Le petit-fils de Helmut Kohl « a honte » de la réaction de l’Allemagne face à l’antisémitisme
Johannes Volkmann, 28 ans, politicien prometteur, réclame des lois plus sévères contre la haine des Juifs, avertissant que la peur s'est "normalisée" chez les Juifs allemands
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Johannes Volkmann, un jeune politicien conservateur allemand prometteur issu d’une famille politique influente, se dit embarrassé par ce qu’il qualifie d’acceptation par de nombreux Allemands de la montée de l’antisémitisme depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui a conduit les Juifs de son pays à « ne vivre que dans la peur ».
Âgé de 28 ans, Volkmann est l’un des plus jeunes élus de l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU), le parti autrefois dirigé par son grand-père, Helmut Kohl, ancien chancelier allemand de longue date et fervent défenseur d’Israël.
« J’ai honte de voir à quel point une grande partie de notre société, en particulier les cercles soi-disant progressistes, a toléré cette évolution », a confié Volkmann au Times of Israel la semaine dernière.
« Quatre-vingts ans après la Shoah, nous avons appris que ce qui devrait aller de soi en Allemagne ne l’est pas : la vie juive dans nos villes doit pouvoir s’exercer sans crainte. »
Au contraire, « il est devenu normal que la vie juive visible ne puisse exister que sous la peur ou sous la protection de la police dans de nombreux endroits. »
Ces déclarations interviennent dans un contexte marqué par une forte augmentation des actes antisémites en Allemagne. Selon le Centre de recherche et d’information sur l’antisémitisme (RIAS), un organe de veille indépendant, 8 627 actes antisémites ont été recensés en 2024, soit une augmentation de 77 % par rapport à l’année précédente. On dénombre également huit cas de violence antisémite extrême, tels que des agressions ayant entraîné des blessures physiques, et 186 autres agressions physiques.
Entre 2022 et 2023, le nombre de crimes antisémites a doublé, selon les données de la police, avec un pic après le 7-Octobre. Entre 2023 et l’an dernier, ce nombre a encore augmenté de 20 %, pour atteindre 6 236 cas en 2024.
Volkmann réclame une réponse beaucoup plus ferme de la part du gouvernement. Cela suppose notamment un durcissement des politiques d’immigration et des règles de résidence, un renforcement des pouvoirs disciplinaires des universités et l’adoption de lois interdisant le financement artistique d’initiatives antisémites.
« Nous avons le devoir de lutter contre l’antisémitisme dans notre paysage culturel, dans les universités et en particulier dans certaines communautés immigrées », a-t-il déclaré.
Volkmann, l’un des plus jeunes députés de la CDU, a rapidement gravi les échelons au sein du parti autrefois dirigé par son grand-père, qui a gouverné l’Allemagne pendant la majeure partie de son histoire d’après-guerre. Il a commencé à militer au sein de la CDU alors qu’il était encore à l’école et a rejoint le comité fédéral du parti en 2024, à l’âge de 27 ans, devenant ainsi son membre le plus jeune.
Plus tôt cette année, il a été élu au Bundestag et a rejoint le « Young Group » de la CDU, considéré comme une force influente au sein de la faction parlementaire. Il a également été fréquemment invité dans des talk-shows allemands et est devenu l’un des visages les plus connus de la jeune génération du parti.
À ce titre, il n’a pas hésité à s’exprimer ouvertement sur l’antisémitisme en Allemagne. Il a attiré l’attention cette année en accusant le parti de gauche Die Linke de promouvoir l’antisémitisme et de minimiser le terrorisme islamiste.
En août, il s’est rendu à une manifestation anti-Israël organisée sous une tente à Francfort et a tenté d’engager le dialogue avec les manifestants, sous l’œil des caméras.
Il a toutefois clairement signifié que la montée de l’antisémitisme constituait un danger tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche. Il a également rejeté les louanges adressées à l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), un parti d’extrême droite qui a connu une forte hausse de popularité ces dernières années, même si ce parti a également tiré la sonnette d’alarme concernant l’afflux de migrants dans le pays.
