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Le plan de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, un nouvel espoir pour les Juifs du Caucase

Après des décennies de conflit, les communautés juives des deux ex-pays soviétiques n'avaient plus de contact et les relations entre l'Arménie et Israël étaient tendues - Tout pourrait changer

Le président américain Donald Trump, au centre, le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan, à droite, et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, lors d'une cérémonie de signature trilatérale à la Maison Blanche à Washington, le 8 août 2025. (Crédit :AP/Mark Schiefelbein)
Le président américain Donald Trump, au centre, le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan, à droite, et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, lors d'une cérémonie de signature trilatérale à la Maison Blanche à Washington, le 8 août 2025. (Crédit :AP/Mark Schiefelbein)

JTA — Deux anciennes républiques soviétiques, dont les relations s’étaient abîmées jusqu’à sombrer dans la haine depuis l’effondrement de l’URSS, sont soudainement sur le point de faire la paix.

Depuis avant même leur indépendance en 1991, l’Arménie, un pays enclavé à majorité chrétienne, et l’Azerbaïdjan, un État riche en pétrole à majorité musulmane, avaient été en guerre, une guerre qui avait pour objectif de prendre le contrôle de la région contestée du Haut-Karabakh, s’accusant mutuellement de violations des droits humains, de nettoyage ethnique, voire de génocide.

Mais leurs dirigeants affirment dorénavant qu’ils sont fermement décidés à mettre un point final au conflit – ce qui pourrait profiter aux communautés juives des deux pays.

Le 8 août, le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev ont rencontré à la Maison Blanche le président américain Donald Trump. Côte à côte, les trois hommes ont signé des documents qui ont visé à mettre un terme à des hostilités qui ont entaché les relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pendant plus de 35 longues années.

« Nous sommes très heureux de cet accord », s’exclame Shneor Segal, grand rabbin de la communauté ashkénaze et chef du mouvement ‘Habad en Azerbaïdjan. « En tant que Juifs, nous prions toujours pour la paix. L’amitié entre voisins ne peut apporter que des choses positives et en conséquence, toute initiative prise en faveur de la paix et de la coexistence est bonne à saisir ».

Alexandra Livergant, une femme juive d’origine russe qui vit à Erevan, la capitale de l’Arménie, depuis le début de l’année 2022, raconte que les Arméniens la traitent avec gentillesse. Elle indique que leur attitude à l’égard des Juifs qu’ils rencontrent au niveau personnel et leur attitude à l’égard d’Israël en tant qu’État sont deux choses différentes.

« Dans l’ensemble, la situation pourrait s’améliorer car un accord de paix signifie qu’il n’y aura plus de guerre – ce qui signifie également qu’Israël cessera de vendre des armes à l’Azerbaïdjan », dit Livergant qui, en tant que journaliste, anime des débats publics, des interviews et des podcasts. « Cela pourrait apaiser une source majeure de tension ».

Le rabbin Shneor Segal s’exprime lors d’une conférence sur l’héritage juif à l’Université des langues d’Azerbaïdjan, le 30 août 2023. (Capture d’écran/Dahan Center via YouTube/Peleg Levy)

La superficie et la population de l’Azerbaïdjan sont à peu-près trois fois supérieures à celles de l’Arménie, avec environ 10,2 millions d’habitants pour un pays qui fait la taille de l’état américain du Maine. Terre d’accueil des Juifs depuis fort longtemps – peu après la destruction du Premier Temple à Jérusalem, en l’an 586 avant l’ère commune – l’Azerbaïdjan possède également le premier puits de pétrole au monde. Dans les années 1920, il produisait plus de la moitié du pétrole de la planète.

Aujourd’hui, cette république qui borde la mer Caspienne dépend toujours des exportations d’énergie concernant la plus grande partie de ses revenus, ce qui a contribué à transformer sa capitale, Bakou, en mini-Dubaï. Environ 96 % de ses habitants sont musulmans. La pratique des autres religions est totalement libre.

C’est ce qui a permis à la petite fraction d’Azerbaïdjanais juifs de prospérer – chose rare dans le monde islamique.

