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Le musée d’art de Ramat Gan détourne son attention de la guerre – une première depuis le 7-Octobre

Après deux années consacrées aux horreurs de la guerre, la conservatrice en chef de cette petite institution se tourne vers des sujets résolument sans rapport - comme l'actuelle expo sur l'Histoire à travers le regard des femmes

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

L'artiste Meital Katz-Minerbo travaillant sur son exposition "Field Work" pour le musée d'art israélien de Ramat Gan, qui se tiendra jusqu'en février 2026 (avec l'aimable autorisation)
L'artiste Meital Katz-Minerbo travaillant sur son exposition "Field Work" pour le musée d'art israélien de Ramat Gan, qui se tiendra jusqu'en février 2026 (avec l'aimable autorisation)

Pour la première fois depuis deux ans, le musée d’art israélien de Ramat Gan accueille jusqu’à fin février une série d’expositions qui n’ont pas de lien direct avec la guerre entre Israël et le Hamas, avec le pogrom du 7-Octobre ou avec les otages qui avaient été enlevés en cette matinée sanglante de Shabbat.

La nouvelle exposition, qui est intitulée « Their Own: Fragments of Reclaimed History » – et qui a ouvert ses portes au mois de septembre – présente des œuvres d’art créées dans une perspective féminine. Elle met en avant des femmes artistes, des femmes conservatrices ou collectionneuses qui se sont penchées sur des événements historiques liés à Israël et au judaïsme.

Cette exposition est la dernière manifestation en date témoignant de la volonté des Israéliens d’enfin surmonter le traumatisme et les horreurs du massacre du 7-Octobre, et des deux années de guerre et de campagne en faveur de la remise en liberté des otages qui ont suivi. Des événements d’une ampleur sans précédent qui semblent avoir touché tous les aspects de la vie, de la politique à la culture.

Les corps sans vie de trois otages sont toujours retenus en captivité à Gaza. Mais les otages encore en vie sont revenus, depuis un peu plus d’un mois, sur le sol israélien, et le cessez-le-feu qui a mis un terme aux combats semble par ailleurs se maintenir.

Au cours des deux dernières années, les expositions du musée avaient toutes été consacrées aux réactions au 7-Octobre – le public avait notamment pu découvrir les premières œuvres créées par l’artiste Ziva Jelin, originaire du kibboutz Beeri, après l’attaque terroriste qui avait dévasté sa communauté.

Sari Golan, conservatrice en chef du Musée d’art israélien de Ramat Gan, montre des peintures de l’artiste Ziva Jelin, du kibboutz Be’eri, le 30 janvier 2025 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel).

« Jusqu’à une date récente, mon idée, en ce qui concerne le musée, était d’appréhender l’art sous la forme d’un moyen de survie, avec des œuvres et des expositions qui offraient des occasions de débat et d’avancée vers la sortie du traumatisme », commente Sari Golan, la conservatrice en chef de l’institution.

Golan raconte qu’elle a grandi aux abords de la frontière avec Gaza, au kibboutz Urim – des membres de sa famille vivaient encore là-bas et au kibboutz Beeri, le 7-Octobre, et ils se trouvaient au sein de leurs communautés respectives le jour du pogrom. Elle dit qu’elle pense encore beaucoup à ses anciens camarades de classe, dont certains ont été victimes des hommes armés – et qu’elle avait des pensées particulières pour Tal et Adi Shoham, qui sont tous les deux d’anciens otages. Ils étaient au lycée avec elle avant de se mettre en couple.

« J’ai vécu ça de façon intime – cette période a été à la fois intense et difficile, et cela a été la même chose au niveau national », explique Golan.

Le musée, situé à Ramat Gan, l’une des villes les plus touchées pendant la guerre qui a opposé Israël à l’Iran au mois de juin dernier, a également dû faire face à d’autres défis. L’onde de choc d’un missile balistique a détruit une jardin d’enfants situé à proximité de l’institution.

« Nous avons ressenti tout ça cela de toutes les manières possibles », s’exclame Golan.

La mission de ce musée d’art – l’un des plus petits du pays – est de présenter l’art local israélien, note la conservatrice.

« Ce que nous vivons actuellement est une sorte de retour en force », dit-elle, soulignant que le musée, pendant huit ans, avait été fermé pour rénovation avant de rouvrir ses portes en 2022. Depuis lors, le pays a été secoué d’abord par le mouvement de protestation suscité par le plan de refonte radicale du système judiciaire avancé par le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, puis par le 7-Octobre et par la guerre.

L’extérieur du Musée d’art israélien de Ramat Gan, qui a rouvert ses portes en 2022 après une rénovation complète, a été fermé pendant un an en raison d’un désaccord concernant une œuvre d’art, puis a rouvert en 2023 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel).

