Le nouveau Premier ministre britannique, Israël et les Juifs
Maire de Manchester, Andy Burnham a souvent dénoncé les agressions antisémites - mais les responsables de la communauté s'inquiètent de la façon dont il présente la guerre à Gaza
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JTA — Andy Burnham est officiellement devenu le nouveau Premier ministre Travailliste britannique dans la journée de lundi, succédant à Keir Starmer. Cette arrivée au 10, Downing Street soulève des interrogations s’agissant du positionnement politique qu’il adoptera à l’égard d’Israël et à l’égard, aussi, de la vague d’antisémitisme qui a déferlé sur le pays.
Starmer, qui a démissionné dans le sillage des résultats désastreux du Labour lors des élections locales de mai dernier, a laissé derrière lui un bilan mitigé en matière d’antisémitisme.
Il était pourtant parvenu à débarrasser le parti de son image de formation politique hostile aux Juifs, une image héritée de son ancien chef de file Jeremy Corbyn – mais dans le même temps, les agressions à l’encontre des Juifs en Grande-Bretagne n’ont pas cessé d’augmenter suite au pogrom commis par le Hamas à l’encontre d’Israël, le 7 octobre 2023. Et l’incertitude est à son comble.
Le successeur de Starmer aura consacré une grande partie de sa carrière politique, au cours de la dernière décennie, à tisser des liens étroits avec la communauté juive britannique. En tant qu’ancien maire du Grand Manchester, qui abrite l’une des plus importantes populations juives d’Europe, Burnham s’est fréquemment élevé contre l’antisémitisme. Il n’a pas hésité à assister à des commémorations de la Shoah et il a travaillé en étroite collaboration avec des organisations communautaires juives.
Pourtant, à l’approche de son investiture au poste de Premier ministre, Burnham a également laissé entrevoir un changement dans le positionnement actuellement dominant qui est celui du Parti travailliste sur la question d’Israël et de Gaza, notamment en se prononçant en faveur de pressions accrues sur l’État juif.
Les propos qui ont été tenus par Burnham pendant la course à la direction du Labour ont entraîné de vives réprimandes de la part du Board of Deputies of British Jews et du Jewish Leadership Council, qui ont exprimé de « fortes inquiétudes » s’agissant de sa présentation de la situation à Gaza et de la guerre entre Israël et le Hamas. Ces organisations ont toutefois également salué son engagement à lutter contre l’antisémitisme.
Voici un aperçu de certaines des positions qui ont été adoptées par Burnham sur ces sujets et de la façon dont elles sont susceptibles d’influencer les politiques de son parti à l’avenir :
Un soutien de longue date à Israël et à la solution à deux États
Lors de la course à la direction du parti Travailliste en 2015, Andy Burnham avait affirmé, lors d’un débat organisé par la communauté juive, que son premier voyage à l’étranger, s’il devait être élu à la tête du parti, serait à destination d’Israël.
Il s’était opposé à un boycott de l’État juif, demandant : « Quel message est-ce que cela pourrait envoyer ? ». Il avait affirmé dans la foulée son soutien à une solution à deux États négociée.
Dans un questionnaire qui lui avait été envoyé cette année-là par le groupe Palestine Solidarity Campaign (PSC), il avait également dit soutenir « deux États vivant côte à côte en paix, et reconnus par tous leurs voisins ».
Il avait toutefois ajouté qu’il soutenait « la fin de l’occupation et de la construction des colonies illégales de la part des Israéliens, ainsi que la fin des tirs de roquettes et des attaques terroristes qui sont commises par le groupe terroriste du Hamas ».
Il avait également clairement indiqué à l’époque qu’il ne soutenait pas les implantations de Cisjordanie, déclarant à la PSC : « Le parti Travailliste reconnaît que les colonies et leur expansion continue restent des obstacles majeurs à la résolution du conflit et comme l’a dit [le chef du parti de l’époque] Ed Miliband, qu’elles sont à la fois illégales et immorales ».
De plus, Burnham avait dénoncé haut et fort l’antisémitisme lorsque le Labour avait été accusé de favoriser la haine antijuive alors qu’il était placé sous la direction de Corbyn, entre 2015 et 2020.
En 2012, Corbyn avait pris la défense d’une fresque murale qui représentait des banquiers juifs au nez crochu qui jouaient au Monopoly sur le dos de travailleurs exploités (il avait par la suite fait savoir qu’il regrettait cette prise de position.)
Le politicien d’extrême-gauche avait par ailleurs affirmé que les représentants du Hamas et du Hezbollah étaient des « amis ».
Burnham avait indiqué au Board of Deputies of British Jews, en 2019, que le parti Travailliste n’avait pas traité les plaintes qui avaient été déposées pour antisémitisme « avec fermeté, rapidité et détermination », avertissant que la formation politique avait perdu la confiance de nombreux électeurs juifs.
« Il est à mes yeux inconcevable qu’un parti qui s’est toujours enorgueilli de son bilan en matière de racisme ait pu être entraîné dans une crise d’antisémitisme », s’était-il insurgé.
En 2020, la Commission britannique pour l’égalité et les droits de l’Homme avait conclu que le Labour s’était rendu coupable d’actes illégaux de harcèlement et de discrimination en lien avec la haine antijuive.
Le 7-Octobre et la montée de l’antisémitisme
Au lendemain du pogrom du 7-Octobre, Burnham a avait diffusé, aux côtés de son adoint au maire, un communiqué dans lequel les deux hommes affirmaient : « Nous condamnons sans réserve les attaques effroyables qui ont été perpétrées en Israël par le Hamas. Rien ne justifie de prendre la vie d’innocents d’une manière aussi barbare et aveugle ».