« La communauté juive d’Azerbaïdjan a écrit une lettre à notre président pour le féliciter de cet accord. Et bien sûr, nous aimerions beaucoup être en paix avec l’Arménie. Mais ici, en Azerbaïdjan, nous vivons déjà dans la paix et dans l’harmonie », s’exclame le rabbin Zamir Isayev, le président de la communauté séfarade de Bakou. Il ajoute que l’Azerbaïdjan est l’un des « rares pays musulmans où les touristes israéliens peuvent parler hébreu, se détendre réellement et se sentir chez eux ».

Le président Isaac Herzog, à gauche, aux côtés du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, à Bakou, le 30 mai 2023. (Crédit : Haïm Zach/GPO)

Les estimations varient considérablement concernant le nombre de Juifs qui vivent en Azerbaïdjan. Shneor et Isayev évaluent ce nombre à 25 000, voire 30 000 – précisant qu’environ 65 % sont des « Juifs des montagnes » d’origine persane (parmi lesquels figure un membre de la délégation du pays qui se rendra à l’Eurovision cette année). 25 % sont des Juifs ashkénazes ayant fui l’Europe et qui sont arrivés à partir de 1811, tandis que les 5 % restants sont des Juifs originaires de la Géorgie voisine.

Mais le Congrès juif mondial estime leur nombre à 7 200 et Itsik Moshe, ancien responsable de l’Agence juive à la tête, depuis Tbilissi, de la Chambre de commerce Israël-Géorgie, dit douter du fait qu’un nombre supérieur à 10 000 Juifs puissent résider dans les trois pays réunis, avançant les chiffres d’environ 8 000 Juifs en Azerbaïdjan et d’un millier en Géorgie et en Arménie. Dans le même temps, ajoute-t-il, 200 000 immigrants provenant des trois nations du Caucase du Sud vivent dorénavant en Israël.

L’Arménie, dont la superficie est à peu-près équivalente à celle du Maryland, compte 3 millions d’habitants. En l’an 301 après l’ère commune., elle était devenue le premier pays au monde à adopter le christianisme, et son alphabet unique de 39 lettres remonte à l’année 405 de notre ère. Environ 97 % des habitants de l’Arménie sont membres de l’Église apostolique arménienne, les catholiques, les témoins de Jéhovah, les Juifs et autres représentant les 3 % restants.

Vestige de l’ancien héritage juif de l’Arménie, un cimetière situé dans le village isolé de Yeghegis, à environ deux heures de route d’Erevan, à l’Est. Ici, derrière une porte métallique ornée d’une étoile de David, se trouvent 64 stèles intactes et des fragments d’autres pierres tombales datant de 1266 à 1346, avec des inscriptions en hébreu et en araméen.

Isayev explique qu’une fois que la paix véritable sera revenue dans la région, « nous espérons que l’Arménie apprendra de l’Azerbaïdjan comment respecter les minorités et protéger ses Juifs ».

L’entrée de l’ancien cimetière juif de Yeghegis, en Arménie, qui contient près de 40 pierres tombales médiévales datant des XIIIe et XIVe siècles de notre ère, inscrites en hébreu et en araméen. (Crédit : Larry Luxner via JTA)

Une référence aux actes de vandalisme répétés qui ont pris pour cible, ces dernières années, la seule synagogue d’Arménie, le centre religieux juif Mordechay Navi à Erevan. Au mois de septembre 2023 puis à nouveau le 3 octobre — quatre jours avant le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël — et encore une fois au mois de novembre de la même année, des assaillants inconnus avaient attaqué la synagogue, selon le rabbin Gershon Burshtein, à la tête de la congrégation.

A chaque reprise, les dégâts avaient été minimes – mais la troisième fois, des hommes masqués avaient mis le feu au bâtiment, annonçant qu’ils étaient passés à l’acte au nom d’une obscure « armée de libération » arménienne qui s’opposait aux liens entretenus par Israël avec l’Azerbaïdjan. Burshtein avait confié à la JTA qu’il pensait que ces attaques n’avaient pas été commises par des locaux mais par des individus qui avaient agi pour le compte de l’Azerbaïdjan ou de la Russie dans le cadre d’une tentative flagrante qui visait « à faire passer l’Arménie pour un pays où l’antisémitisme est dominant ».

L’antisémitisme est un problème récurrent en Arménie.

