Le nouveau chemin spirituel d’une enseignante, ancrée dans son jardin de Jérusalem
Le nouveau livre de Yiscah Smith « Planting Seeds of the Divine » (Semer les graines du divin) combine sagesse hassidique, transformation personnelle et pratique contemplative
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Chaque matin, Yiscah Smith descend dans son jardin, un petit coin tranquille, fleuri et ombragé, niché dans une ruelle étroite du quartier pittoresque de Nachlaot, à Jérusalem – et s’adresse à Dieu.
« Ce que je dis aujourd’hui est probablement différent de ce que j’ai dit hier, et et je dirai peut-être encore autres chose demain, car mon expérience avec Dieu est par nature en constante évolution », a déclaré Smith. « Mon unique point d’ancrage, c’est que je peux compter sur lui. »
Smith, militante et enseignante à l’Institut Pardes d’études juives à Jérusalem, a rencontré le Times of Israel pour échanger sur son dernier livre, Planting Seeds of the Divine: Torah Commentaries to Cultivate Your Spiritual Practice (Semer les graines du divin : commentaires de la Torah pour cultiver votre pratique spirituelle), publié le mois dernier par la Jewish Publication Society.
Ce livre est le fruit des réunions mensuelles organisées depuis huit ans par Smith, 74 ans, dans son jardin, le matin du Shabbat. Il contient des enseignements et pratiques spirituels répartis en 47 chapitres couvrant les 54 parashiot hebdomadaires de la Torah, dont plusieurs parashiot doubles.
« Je me sens plus proche de Dieu dans la nature que dans une synagogue », dit-elle. Lors des rassemblements, ajoute-t-elle, « je partage un enseignement, nous chantons beaucoup, nous méditons, j’initie les gens à des pratiques contemplatives, et nous partageons un repas préparé par tous ».
Au fil des ans, les participants lui ont souvent demandé s’il existait un livre qu’elle pourrait recommander à ceux qui souhaitaient s’adonner à des pratiques similaires chez eux.
C’est exactement ce que propose Planting Seeds of the Divine : un guide aidant à intégrer l’étude des textes et la spiritualité, en écho aux réunions intimes cultivées dans le jardin.
Pour chaque chapitre, l’autrice choisit un ou plusieurs versets de la parasha correspondante, qu’elle associe à une middah (trait de caractère ou vertu) spécifique. Elle explique ensuite brièvement où apparaissent ces versets dans le récit biblique, puis présente des extraits de deux types de commentaires rabbiniques. Le premier type comprend des sources juives datant de plusieurs siècles ou millénaires, notamment le Talmud et des commentateurs médiévaux comme Rashi, Ibn Ezra et Sforno. Le second type se concentre sur les maîtres hassidiques et néo-hassidiques, ainsi que sur les interprétations personnelles de Smith.
Chaque chapitre se termine par une pratique spirituelle particulière, invitant les lecteurs, par exemple, à réfléchir sur eux-mêmes, à se concentrer sur leur respiration, ou à méditer.
Le besoin de relation
Le chapitre préféré de Smith est le premier, consacré à Bereshit, la section qui ouvre le livre de la Genèse, qu’elle associe à la middah du « besoin de relation avec les autres ».
« Je crois que le mal spirituel qui actuellement afflige le monde est la solitude », a-t-elle indiqué. « Nous avons besoin de créer des liens. Quand nous n’y parvenons pas, c’est comme si nous avions soif, sans parvenir à étancher ce besoin de boire. Nous nous déshydratons. »
Le chapitre s’ouvre sur deux célèbres versets tirés du récit de la création, dans les premiers chapitres de la Genèse.
« Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme », peut-on lire. « L’Éternel dit : il n’est pas bon que l’homme soit seul. » (Genèse 1:27, 2:18)
« D’un point de vue spirituel, le but de toute la Création était, et reste, d’apporter et de révéler des relations, de la proximité et des liens avec soi-même, avec Dieu, avec les autres êtres humains et avec toutes les créations de Dieu », écrit Smith.
Elle encourage ensuite le lecteur à imaginer un chemin spirituel idéal, adapté à sa propre vie.
« Voyez-le comme un véritable chemin, et imaginez-vous comme un randonneur curieux », explique-t-elle. « Vous pouvez explorer tous les paysages que vous voulez. […] Et lorsque vous croisez d’autres voyageurs, qui suivent eux aussi leur propre chemin, imaginez qu’à chaque rencontre, le sentiment de connexion renforce encore votre propre joie. »
Et de s’interroger : « Que ressent-on lorsqu’on ne parvient pas à établir le contact, et lorsqu’on y parvient ? »
Pour Smith, cette question n’est guère théorique. Elle était en train d’écrire son livre le 7 octobre 2023, lorsque des milliers de terroristes du Hamas ont envahi Israël, tuant quelque 1 200 personnes, en blessant des milliers d’autres et prenant plus de 250 otages.