Il avait ajouté que « Israël a le droit de se défendre et de protéger ses citoyens, conformément au droit international ».
Il avait indiqué à la communauté juive qu’il s’était entretenu avec le chef de la police du Grand Manchester, qui lui avait assuré qu’une présence policière renforcée serait mise en place pour garantir la sécurité des organisations appartenant à la communauté juive.
Burnham avait dit que les élus locaux étaient « déterminés à garantir la sécurité de toutes nos communautés dans le Grand Manchester » et que « nous ne tolérerons jamais aucune forme de haine dans nos rues ».
A peine deux ans plus tard – à Yom Kippour, en 2025 – Manchester avait été la cible d’un attentat terroriste majeur qui avait visé la Heaton Park Hebrew Congregation. Deux personnes avaient perdu la vie lors de l’intervention des policiers.
« Manchester reste unie et nous ne laisserons pas la division s’installer au sein de nos communautés », avait assuré Burnham lorsqu’il s’était rendu à la synagogue, peu après l’attentat. Il avait dit que ce dernier était « une attaque lancée contre la ville tout entière ».
Burnham s’était également exprimé au mois d’avril lorsque quatre ambulances bénévoles de la Hatzola avaient été incendiées dans le quartier très orthodoxe de Golders Green, à Londres.
« Il s’agit là d’un nouvel incident terrible qui va inquiéter les communautés juives de Londres et du Grand Manchester, qui ont été confrontées à des attaques antisémites effroyables ces derniers mois », avait-il commenté.
Ses déclarations récentes sur Gaza
Burnham s’est montré critique à l’égard de la campagne militaire israélienne qui avait été menée au lendemain du 7-Octobre contre les groupes terroristes de l’enclave. Il a répété ce positionnement dans une vidéo de campagne en vue du scrutin à la direction du parti, la semaine dernière, interpellant le Labour.
Dans la séquence, il a condamné le Hamas et il a, une nouvelle fois, rejeté l’antisémitisme – mais il a toutefois fait valoir que la Grande-Bretagne devait « faire davantage pour exercer des pressions sur le gouvernement israélien », notamment en envisageant, selon lui, de nouvelles restrictions sur les exportations d’armes et en prenant des mesures contre les implantations illégales de Cisjordanie.
« Je sais que beaucoup de gens pensent qu’au commencement de l’action militaire israélienne à Gaza, mon parti n’a pas réagi comme il le fallait et j’en suis désolé », a-t-il dit. Le parti a « mis trop de temps à appeler à un cessez-le-feu », a-t-il estimé.
Il a dit que les images en provenance de Gaza étaient « des cicatrices sur notre conscience collective ».
Des propos qui reflètent, in fine, une dynamique parlementaire générale selon laquelle la Grande-Bretagne devrait prendre davantage de mesures à l’encontre d’Israël, notamment en soutenant l’interdiction de tous les produits israéliens provenant de Cisjordanie — une mesure que l’Irlande et d’autres pays européens réclament depuis longtemps et pour certains ont déjà adopté à l’échelle nationale.
Dans sa vidéo, Burnham s’est abstenu de qualifier les actions d’Israël de « génocide », affirmant qu’une telle appellation revenait aux tribunaux internationaux.
Réactions mitigées au sein de la communauté juive
La vidéo a suscité une réaction immédiate de la part du Board of Deputies of British Jews et du Jewish Leadership Council. Burnham a pourtant eu l’occasion de constater « de ses propres yeux les liens entre la haine d’Israël, l’extrémisme antisémite et la violence meurtrière à l’encontre des Juifs britanniques », ont expliqué ces organisations.
Elles ont exhorté Burnham et les autres dirigeants politiques à « faire preuve de la plus grande prudence dans leur discours » à un moment où la haine antijuive, en Grande-Bretagne, est devenue « plus banalisée, plus extrême et plus violente ».
Les Juifs britanniques observeront de près la manière dont Burnham conciliera son engagement de longue date auprès de la communauté juive et son positionnement de plus en plus critique à l’égard du gouvernement israélien.
Gideon Falter, directeur général de la Campaign Against Antisemitism, a lu à voix haute, dans la journée de lundi, une lettre ouverte qui était adressée à Burnham, l’appelant à prendre position contre la montée de l’antisémitisme dans le pays.
« On ne se souviendra pas de votre héritage uniquement en termes de taux d’imposition et de délais d’attente dans les hôpitaux », a dit Falter. « On se souviendra plutôt si les Juifs ont été assassinés dans la Grande-Bretagne d’Andy Burnham ou s’ils ont prospéré ».
Le dirigeant du Board of Deputies, Phil Rosenberg, a félicité Burnham sur X et il s’est réjoui de « l’engagement précoce du nouveau Premier ministre à lutter contre l’antisémitisme », ajoutant que le Board « travaillera avec son gouvernement pour que le Royaume-Uni joue un rôle de premier plan dans la paix et la sécurité mondiales ».
Ephraim Mirvis, le grand rabbin du pays, a diffusé, dans un post sur le réseau social X, une photo où il pose à côté de Burnham. Il lui a adressé une bénédiction.
« Il assume l’immense responsabilité du pouvoir à une époque marquée par de grands défis, tant sur le plan national qu’international », a déclaré Mirvis. « Puisse-t-il être doté de la sagesse, de la force et du bon jugement nécessaires pour assurer la sécurité de notre pays, et puisse son mandat apporter prospérité et harmonie à tous ».
AMEN.
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