamdani pourrait révoquer dès son entrée en fonction. Mamdani a également annoncé qu’il mettrait fin aux activités du Conseil économique New York-Israël, un groupe créé par Adams pour favoriser les relations commerciales entre la ville et l’État juif.
Mamdani a affirmé qu’il soutiendrait le désinvestissement des fonds de pension de la ville des obligations israéliennes, un projet rejeté par le nouveau contrôleur, Mark Levine, un juif modéré. Le contrôleur est le directeur financier de la ville, occupant ainsi l’un des postes les plus élevés au sein du gouvernement municipal.
La présidente présumée du conseil municipal, Julie Menin, est également une juive modérée. Avec Levine et Tisch, Menin pourrait jouer le rôle de contrepoids supplémentaire à Mamdani.
Mamdani a, à plusieurs reprises, clamé qu’il arrêterait le Premier ministre Benjamin Netanyahu si celui-ci venait en visite dans la ville, invoquant un mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale à l’encontre du dirigeant israélien.
Mais la Cour n’a pas compétence aux États-Unis, et la loi fédérale interdit toute coopération avec elle sur le sol américain. Des experts juridiques et la gouverneure de New York, Kathy Hochul, ont insisté sur le fait que le maire n’avait pas le pouvoir d’arrêter Netanyahu, qui a pour sa part rejeté cette menace.
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