Selon Smith, cette attaque, la pire catastrophe qu’aient connu les Juifs depuis la Shoah, est survenue après une période de tensions, voire de rupture, entre les différentes composantes de la société israélienne, notamment au sujet de la réforme judiciaire engagée par le gouvernement.
« J’ai l’intuition qu’il existe un lien direct entre cet événement et tout ce qui l’a précédé », a-t-elle confié. « Nous aurions tous pu faire mieux. »
Et comme beaucoup d’Israéliens, elle avait un lien personnel avec le 7 octobre.
« J’ai une petite-fille qui est officier dans une unité de recherche et de sauvetage et qui se trouvait à la base de Zikim, et une autre qui sort avec un musicien qui était à Nova », a-t-elle raconté, faisant référence à une base militaire et à un festival de musique parmi les sites les plus sanglants de l’attaque.
« J’ai subi un traumatisme, comme tout le monde », a-t-elle ajouté.
Un voyage spirituel perpétuel
Planting Seeds of the Divine fait suite au premier livre de Smith, un récit de souvenirs publié en 2014 et intitulé Forty Years in the Wilderness: My Journey to Authentic Living (Quarante ans dans le désert : mon parcours vers une vie authentique).
« Dans le passé, en plus des difficultés que je rencontrais face à d’importantes questions religieuses [telles que] mon désir d’honorer ma tradition juive, ma propre sensibilité spirituelle et mon désir d’être honnête avec Dieu -tout cela me semblant impossible à concilier harmonieusement -, j’ai profondément souffert pendant la majeure partie de ma vie d’une dysphorie de genre, ce qui n’a fait qu’ajouter à mon mal-être. Je n’aurais jamais imaginé que tous ces éléments puissent un jour s’harmoniser, mais grâce à Dieu, c’est le cas », a raconté Smith.
« Ces 20 dernières années ont été tellement passionnantes », sourit-elle. « Je me réveille chaque matin avec une immense joie d’être juive. »
Smith attribue ses connaissances de la culture juive traditionnelle aux années qu’elle a passées dans un milieu ultra-orthodoxe.
« En tant que croyante en la providence divine, je ne regrette pas d’être entrée dans ce monde. »
« En tant que croyante en la providence divine, je ne regrette pas d’être entrée dans ce monde », a-t-elle affirmé. « Je suis heureuse d’y être entrée, et je suis plus heureuse encore d’en être sortie, car j’ai acquis une discipline d’apprentissage qui, malheureusement, n’est pas considérée comme une valeur importante par beaucoup de personnes plus libérales avec lesquelles je suis en contact aujourd’hui. »
L’idée d’écrire un autre livre est restée dans un coin de l’esprit de Smith jusqu’à son voyage à Varsovie en 2022. Là-bas, elle s’est rendue sur les tombes de parents du rabbin Kalonymus Kalman Shapira, connu sous le nom de Piaseczner Rebbe, tué pendant la Shoah.
« Ses enseignements m’ont ramenée à mon âme, à Dieu, au judaïsme et au monde, à la dimension spirituelle du monde », a-t-elle souligné. « Je savais que je ne verrais jamais sa tombe, puisqu’il a été assassiné dans un camp de la mort et enterré dans une fosse commune. Mais sa mère, sa femme et son fils étaient enterrés dans ce cimetière, et c’était là que je pouvais me rapprocher au plus près de lui. »
C’est alors qu’elle se tenait dans le cimetière que Smith a senti un appel.
« Sur la pierre tombale de sa femme, le rabbin lui rendait hommage en la décrivant comme sa havrouta, son binôme d’étude, qui étudiait avec lui tous les jours et éditait tous ses manuscrits », a précisé Smith.
« C’était tellement radical pour un maître hassidique de reconnaître ainsi publiquement sa femme », a-t-elle ajouté. « Alors que je me tenais là, j’ai entendu une voix qui me disait de commencer à écrire mon livre. C’était comme si cette femme me disait : ‘Tu admires ce que j’ai fait avec mon mari. C’est ton tour maintenant’. »
L’objectif du livre est d’aider les lecteurs de tous les horizons religieux juifs à se rapprocher de la dimension spirituelle de leur foi.
« J’ai écrit ce livre pour les Juifs issus de milieux plus traditionnels qui s’intéressent aux enseignements spirituels, et pour les Juifs sensibles aux enseignements spirituels mais dépourvus de connaissances en matière de commentaires traditionnels », a déclaré Smith.
Smith espère également que son livre servira de ressource aux responsables juifs, rabbins, enseignants, éducateurs, aumôniers et thérapeutes, ainsi qu’à de nombreux étudiants et chercheurs travaillant sur la spiritualité dans les universités du monde entier.
« Je l’ai également écrit pour les non juifs, les gentils spirituellement sensibles, notamment les théologiens », a fait savoir Smith, ajoutant accueillir fréquemment dans ses cours des participants non juifs.
« Dans mes cours, lors des conférences que je donne, de nombreuses personnes, juives et non juives, sont venus me voir pour me dire la même chose : ‘Je ne savais pas que le judaïsme proposait cela’. »
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