Mark Levine, possible prochain contrôleur de New York et « prêt à riposter » si nécessaire
Le poste de directeur financier de la Grosse Pomme est souvent considéré comme un contrepoids au maire, ce qui serait intéressant si l'anti-Israël Zohran Mamdani était élu

JTA — Après avoir exercé deux mandats au conseil municipal et un mandat en tant que président du district de Manhattan, Mark Levine, l’homme politique juif qui devrait devenir le prochain contrôleur financier de la ville de New York, a déclaré avoir été victime d’antisémitisme flagrant pendant sa campagne électorale, et ce, depuis sa toute première campagne en 2001. Parfois, a-t-il ajouté, cela était fait de manière amicale.
« Je vote pour vous parce que les Juifs sont doués avec l’argent », lui a dit un New-Yorkais cette année.
Après avoir remporté les primaires démocrates, Levine devrait, selon toute vraisemblance, occuper le poste de contrôleur financier en janvier, ce qui fera de lui le plus haut fonctionnaire juif de l’administration municipale. Le contrôleur financier, qui est le principal responsable des finances de la ville, est souvent considéré comme un contrepoids au maire – une dynamique qui, selon beaucoup, se mettra en place si Zohran Mamdani, qui, contrairement à Levine, soutient le désinvestissement des obligations israéliennes, remporte l’élection municipale.
Au cours d’un entretien couvrant de nombreux sujets depuis le sud de Manhattan, Levine a évoqué la manière dont il travaillerait avec le prochain maire de la ville, les raisons pour lesquelles la communauté juive doit former davantage de coalitions, ainsi que son amour profond pour les cornichons.
Cette interview a été éditée et condensée dans un souci de clarté et de concision.
JTA : Tout d’abord, je suis curieux : vous parlez plusieurs langues, dont l’hébreu. Quand avez-vous appris l’hébreu ?
Mark Levine : Pas avant l’âge adulte. Quand j’étais enfant j’ai retenu ce que l’on capte intuitivement, mais j’ai vraiment commencé à m’y mettre sérieusement vers la trentaine. J’ai renoué avec ma famille en Israël et je leur ai interdit de me parler en anglais afin de me forcer à m’améliorer. Le fait de pouvoir parler couramment en hébreu a été une partie très enrichissante de mon parcours juif. Je peux désormais regarder les informations et naviguer sur les réseaux sociaux en hébreu.
Et quand vous avez interdit à votre famille de vous parler en anglais, viviez-vous avec eux en Israël ?
Non, seulement lors de visites. Je n’y ai en réalité jamais vécu, mais j’ai eu l’occasion de m’y rendre à plusieurs reprises.
Pour certains, parler en hébreu en public procure un sentiment nouveau, alors qu’on pourrait se sentir plus à l’aise de chuchoter –
– Après le 7 octobre ?
[Note de la rédaction : Des milliers de terroristes dirigés par le Hamas ont envahi Israël le 7 octobre 2023, massacrant plus de 1 200 personnes et enlevant 251 autres vers la bande de Gaza, déclenchant ainsi la guerre qui sévit actuellement à Gaza. Plus de 66 000 personnes seraient mortes à Gaza depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé du Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ne font pas de distinction entre civils et terroristes. Israël affirme avoir tué 22 000 terroristes au combat depuis janvier, et 1 600 autres terroristes à l’intérieur du pays le 7 octobre 2023. Parallèlement, l’antisémitisme mondial a explosé depuis le pogrom du 7 octobre.]
Oui, et je suis curieux de savoir ce que vous ressentez lorsque vous parlez en hébreu ?
La triste réalité est que les signes extérieurs d’israélité et de judéité sont aujourd’hui souvent accueillis avec hostilité. Un symbole aussi simple qu’une étoile juive. Et je pense que cela a été une source de nombreux traumatismes pour les Juifs new-yorkais.
Je me souviens qu’après l’invasion de l’Ukraine par Poutine, des actes hostiles ont été commis à l’encontre de sites culturels russes à New York, et j’ai fait tout un spectacle en allant dîner dans un restaurant russe un soir, pour montrer que nous pouvons dissocier notre amour pour la culture, la cuisine, la langue et le peuple russes à New York de notre opposition aux actions du gouvernement russe.