Il découle en grande partie des milliards de dollars d’artillerie lourde, de lance-roquettes et de drones israéliens qui avaient aidé l’Azerbaïdjan à vaincre l’Arménie lors d’un conflit de 44 jours qui avait eu lieu dans le cadre de la deuxième guerre du Haut-Karabakh, en 2020. L’Azerbaïdjan, lorsqu’elle avait remporté la victoire, avait récupéré le Haut-Karabakh et, au mois de septembre 2023, la quasi-totalité des 120 000 Arméniens ethniques qui y vivaient avaient été expulsés.

De la peinture rouge retrouvée sur la façade du centre religieux juif Mordechay Navi à Erevan, en Arménie, à la suite d’un incident antisémite présumé le 3 octobre 2023. (Crédit : CER)

L’Arménie avait ensuite accusé l’Azerbaïdjan de nettoyage ethnique, même si les Azerbaïdjanais rappellent, pour leur part, le massacre qui avait été commis à Khojaly, le 26 février 1992. Ce jour-là, les forces arméniennes avaient tué, semble-t-il, au moins 200 civils azerbaïdjanais, voire jusqu’à 1 000, selon certaines sources. Les musées du génocide à Erevan et dans la ville azerbaïdjanaise de Quba témoignent des crimes horribles qui ont pu être attribués à l’autre partie dans chaque pays.

A noter qu’une exposition entière du Musée des Juifs des montagnes de Krasnaya Sloboda, en Azerbaïdjan, a été consacrée à Albert Agarunov, un Juif de 23 ans qui, en tant que commandant de char, avait été décoré à titre posthume du titre de héros national de l’Azerbaïdjan après avoir été abattu par un tireur d’élite arménien. Le conflit de 1992 avait déplacé jusqu’à un million de personnes, y compris des Juifs qui vivaient dans la région contestée du Karabakh.

Les Arméniens sont également mécontents du refus d’Israël de reconnaître officiellement le génocide de 1,5 million de citoyens du pays qui avaient été tués par les Turcs ottomans entre 1915 et 1923. 34 autres nations, dont les États-Unis, ont pour leur part reconnu le génocide.

Dans le cadre de l’accord qui a été paraphé en date du 8 août par Aliyev (Azerbaïdjan), Pashinyan (Arménie) et Trump (qui n’a pas caché son désir de remporter le prix Nobel de la paix), les deux pays ont accepté de mettre un terme à leurs hostilités et de renoncer à toute revendication juridique à l’encontre l’un contre l’autre.

Au cœur de l’accord se trouve la « Route Trump pour la paix et la prospérité internationale », longue de plus de 43 kilomètres, qui était connue jusqu’à présent sous le nom de Corridor de Zangezur. Elle vise à relier l’Azerbaïdjan à son enclave, le Nakhitchevan – tous les deux séparés par une bande de territoire arménien – et elle sera développée par des entreprises américaines de manière à inclure des lignes ferroviaires et de communication, ainsi que des oléoducs et des gazoducs. L’accord a également visé à empêcher la Russie de monopoliser le conflit, ce que ni l’une ni l’autre des parties ne souhaitait.

Photo d’illustration : Un homme entre dans la synagogue des Six Dômes à Krasnaiya Sloboda, en Azerbaïdjan, le 21 juillet 2018. (Crédit : Cnaan Liphshiz/JTA)

« Ils sont désormais amis et ils le resteront longtemps », a déclaré Trump alors qu’il se tenait devant les journalistes lors de la cérémonie de signature à la Maison Blanche. « Vous allez avoir une excellente relation. Si ce n’est pas le cas, appelez-moi et je m’en occuperai ».

Nathaniel Trubkin, coordinateur de la communauté Foyer juif Yerevan, espère que la possibilité d’une paix entre les deux pays du Caucase améliorera également les relations entre l’Arménie et Israël.

« À Erevan, beaucoup de gens considèrent Israël davantage comme un pays qui soutient un État ennemi que comme un partenaire. Mais cet accord de paix pourrait changer l’atmosphère », explique Trubkin, qui est originaire de Moscou. « L’Arménie a désormais la possibilité d’établir des relations fructueuses avec Israël en dehors du contexte de la guerre ».