« Dans mon entourage proche, j’entends souvent des propos qui considèrent l’AfD comme une lueur d’espoir face à l’antisémitisme des migrants et des islamistes », a-t-il poursuivi.
« Je ne peux que mettre en garde contre cela. Il existe au sein de l’AfD de forts éléments völkisch [ethno-nationalistes allemands] qui, pour le moins, se montrent ouverts à l’antisémitisme traditionnel d’extrême droite et utilisent librement les codes linguistiques correspondants. »
Il a également souligné que le parti allemand de gauche Die Linke tolérait « l’antisémitisme structurel lié à Israël au sein de ses propres rangs ».
Il a souligné les critiques sévères formulées à l’encontre d’Israël par certains membres du parti, notamment par un porte-parole de l’organisation de jeunesse du parti, qui a déclaré à propos de la guerre contre le Hamas à Gaza : « C’est un génocide. C’est une putain de Shoah. C’est la Shoah ! »
Il estime que ces « courants » sont ceux qui « dépassent les limites de notre ordre libéral et démocratique fondamental ».
« Un parti qui tolère de telles choses est pour moi un adversaire politique et non un concurrent coopératif. »
Volkmann a fait valoir que l’Allemagne devait se montrer plus disposée à expulser les ressortissants étrangers qui commettent des actes antisémites en ligne ou lors de manifestations.
« La loi sur l’immigration sert également à protéger la sécurité publique », a-t-il rappelé, suggérant qu’il souhaiterait modifier les lois pour permettre aux tribunaux d’autoriser davantage d’expulsions.
Il a également proposé d’apporter des modifications aux lois sur l’enseignement supérieur afin de permettre l’expulsion des étudiants qui harcèlent leurs camarades juifs ou participent à des occupations violentes du campus.
Il a ajouté que les politiques gouvernementales de financement des arts devraient explicitement se conformer à la définition de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), qui inclut certains types de discours anti-Israël parmi ses exemples, comme le fait de qualifier le pays « d’entreprise raciste ».
De nombreux projets artistiques allemands bénéficient d’un soutien gouvernemental ; Volkmann souhaiterait que ceux qui contreviennent à la définition de l’IHRA perdent leur financement public.
« Une grande partie de l’électorat attend à juste titre que nous ne subventionnions pas l’antisémitisme lié à Israël avec l’argent des contribuables allemands », a-t-il déclaré.
Volkmann est généralement réservé lorsqu’il s’agit de parler publiquement de son grand-père, mais Kohl – chancelier allemand de 1982 à 1998 et superviseur de la réunification du pays – était également connu pour son amitié avec les Juifs et Israël.
Sous son mandat, les relations germano-israéliennes se sont resserrées. Dans une interview accordée en 2017 à une station de radio affiliée à Deutsche Welle, Avi Primor, ambassadeur d’Israël à Berlin de 1993 à 1999, déclarait que Kohl accordait une grande importance à Israël et le considérait comme « une bénédiction pour l’Allemagne dans le domaine de la science et de la recherche ».
Primor ajoutait qu’une amitié était née entre Kohl et le Premier ministre de l’époque, Yitzhak Rabin, avant l’assassinat de ce dernier en 1995.
En tant que chancelier, Kohl avait également autorisé l’immigration d’environ 200 000 Juifs originaires de l’ex-URSS. Le nombre officiel de membres des communautés juives allemandes est ainsi passé d’environ 30 000 en 1990 à plus de 100 000 au début des années 2000. Depuis, ce nombre a légèrement diminué pour s’établir à environ 90 000. Au total, on estime qu’environ 200 000 Juifs vivent aujourd’hui en Allemagne, contre plus de 500 000 avant la Shoah.
L’an dernier, évoquant notamment l’engagement de son grand-père en faveur d’une Europe unie, Volkmann déclarait au journal Die Zeit : « Bon nombre de ses valeurs politiques sont plus importantes aujourd’hui qu’elles ne l’ont jamais été depuis la fin de la guerre froide. »
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