Nous vivons actuellement le même défi avec la culture israélienne et juive. Il est essentiel que les gens soient capables de faire la distinction entre leurs objections à l’égard du gouvernement israélien – que je partage moi-même – et leur volonté de continuer à embrasser tout ce qui est beau dans la culture israélienne, la langue hébraïque et le peuple juif. Mais malheureusement, certaines personnes ne parviennent pas à faire cette distinction.
Je souhaiterais aborder votre prochain poste potentiel. Quelles seront vos priorités en tant que prochain contrôleur financier de la ville de New York ?
C’est un poste plus important que la plupart des gens ne le pensent. Il s’agit du deuxième poste le plus influent au sein du gouvernement municipal, avec une influence majeure sur la santé financière et économique de la ville. Il supervise un fonds de pension de 300 milliards de dollars, l’un des plus grands fonds d’investissement institutionnels au monde. [Le contrôleur] supervise également les émissions de dette, soit 100 milliards de dollars. Il gère également la trésorerie de la ville, soit 15 milliards de dollars. Ces chiffres sont presque difficiles à imaginer. L’administration municipale de New York ne peut fonctionner correctement sans un bureau du contrôleur bien administré. Et alors que nous entrons dans une période économique difficile, les enjeux sont d’autant plus importants.
De plus, une composante très importante du rôle consiste à responsabiliser le maire, à le soutenir lorsqu’il prend les bonnes décisions et à le contredire lorsque cela s’avère nécessaire. Et j’ai l’intention d’utiliser ces pouvoirs pour défendre la ville, l’économie, le budget et la communauté juive.
Comment envisagez-vous de travailler avec les deux favoris de l’élection municipale, Zohran Mamdani et Andrew Cuomo ?
Dans tous les cas, le contrôleur doit être totalement indépendant. Et pour moi, l’indépendance signifie à la fois que vous les aidez à réussir pour le bien de la ville, mais aussi que vous ne manquerez pas de les contredire et de leur demander des comptes si nécessaire. Je ne pense pas qu’un contrôleur financier doive se réveiller chaque matin en se disant qu’il va automatiquement s’opposer ou soutenir le maire. Je pense que cela doit être basé sur le mérite. Quel que soit le maire, telle sera mon approche.
Sur quels points pensez-vous ne pas être d’accord avec les candidats en tête dans la course à la mairie ? Commençons par Cuomo.
Je ne suis pas sûr des différences politiques spécifiques, mais j’exigerai du prochain maire, y compris d’Andrew Cuomo, qu’il se conforme aux normes éthiques les plus élevées. Et j’ai l’intention d’utiliser les pouvoirs d’audit pour contrôler les agences municipales afin de m’assurer qu’elles répondent aux attentes des citoyens. Ce n’est pas nécessairement une question de gauche ou de droite, mais il doit y avoir une obligation de rendre des comptes, quel que soit le prochain maire.
Et avec Mamdani ?
Nous avons exprimé différentes positions sur le conflit israélo-palestinien. Et je ne pense pas que cela doive interférer avec la politique en matière de transports ou d’assainissement. Je pense que le fonctionnement fondamental du gouvernement est avant tout technocratique, pour ainsi dire. Il s’agit simplement de fournir des services de qualité de manière transparente et en tirant le meilleur parti de l’argent des contribuables.
Je suis sûr que vous allez me poser des questions sur les obligations israéliennes, et j’ai clairement indiqué pendant la campagne électorale que, dans un portefeuille diversifié à l’échelle mondiale qui comprend probablement plus de 10 000 investissements, actions, obligations et autres titres différents, celles-ci devraient avoir leur place car elles constituent un investissement sûr et sécurisé à long terme. C’est une question sur laquelle nous aurons certainement des divergences.
L’actuel contrôleur financier de la ville, Brad Lander, n’a pas réinvesti dans les obligations israéliennes en 2023 et a déclaré que ses prédécesseurs avaient investi dans ces obligations pour des raisons politiques plutôt que fiduciaires. Considérez-vous cela comme une décision politique ?
Les obligations israéliennes n’ont jamais manqué un paiement en 80 ans. Elles rapportent d’excellents intérêts. Elles constituent un investissement très sûr. Et un bon portefeuille diversifié devrait inclure une part d’obligations israéliennes. C’est ce qu’ont fait tous les contrôleurs financiers depuis Abe Beame à New York dans les années 1970, et c’est ce que font encore aujourd’hui presque tous les fonds de pension américains. Je pense que c’est une décision financière judicieuse.