La grande majorité du millier de Juifs qui résident en Arménie sont, comme Trubkin, des nouveaux arrivants arrivés de Russie et d’Ukraine après avoir fui ces deux pays à cause du déclenchement de la guerre sur le sol ukrainien, au mois de février 2022. Un grand nombre d’entre eux possèdent un passeport israélien, précise-t-il.

« De mon point de vue, l’Arménie compte de nombreuses personnes instruites et modernes qui souhaiteraient établir des relations riches avec Israël », dit-il. « Mais pour que cela se produise, il faut également que les Israéliens prennent l’initiative, et notre communauté juive russe à Erevan peut jouer un rôle important à cet égard ».

Jusqu’à présent, il n’y a eu aucun contact entre les Juifs arméniens et azerbaïdjanais, principalement parce qu’il a été pratiquement impossible, pendant des années, pour les citoyens arméniens de se rendre en Azerbaïdjan et vice versa. Ce manque de communication a touché les rabbins eux-mêmes.

« La majorité des Juifs azerbaïdjanais ne savaient même pas qu’il y avait des Juifs en Arménie. Ils ne l’ont appris qu’après avoir vu aux informations qu’une synagogue à Erevan avait été attaquée », fait remarquer Isayev, âgé de 44 ans, qui a été rabbin pendant 18 ans.

Photo d’illustration : La plus grande synagogue en activité de Krasnaya Sloboda, ville juive d’Azerbaïdjan. (Crédit : autorisation)

Segal, 46 ans, qui est arrivé à Bakou depuis Israël en 2010, ajoute : « Mon devoir est de travailler avec les Juifs d’Azerbaïdjan. Jusqu’à présent, il n’était pas nécessaire de leur tendre la main car il était impossible de se rendre en Arménie. Mais avec une situation qui s’améliore, tout peut dorénavant arriver ».

Contrairement à l’Arménie, l’Azerbaïdjan voisin compte actuellement sept synagogues en activité : trois à Bakou, trois à Quba et deux à Oğuz, une ville proche de la frontière géorgienne. Le mouvement ‘Habad dispose également de sept émissaires dans tout le pays, ainsi que du complexe éducatif Or Avner, qui compte actuellement 203 élèves âgés de 3 à 18 ans.

De plus, c’est le même mouvement qui exploite depuis trois ans le seul restaurant casher de Bakou, le Rimon, alors que de plus en plus d’Israéliens affluent dans le pays.

Jamilya Talibzadeh, directrice de l’Office du tourisme d’Azerbaïdjan en Israël, note qu’AZAL propose actuellement 14 vols par semaine entre Tel Aviv et Bakou. La compagnie aérienne israélienne Arkia commencera à desservir cette ligne au mois d’octobre, avec trois liaisons par semaine.

Des femmes pleurent leurs proches au cimetière surplombant la ville juive de Krasnaiya Sloboda, dans le nord de l’Azerbaïdjan, le 21 juillet 2018. (Crédit : Cnaan Liphshiz/ JTA)

Au cours des sept premiers mois de l’année 2025, a-t-elle déclaré, environ 30 000 Israéliens se sont rendus en Azerbaïdjan, soit près du double du nombre de touristes en 2024.

Début novembre, l’Azerbaïdjan accueillera la Convention du 70e anniversaire de la Conférence des rabbins européens. Ce rassemblement, qui devrait attirer 500 rabbins orthodoxes, se tiendra du 4 au 6 novembre et ce sera la toute première fois que le groupe se réunira dans un pays musulman. En tête de l’agenda : l’extension des accords d’Abraham à l’Azerbaïdjan et éventuellement à d’autres pays à majorité musulmane d’Asie centrale.

« Je pense que la paix dans cette région sera bénéfique non seulement pour les Juifs d’Arménie et d’Azerbaïdjan, mais aussi pour la Géorgie et toute la région », s’exclame Moshe. « La stabilité favorisera les échanges commerciaux entre Israël et l’Azerbaïdjan, mais aussi entre Israël et l’Arménie. Toutefois, personnellement, je pense que la seule solution qui est offerte aux Juifs, c’est de s’installer en Israël. Ils pourront ensuite revenir ici pour travailler s’ils le souhaitent, mais en tant qu’Israéliens ».

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