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Le retour de Yehuda Katz clôt la douloureuse saga de Sultan Yacoub – mais le Liban reste en crise

Le retour du dernier soldat porté disparu lors d’une bataille désastreuse de 1982 met fin à un chapitre de 44 ans, alors que Tsahal est à nouveau confronté aux risques d’une présence prolongée chez son voisin du nord

De gauche à droite : Zachary Baumel, Yehuda Katz et Zvi Feldman (Autorisation)
De gauche à droite : Zachary Baumel, Yehuda Katz et Zvi Feldman (Autorisation)

C’est une saga douloureuse de l’Histoire d’Israël, qui aura duré quatre décennies, qui a pris fin mardi avec le rapatriement de la dépouille du sergent-chef israélien Yehuda Katz, qui avait été porté disparu lors de la bataille de Sultan Yacoub pendant la Première Guerre du Liban, en 1982.

À l’issue d’une mission de récupération qui a été effectuée dans le plus grand secret, les responsables israéliens ont rendu hommage à la détermination inébranlable affichée par le pays lorsqu’il s’agit de ramener sur le territoire de l’État juif tous les soldats de Tsahal portés disparus ou tombés au champ d’honneur – et ce à juste titre.

Le retour extraordinaire de Katz – qui a suivi le rapatriement, ces dernières années, des corps sans vie de deux autres soldats qui, eux aussi, avaient disparu à Sultan Yacoub – témoigne de manière frappante de cet engagement de la part d’Israël à ne jamais abandonner ses enfants disparus ou morts au combat. Mais alors que la nation peut ainsi panser ses plaies en lien avec une guerre qui avait opposé Tsahal à l’armée libanaise, une nouvelle génération de soldats israéliens continue de faire face à certains de ces mêmes dilemmes douloureux de l’autre côté de la frontière nord.

« Des décennies se sont écoulées, mais notre devoir à l’égard de nos soldats tombés au combat n’a pas changé. Nous n’abandonnerons aucun des nôtres », a assuré le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, lors de l’annonce de la mission de récupération.

Tsahal a indiqué qu’une opération spéciale menée par le Directorat des Renseignements militaires, en coordination avec l’agence de renseignement du Mossad, avait permis de localiser et de rapatrier la dépouille de Katz en vue de son inhumation.

Aucun détail n’a été donné sur le lieu où son corps sans vie a été retrouvé – les militaires se contentant d’indiquer que cette découverte avait été rendue possible grâce à une « série d’activités de renseignement et d’opérations qui se sont poursuivies pendant plus de quatre décennies, depuis qu’il est tombé au champ d’honneur ».

Le sergent-chef de l’armée israélienne Yehuda Katz. (Crédit : Armée israélienne)

Ces quatre décennies avaient débuté lors d’une nuit de chaos, au mois de juin 1982, quelques jours seulement après le début de l’incursion d’Israël au Liban – une opération qui avait pour objectif de repousser l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) vers le nord afin de mettre un terme à ses tirs de roquettes en direction du nord d’Israël.

Une unité du Corps Blindé Mécanisé de Tsahal qui avançait à travers la vallée de la Bekaa en direction de Sultan Yacoub s’était heurtée à des soldats syriens qui occupaient des positions dominantes sur un terrain accidenté. Les militaires israéliens avaient été pris au piège dans de violents combats pendant la nuit et ils avaient été évacués le lendemain, dans la matinée, sous un tonnerre de tirs d’artillerie intenses, peu avant l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu.

La bataille avait coûté la vie à 21 militaires israéliens. Plus de 30 soldats de Tsahal avaient été blessés. Dans la confusion qui régnait sur place, trois membres d’équipage de char avaient disparu.

Katz, artilleur de char, avait disparu aux côtés du sergent-chef Zachary Baumel et du sergent-chef Zvi Feldman. La dépouille de Baumel avait finalement été retrouvée avec l’aide de la Russie et rapatriée en Israël en 2019, tandis que des agents du Mossad avaient récupéré celle de Feldman en mai 2025.

Un tank israélien capturé pendant la bataille de Sultan Yacoub de la Première Guerre du Liban, en juin 1982, exposé dans un musée russe. (Crédit : GPO)

Pendant des décennies, le sort de ces trois soldats était resté un mystère obsédant de la guerre – tandis que leurs proches menaient une campagne en faveur de leur retour, poursuivant toutes les rumeurs et autres fragments d’information sur leur possible destinée, et que les services de renseignement israéliens continuaient à chercher des réponses.

Le rabbin Baruch Vider, directeur d’une yeshiva réputée de Jérusalem, s’est souvenu, lors d’un entretien téléphonique accordé au Times of Israel, qu’il se trouvait dans l’un des huit chars qui avaient survécu à Sultan Yacoub et qu’il avait perdu son « cher ami » Katz.

« Cette bataille m’a accompagné presque tous les jours », a-t-il confié.

« Je vois [encore] des chars en feu devant mes yeux. Toutes les quelques secondes, un obus explosait à l’intérieur d’un char et des flammes jaillissaient vers le ciel, peut-être à une centaine de mètres de haut. Le feu s’élevait en flèche. »

Des camions transportant des soldats de l’Armée de libération palestinienne, sous commandement syrien, passent devant un drapeau israélien à Beyrouth, le 27 août 1982. (Crédit: Nash/AP)

Katz était une personne « très spéciale », a dit Vider, ajoutant que « ce qui ressortait, c’était la douceur de son âme, sa joie de vivre, ses traits de caractère extraordinaires ».