Si Mamdani a déclaré vouloir mettre définitivement fin aux investissements de la ville dans les obligations israéliennes, il s’est en revanche abstenu d’appeler à un désinvestissement complet des entreprises israéliennes. Certains électeurs craignent toutefois que cela reste une possibilité s’il était élu maire. Dans quelle mesure un maire pourrait-il se désinvestir totalement des entreprises israéliennes, et un contrôleur financier aurait-il le pouvoir de s’y opposer ?
La question des obligations israéliennes a suscité de nombreuses discussions, mais nous avons environ 300 millions de dollars d’autres formes d’investissements dans des actifs israéliens, des biens immobiliers, etc. Il s’agit en fait d’un investissement beaucoup plus important que ne l’ont jamais été les obligations israéliennes, même à leur apogée.
Quant à la structure de gouvernance, le contrôleur exerce une influence considérable sur les décisions d’investissement que nous prenons, et ce parce que nous disposons, en interne, d’un important bureau de gestion des actifs, qui adresse des recommandations aux conseils d’administration de chacun de nos fonds de pension. Le contrôleur joue également le rôle d’administrateur. Le maire ne dispose que d’une seule voix. C’est pour cette raison qu’il n’existe aucun antécédent réel d’une influence significative du maire sur les décisions d’investissement de nos fonds de pension. C’est généralement le contrôleur qui est aux commandes, en consultation avec les administrateurs municipaux chargés des questions sociales.
Donc, au sujet de ce qu’un maire pourrait réellement faire, et de manière crédible —
[Le maire] ne pourrait certainement pas agir seul. Il ne dispose tout simplement pas des voix nécessaires pour cela.
Avez-vous rencontré Mamdani et Cuomo ? Comment se sont déroulés ces échanges, notamment en ce qui concerne les questions juives ?
Je n’ai pas rencontré le gouverneur Cuomo. J’ai rencontré une fois le représentant Mamdani. J’ai évoqué avec lui le traumatisme que ressentent actuellement de nombreux New-Yorkais juifs en raison de la hausse de l’antisémitisme à New York. Pour rappel, les New-Yorkais juifs sont victimes de plus de crimes de haine que toutes les autres catégories réunies. Nous avons été témoins d’actes violents cette année qui se sont déroulés à Washington et dans le Colorado, des actes qui confortent les gens dans leur crainte de ces tendances, ce qui est tout à fait compréhensible. Je lui ai donc fait part des sentiments des New-Yorkais, ainsi que de ce qu’ils attendent de leur municipalité pour assurer leur sécurité.
En ce qui concerne votre pratique personnelle du judaïsme, où allez-vous à la synagogue, avec votre famille ?
Notre « camp de base » était une congrégation réformée de Washington Heights appelée Hebrew Tabernacle. Historiquement, c’est une congrégation juive allemande. Le Dr Ruth Westheimer, que sa mémoire soit bénie, en était un membre fidèle depuis les années 70 – mon Dieu ! -, et peut-être même avant. C’est là que mes enfants, mes deux garçons, ont suivi des cours d’hébreu et ont fait leur bar-mitsva. Ils sont également partis dans un camp URJ.
Je suis un adepte des synagogues, j’en visite beaucoup. Je fréquente toutes sortes de synagogues, des communautés Habad Loubavitch aux reconstructionnistes, et toutes les autres. En partie parce que j’apprécie la richesse et la diversité de toutes les formes de liturgie juive, mais aussi parce que, en tant que président d’arrondissement juif, je suis convaincu que je dois être présent. Et depuis le 7 octobre, en particulier, je fais un véritable effort pour être présent dans toutes les synagogues de Manhattan, quelles qu’elles soient. J’ai la conviction que le besoin d’avoir ce type de connexion est bien réel.
Quel est votre restaurant juif préféré ?
J’aime la cuisine juive traditionnelle. Je suis véritablement accro aux cornichons. S’il en y avait un bac entier ici, je pourrais le dévorer tout entier. J’adore celui que j’appelle toujours Ben’s, mais qui a été rebaptisé Mr. Broadway, dans le Garment District. C’est un restaurant juif traditionnel où, dès que vous vous asseyez, avant même la commande, on vous apporte une assiette de cornichons.
