Les soutiens juifs de Cuomo « déchirés » par la victoire de Mamdani
Les Juifs présents à la soirée électorale du candidat craignent "l'endoctrinement" de la prochaine génération, des manifestations violentes et la propagation de l'antisémitisme dans les rues

NEW YORK — Le bulletin d’information diffusé auprès de l’assistance rassemblée pour la soirée électorale qui a été organisée par d’Andrew Cuomo dans le centre de Manhattan, en cette soirée de mardi, annonce la victoire qui a été remportée par Zohran Mamdani peu après la fermeture des bureaux de vote.
« Mamdani remporte la course à la mairie », est-il écrit sur l’écran, à côté d’un autre écran de campagne où figure le slogan : « Cuomo : prêt dès le premier jour ».
La foule reste largement silencieuse. La majorité des personnes présentes espéraient bien – sans y croire vraiment – que Cuomo gagne face à Mamdani, le grand favori de la course. Un grand nombre ont d’ailleurs affiché un certain scepticisme en prenant connaissance des premières prévisions en faveur de Mamdani.
« Comment ça, il a gagné ? », s’exclame quelqu’un.
« Je pense que c’est fini », dit une autre voix.
D’autres encore restent assis en silence à regarder les informations autour des tables recouvertes de bougies, de verres de vin et de pancartes où est écrit le slogan « NY loves Cuomo ».
Au fur et à mesure que le décompte des votes arrive, l’assistance semble accepter la défaite. Certains pleurent, d’autres s’étreignent. Un homme au visage rouge et aux cheveux blancs laisse échapper toute une série de jurons en s’en prenant à Curtis Sliwa, le candidat républicain qui avait insisté pour rester dans la course malgré ses faibles résultats dans les sondages, privant Cuomo de votes dont il avait cruellement besoin.
La défaite du centriste pro-israélien Cuomo face à Mamdani touche particulièrement ses partisans juifs. Ils expriment leur crainte, leur déception et leur frustration à l’idée qu’un activiste anti-israélien d’extrême gauche soit désormais à la tête de la ville, qui abrite la plus grande communauté juive de la diaspora.
« J’ai gardé espoir jusqu’à la fin », confie Ariel Kohane, un juif orthodoxe moderne qui habite Manhattan. « Je ressens comme un grand nœud à l’estomac ».
Kohane, un républicain, reconnaît avoir apporté son soutien à Sliwa jusqu’à il y a quelques jours. Il ajoute qu’il a finalement fait le choix de voter pour Cuomo lorsqu’il a compris que son candidat n’avait aucune chance de gagner.
Kohane a couru le marathon de New York, ce week-end, en portant une pancarte en faveur de Cuomo – une concession notable pour ce républicain pur et dur – et en arborant une kippa à l’effigie du président américain Donald Trump. « Je me suis dit : ‘Bon, je dois soutenir Cuomo parce qu’il a les meilleures chances de l’emporter, c’est le seul moyen d’arrêter Mamdani’, » indique-t-il. « Au moins, Cuomo n’est pas antisémite. Au moins, il permettra aux Juifs de vivre leur vie ».
« Même porter une kippa dans la rue va probablement devenir beaucoup plus dangereux. Je n’aurais jamais pensé que cela pourrait arriver aux États-Unis, et encore moins à New York », poursuit-il.
Moshe Spern, à la tête d’un groupe de soutien aux enseignants juifs de la ville, qui s’est porté volontaire pour la campagne de Cuomo, indique qu’il craint les effets de l’éducation sous une administration Mamdani.
« Je m’inquiète de l’endoctrinement des enfants qui en arrivent à détester Israël, qui pensent qu’Israël est un pays paria, qui pensent qu’Israël commet un génocide, ce que Zohran répète depuis deux ans », déclare-t-il.
« Je m’inquiète pour l’éducation et pour la façon dont la prochaine génération d’enfants va penser et voter. Je m’inquiète pour l’avenir de cette ville et je m’inquiète pour l’avenir de ce pays », continue Spern. « Mais en tant que Juifs, nous devons nous rappeler que, même si les choses ne se sont pas déroulées comme nous le souhaitions, il y a toujours un plan plus grand pour nous tous, il faut que nous nous rappelions que nous devons simplement rester unis ».
Barbara Schwartz, une habitante de l’Upper East Side de Manhattan, porte un autocollant représentant une caricature animée de Cuomo, qui est entouré des symboles de différentes religions. Elle confie avoir ressenti de la peur pour la première fois depuis des décennies.
« Je suis complètement déchirée », explique Schwartz. « Je soutiens les Juifs, et je suis absolument affolée. Je suis affolée à l’idée d’être ici, à New York, avec lui comme maire ».
« J’ai peur de l’antisémitisme dans ma rue. J’ai peur qu’il y ait une manifestation ou quelque chose comme ça, et qu’ils nous attaquent. Je n’ai jamais connu ça dans ma ville », ajoute-t-elle.
Une femme, née à New York de parents israéliens, dit avoir l’impression que « ma ville m’a été volée ». Elle ajoute que les Israéliens de la ville sont sous le choc et que beaucoup pourraient dorénavant envisager de partir.
Environ une heure après l’annonce des résultats, Cuomo monte à la tribune, entouré de ses filles. Malgré sa déception, la foule lui réserve un accueil enthousiaste, criant « Nous t’aimons, Andrew ! » et scandant son nom.
« Je vous aime aussi », répond le candidat malheureux. Il félicite Mamdani – des félicitations qui sont accueillies par les huées du public.
« Nous chérissons notre diversité et nous ne tolérons aucune forme de discrimination, qu’elle soit fondée sur la race, la religion, l’orientation sexuelle ou les croyances, et nous ne tolérerons aucun comportement susceptible d’attiser les flammes de l’antisémitisme », affirme-t-il, des propos qui entraînent une salve d’applaudissements.
Cuomo in concession speech says, “ We will not tolerate any behavior that fans the flames of antisemitism” pic.twitter.com/iw3qm14pC1
— Luke Tress (@luketress) November 5, 2025
Israel Peskowitz, un militant originaire de Kew Gardens dans le Queens, exprime sa frustration à l’égard de l’équipe de campagne de Cuomo. Il affirme que c’est Adrienne Adams, la présidente du Conseil municipal de New York, qui aurait dû recevoir le soutien du parti, et que Cuomo aurait dû se retirer après avoir perdu les Primaires face à Mamdani. Il qualifie la campagne du candidat déçu de « collision au ralenti entre deux autos ».
« Il dit qu’il n’est pas antisémite, mais antisioniste. Est-ce qu’il va permettre une nouvelle émeute à Crown Heights, une nouvelle Nuit de cristal, un épisode 2 ? », interroge Peskowitz en évoquant Mamdani, faisant référence aux émeutes de 1991 à Brooklyn qui avaient visé les Juifs. « Nous devons être prêts et nous devons voir s’il s’agira d’un maire qui restera fidèle à ses idéaux, car un grand nombre de ses partisans nous détestent, que ce soit à cause de notre sionisme, à cause de notre judaïsme ou pour un milliard d’autres raisons ».
« La question israélienne me préoccupe beaucoup », note-t-il. « Il peut aggraver la situation. Il peut permettre à un camp de se déchaîner et à l’autre d’être réprimé lorsqu’il proteste. C’est un cas extrême. Nous verrons bien ce qu’il autorisera ».
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