« C’était un homme intègre – un érudit de la Torah et un combattant, mais aussi un esprit très doux », a-t-il poursuivi, rappelant que Katz portait – un fait remarquable – ses tefillin (petites boîtes en cuir contenant des versets bibliques, traditionnellement portées pendant les prières du matin par les hommes juifs pratiquants) au combat.

« Aujourd’hui, la bataille de Sultan Yacoub a pris fin », a expliqué Vider en apprenant le retour de Katz. Il a noté que « cela ne signifie pas pour autant qu’elle ne m’accompagnera pas pour tout le reste de ma vie. Pour tous ceux qui étaient là-bas, c’est une partie très importante de l’existence. Mais ce qui vient de se passer, c’est tout de même ce pour quoi nous avons tous prié. Pendant 44 ans, j’ai prié pour que ce jour arrive ».

L’armée a indiqué que la famille de Katz avait été tenue informée au fil des ans des efforts qui ont été déployés pour localiser sa dépouille et pour la rapatrier en Israël, et qu’elle avait été « informée hier du retour de leur proche ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu informe les proches du sergent-chef Zvi Feldman que son corps a été retrouvé, le 11 mai 2025 (Crédit: Kobi Gideon/GPO)

Les parents de Yehuda, Sarah et Yosef Katz, n’auront pas vécu assez longtemps pour recevoir la nouvelle du retour de leur fils.

Mais si un chapitre de l’histoire complexe d’Israël au Liban vient, en effet, de se clore, l’implication militaire du pays au-delà de sa frontière nord est loin d’être terminée.

Katz n’a pas été le seul corps sans vie d’un soldat israélien mort sur le champ d’honneur au Liban à avoir été rapatrié ces dernières années – mais il aura simplement été celui qui aura été porté disparu le plus longtemps.

Une quarantaine de soldats israéliens ont perdu la vie sur le front nord et lors d’opérations liées au Liban depuis la reprise des combats avec le groupe chitte terroriste du Hezbollah, à la suite du pogrom qui avait été commis par le Hamas le 7 octobre 2023, l’attaque sanglante qui avait déclenché la guerre à Gaza.

Les circonstances de 1982 et celles d’aujourd’hui sont nettement différentes – mais la Première Guerre du Liban a laissé à Israël une sensibilité durable face au danger susceptible d’être représenté par une incursion au Liban, aux objectifs militaires limités, avec une mission qui finit par durer et des conditions de retrait qui deviennent, en fin de compte, de plus en plus difficiles à définir.

Ce qui avait commencé en 1982 comme une opération visant à repousser les forces palestiniennes à l’écart de la frontière israélienne avait fini par entraîner les soldats israéliens jusqu’à Beyrouth, les plongeant finalement dans une occupation à long terme d’une zone de sécurité dans le sud du Liban, occupation qui avait duré jusqu’en 2000.

À l’époque, Israël avait dû faire face aux conséquences d’un État libanais affaibli, au sein duquel l’OLP et l’armée syrienne avaient établi de solides bastions.

Aujourd’hui, Israël est confronté à un dilemme similaire : comment éliminer le Hezbollah – ce groupe terroriste soutenu par l’Iran qui s’est doté de capacités militaires échappant largement au contrôle du gouvernement libanais – sans se retrouver indéfiniment lié à un territoire hostile situé au nord ?…

Des secouristes transportant le corps d’une personne tuée dans une maison touchée par une frappe aérienne israélienne à Deir al-Zahrani, dans le sud du Liban, le 15 août 2026. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP)

Vider a comparé la Première Guerre du Liban au conflit récent, affirmant que « alors que nous nous sommes battus pendant quelques jours et que la bataille elle-même n’a duré qu’une nuit, aujourd’hui, les gens sont en guerre depuis très longtemps ».

Nombre de ses propres étudiants « combattent pendant des mois d’affilée », a-t-il ajouté.

Six cycles de négociations sans précédent entre Israël et le Liban, menés sous l’égide des États-Unis, ont permis de réaliser certains progrès ces dernières semaines, avec la mise au point d’un cadre convenu pour le désarmement progressif du Hezbollah et le retrait des soldats israéliens.

Mais il n’y a pas de calendrier strict pour la mise en œuvre de ce cadre, et le plan se heurte à des obstacles de taille, notamment à la farouche opposition du groupe terroriste libanais et à l’incapacité actuelle de l’armée libanaise à imposer son désarmement.

Le retour de Katz clôt ainsi le dernier chapitre non résolu de la guerre qui avait été celle d’une génération au Liban, alors même qu’une autre reste inachevée.

Reste à déterminer si le cadre actuel permettra de désarmer le Hezbollah et de ramener les soldats israéliens au pays – alors que ce dernier doit à nouveau se poser des questions sur ses objectifs militaires, les risques d’un nouvel enlisement et la manière dont les guerres d’Israël au Liban prendront fin.

Emmanuel Fabian a contribué à cet article.

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