Vous avez grandi dans le Maryland. Pendant combien d’années y avez-vous vécu ? Est-ce qu’il y avait une importante communauté juive ?
J’ai vécu là-bas de 2 ans à 18 ans. À cette époque, je n’étais pas très impliqué dans la vie juive, à l’exception des bar-mitsvas de mes cousins ou amis. C’est à l’âge adulte que je suis devenu plus actif dans la vie de la synagogue ; j’ai eu un parcours plutôt inhabituel. Mais il y a beaucoup de Juifs à Columbia, dans le Maryland. J’avais énormément d’amis et de camarades de classe juifs, suffisamment en tout cas pour ne jamais me sentir isolé. Et suffisamment aussi pour ne pas avoir à souffrir beaucoup d’un antisémitisme non déguisé.
Quand avez-vous été confronté à un antisémitisme déclaré ?
Ma première véritable confrontation avec un antisémitisme déclaré et « traditionnel » remonte à ma première candidature à une élection, en 2001. Des électeurs m’ont dit sans détour qu’ils ne voteraient pas pour moi parce que j’étais juif. Cela a été un vrai choc pour moi. J’ai réalisé à quel point j’avais été isolé, protégé pendant mon enfance à Columbia, et même pendant ma jeunesse à New York. La politique à New York est restée très clanique, même en 2025. Et il n’existe aucun moyen d’y échapper. Cela m’a poussé à m’impliquer davantage dans la communauté juive. Je me suis dit que si les gens me détestaient pour cette identité juive, autant comprendre de quoi il s’agissait vraiment.
D’ailleurs, durant cette campagne, j’ai également été confronté au philosémitisme. Pendant ma campagne pour le poste de contrôleur, certaines personnes m’ont clairement fait comprendre, parfois de manière déplaisante, parfois de manière plus positive, que mon identité juive influençait leur vote. On m’a même avoué, littéralement : « Je vote pour vous, parce que les Juifs sont doués avec l’argent. » Ceci a réellement eu lieu en 2025, dans les rues de New York.
Vous avez dit que la politique à New York était clanique. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce que cela implique ?
Nous envisageons toujours les blocs électoraux comme définis par l’ethnicité et la démographie, mais la réalité est toujours bien plus complexe. Je souhaite ardemment que cette ville compte davantage de coalitions en mesure de rassembler les gens, et davantage de dirigeants prêts à s’atteler à cette tâche souvent très ardue.
La communauté juive ne prend pas assez d’initiatives qui permettraient de former des coalitions politiques. Je me suis entretenu avec de nombreux dirigeants. Mon message est le suivant : n’attendez pas qu’une crise survienne pour tenter de vous associer à des communautés non juives, car alors il sera trop tard. Nouez ces relations avant que la crise n’apparaisse. En ce sens, la synagogue et l’église noire devraient, par exemple, faire un effort pour fournir des repas à Thanksgiving aux familles dans le besoin, ou pour remettre en état un parc à l’abandon. Établissez ces liens, pour que, quand une attaque raciste ou antisémite surviendra et que la communauté devra resserrer ses rangs, nous disposions déjà de relations existantes.
À propos de cette idée de former des coalitions, pourquoi avez-vous décidé de soutenir Mamdani dès le début, après sa victoire aux primaires ? Et que pensez-vous des autres démocrates qui n’ont pas encore atteint ce stade ?
Je suis fier d’être démocrate. Avant même de connaître les résultats des primaires, j’avais clairement fait savoir que je soutiendrais le candidat démocrate à la mairie, et j’ai tenu ma promesse. Je suis également convaincu qu’il a de fortes chances de gagner, et je crois qu’il est essentiel que la communauté juive entretienne de bonnes relations avec le prochain maire.
Je ne critiquerai pas les autres dirigeants. Chacun a son propre calendrier, sa propre évolution. Je m’attends à ce que Mamdani reçoive encore d’autres soutiens. Cela ne signifie pas pour autant que nous n’avons pas de divergences politiques. Et cela ne signifie pas non plus que je ne serai pas prêt à riposter, car je suis prêt à le faire si cela s’avérait nécessaire.
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