Lorsque le musée avait pu à nouveau accueillir le public, en 2022, il avait déclenché un tollé dans le monde de l’art en retirant un tableau de l’artiste David Reeb à la demande du maire de la ville, Carmel Shama-Hacohen.

Le tableau de Reeb représentait deux images d’un homme ultra-orthodoxe en train de prier au mur Occidental. Les mots « Jérusalem d’or », une expression courante désignant la capitale, étaient écrits en hébreu à côté de l’une des images, et à côté de l’autre figuraient les mots « Jérusalem de merde ».

La controverse avait entraîné la fermeture du musée – qui avait ensuite rouvert en septembre 2023.

Pour marquer ce nouveau départ, l’institution d’art contemporain avait lancé une exposition qui présentait plus de 240 œuvres d’art historiques faites par des artistes israéliens à l’occasion du 75e anniversaire de l’État juif. Toutes appartenant à la Phoenix Holdings, la plus grande compagnie d’assurance israélienne.

Pour sa part, Golan avait été nommée au poste de conservatrice en chef en 2024. Dans son exposition de 2025, « What the Heart Wants, Art as a Gateway to Healing » [Ce que veut le cœur, l’art comme porte d’entrée vers la guérison], elle avait sélectionné des œuvres qui offraient une vision directe ou indirecte du pogrom et de la guerre qui avait suivi.

Des peintures de l’artiste Ziva Jelin, du kibboutz Be’eri, dans l’exposition « Cypress Shadows on the Road » au musée de Ramat Gan, le 30 janvier 2025 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Golan ajoute qu’aujourd’hui, elle a l’intention de se focaliser sur ce qu’elle peut apporter au musée, avec des expositions actuellement consacrées à l’Histoire à travers le regard des femmes, des œuvres qui racontent l’Histoire d’Israël sous un angle légèrement différent.

« Sur le plan politique, il n’y a pratiquement aucune femme ni aucune voix féminine susceptible d’influencer l’ordre du jour public, c’est donc plus important que jamais », explique-t-elle.

Les femmes sont actuellement sous-représentées à la Knesset comme au gouvernement, avec des pourcentages qui sont inférieurs à ceux des dernières années.

En tant que conservatrice en chef, Golan aborde le musée en militante. Elle fait son travail au beau milieu des conflits qui agitent la société israélienne et elle réagit à ces derniers.

« Je n’attends pas le retour au calme pour me lancer », déclare-t-elle.

« Nous ne nous mêlons pas de tout ce qui touche à la politique ; le musée doit être un lieu qui offre un espace à l’écart de cette dernière », poursuit-elle.

Sari Golan, conservatrice en chef du Musée d’art israélien de Ramat Gan, avec l’artiste Ruthi Helbitz-Cohen, l’une des artistes qui exposent actuellement jusqu’en février 2026. Crédit : (Yossi Souva/Musée d’art israélien de Ramat Gan)

Parmi les nouvelles expositions, « Olympic Village », de l’artiste Ruthi Helbitz Cohen, qui examine les événements historiques entourant le village olympique allemand, juste avant la Seconde Guerre mondiale, avec en son cœur des collages peints monumentaux.

Dans « Displaced (Lechi Lach) », un titre qui transpose sous une forme féminine l’exhortation lancée par Dieu à Abraham lorsqu’il l’avait sommé de partir, se mêlent peintures, portraits et œuvres vidéo de trois artistes, Alina Orlov, Anne Ben-Or et Alexandra Pregel. Si ces femmes ne se sont jamais rencontrées, elles ont pour point commun d’avoir déménagé d’un pays à l’autre au cours de leur vie.

« Field Work » (Travail sur le terrain) offre le regard de l’artiste Meital Katz-Minerbo sur une ferme tenue uniquement par des femmes dans le Kinneret, pendant la période de la deuxième alyah – utilisant sa technique traditionnelle de tissage en rotin pour fabriquer un jardin, façonné par une empreinte 100 % féminine.

Enfin, « In Her Image: Works from the Zila Yaron Collection » [À son image : œuvres de la collection Zila Yaron] intègre la collection personnelle de Yalon, qui rassemble des œuvres d’artistes établis sur la scène israélienne et de nouveaux-venus dans ce milieu fermé, aux côtés d’artistes qui travaillent en marge du courant dominant.

« Notre objectif est de faire entendre de nombreuses voix à travers leurs œuvres », explique Golan. « Nous n’entendons pas autant de voix que cela devrait être le cas dans les médias, et c’est là le rôle que doit tenir un musée, c’est la mission d’un lieu dont la raison d’être est de réunir toutes les parties ».

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