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Le projet de hub de Wizz Air en Israël se heurte à l’opposition de ses rivaux locaux

Si le projet de la ministre des Transports, Miri Regev, se concrétise, le transporteur hongrois opérera plus de 200 vols chaque semaine, ce qui fera baisser des prix devenus exorbitants

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Un vol Wizz Air décollant de l'aéroport international Ben Gurion, le 22 juillet 2019. (Crédit : Moshe Shaï/Flash90)
Un vol Wizz Air décollant de l'aéroport international Ben Gurion, le 22 juillet 2019. (Crédit : Moshe Shaï/Flash90)

La compagnie aérienne hongroise à bas prix Wizz Air envisage de desservir durablement l’aéroport Ben Gurion de Tel Aviv afin de stimuler la concurrence et faire baisser des tarifs devenus exorbitants, ce à quoi les compagnies aériennes israéliennes s’opposent vivement.

La compagnie aérienne israélienne historique, El Al, et ses rivales israéliennes – Arkia et Israir, plus modestes – ont fait valoir que l’installation de Wizz Air porterait grandement tort aux compagnies aériennes locales et aurait pour effet de miner la résilience nationale, en particulier en temps de guerre ou d’urgence.

L’opposition du secteur aéronautique local suscite un débat houleux avec le gouvernement.

Les compagnies aériennes israéliennes, à commencer par El Al, sont accusées de pratiquer des prix abusifs en temps de guerre : à ce titre, elles font l’objet de recours collectifs, alors même qu’elles annoncent des bénéfices records amassés ces deux dernières années, depuis que les prix des billets d’avion se sont envolés.

Depuis le début de la guerre contre le groupe terroriste du Hamas, le 7 octobre 2023, les principales compagnies aériennes étrangères ont interrompu à plusieurs reprises leur desserte d’Israël, ce qui a laissé le champ libre à El Al, Israir, Arkia et une poignée de compagnies aériennes, du golfe Persique et d’Europe de l’Est surtout, au niveau de l’aéroport Ben Gurion.

Ces derniers mois, le ministère des Transports a, sous la conduite de Miri Regev, mené des négociations avec Wizz Air en vue d’ouvrir une base aérienne opérationnelle en Israël, ce qui permettrait au transporteur hongrois à bas prix de stationner ses avions à l’aéroport Ben Gurion et étoffer l’offre de destinations et de sièges, laquelle devrait se traduire par une baisse des prix.

Si le plan arrive à terme, Wizz Air viendra concurrencer les transporteurs locaux sur la question des créneaux horaires pour les décollages et les atterrissages dans le cadre de la desserte des destinations européennes.

Des voyageurs font la queue aux comptoirs d’enregistrement et de sécurité d’El Al à l’aéroport Ben Gurion, à Tel Aviv, le 24 juin 2025. (Autorisation)

Dans le cadre de ce projet, il est prévu que Wizz Air installe un hub en Israël d’ici avril 2026 et stationne trois de ses avions à l’aéroport Ben Gurion, ce qui lui permettrait d’opérer une trentaine de vols quotidiens au départ de Tel Aviv et à destination de toute l’Europe.

Wizz Air a refusé de commenter le projet.

El Al et Arkia affirment que le projet en cours de négociation aurait pour effet de permettre à Wizz Air de bénéficier des avantages que procure l’existence d’une base opérationnelle en Israël sans pour autant être soumise aux exigences de sécurité et autres obligations réglementaires qui s’imposent aux entreprises israéliennes.

Les transporteurs israéliens ont en effet investi des sommes importantes dans les systèmes de sécurité et autres procédures, dans les aéroports d’Israël et d’ailleurs, et sont tenus, pour des questions de sécurité, d’obtenir l’autorisation des autorités israéliennes pour toute nouvelle desserte.

Wizz Air ne serait, elle, pas soumise à ces exigences et coûts liés à la sécurité, ce qui lui permettrait de proposer de nouvelles liaisons dans des délais nettement plus courts, estiment les compagnies israéliennes.

Les compagnies aériennes israéliennes doivent effectivement faire face à des coûts additionnels liés aux questions de sécurité mais l’Etat en subventionne la quasi-totalité. En outre, Jérusalem apporte sa garantie, à hauteur de plusieurs milliards de dollars, au titre de l’assurance contre les risques de guerre.

Dans une lettre envoyée à Regev et au Premier ministre, Benjamin Netanyahu, en début de mois, le PDG d’Arkia, Oz Berlowitz, explique que Wizz Air pourrait opérer depuis l’aéroport Ben Gurion comme s’il s’agissait d’une compagnie aérienne israélienne, « mais sans être soumise aux réglementations et exigences de sécurité israéliennes… d’une manière qui n’est ni égale ni équitable. »

« La proposition, si elle était acceptée, conduirait à l’effondrement de l’industrie aéronautique israélienne et à la fermeture du pont aérien entre Israël et l’étranger dans les périodes d’urgence », avertit Berlowitz. « Ce qui portera atteinte non seulement aux compagnies aériennes israéliennes, mais aussi à l’intérêt général de l’État d’Israël. »

Les passagers israéliens du premier vol de rapatriement d’Arkia au départ de Larnaca et à destination de l’aéroport Ben Gurion de Tel Aviv, le 18 juin 2025. (Crédit : Arkia)

« Si Arkia ne peut pas être rentable en temps normal, elle ne sera pas en mesure de le faire en période d’urgence, ce qui, malheureusement, n’est pas rare en Israël », souligne-t-il.

Au cours des 12 jours de guerre contre l’Iran, en juin dernier, l’espace aérien d’Israël a quasiment été fermé, ce qui a entraîné des vagues d’annulations de vols auprès de compagnies aériennes israéliennes et étrangères, à l’exception d’un petit nombre de vols de rapatriement approuvés par l’État et exploités par des compagnies aériennes israéliennes, qui ont permis de rapatrier les 100 000 Israéliens bloqués à l’étranger.

L’Association des pilotes de ligne israéliens a également fait part de son opposition en expliquant que la mise à disposition d’une base opérationnelle permettrait à Wizz Air de recruter des collaborateurs étrangers, à commencer par des pilotes, des agents de bord, des mécaniciens, des employés administratifs et du personnel, pour des salaires inférieurs d’un tiers àceux des employés israéliens. Les employés étrangers ne sont pas redevables de l’impôt en Israël.

« Nous sommes totalement en faveur d’une concurrence loyale », assure l’association.

« Si Wizz veut exploiter un hub en Israël, qu’elle crée une société israélienne qui s’appellerait Wizz ISR, emploierait des personnels israéliens, comme le font Google Israël et Nvidia Israël, et de nombreuses autres entreprises qui suivent les mêmes règles que tout le monde. Et pas autrement. »

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