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Le seul accord sur l’Iran que Trump puisse obtenir ne sera pas mieux que « l’atroce » JCPOA d’Obama

Le président américain s'est retiré de l'accord conclu par son prédécesseur en 2015 au motif qu'il ne traitait pas de la question balistique ni des mandataires de Téhéran. Aucun accord envisageable ne le fera non plus, même après des semaines de bombardements et de menaces

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président américain Donald Trump se dirige vers Air Force One, le 15 mai 2026, à l'aéroport international de Pékin. (AP Photo/Mark Schiefelbein)
Le président américain Donald Trump se dirige vers Air Force One, le 15 mai 2026, à l'aéroport international de Pékin. (AP Photo/Mark Schiefelbein)

En mai 2018, le président américain Donald Trump choquait ses alliés européens — tout en réjouissant de nombreux Israéliens — en annonçant son retrait de l’accord sur le nucléaire conclu avec l’Iran par son prédécesseur, Barack Obama.

Le Plan d’action global conjoint de 2015, auquel participaient également l’Allemagne, la France, la Russie, la Chine et la Grande-Bretagne, était un « accord atroce et déséquilibré, qui n’aurait jamais dû être conclu », disait-il.

« Cet accord levait les sanctions économiques handicapantes contre l’Iran en échange d’une limitation très faible des activités nucléaires du régime, sans rien dire des autres comportements malveillants, à commencer par ses activités funestes en Syrie, au Yémen et ailleurs dans le monde », disait le nouveau locataire de la Maison Blanche.

Il reprochait aussi au JCPOA de ne pas s’être « attaqué au développement par le régime de missiles balistiques capables de transporter des ogives nucléaires ».

Huit ans plus tard, après des bombardements massifs contre l’Iran menés par les États-Unis et Israël, Trump semble à la recherche d’un accord qui reprend peu ou prou les grandes lignes de l’accord dont il se plaignait. Il est même possible que cet horizon soit désormais hors de portée, l’Iran ne semblant guère troublé par les menaces de destruction rebattues du président en cas d’absence d’accord.

Encore des menaces

Dimanche, Trump s’est exprimé sur son site Truth Social pour avertir l’Iran des conséquences d’un refus de conclure un accord.

« Pour l’Iran, le temps presse : ils feraient mieux de se bouger, VITE, sinon il ne restera plus rien d’eux. LE TEMPS EST COMPTE ! », a-t-il écrit dans un message sur les réseaux sociaux.

C’était la dernière menace en date, précédée par tant d’autres — certaines verbales, d’autres sur les réseaux sociaux, bizarres ou énigmatiques — que Trump a proférées depuis qu’il a déclaré un cessez-le-feu le 8 avril dernier.

Le même jour, après son retour de Chine, il a publié une illustration générée par l’IA le représentant, lui et un amiral de la Marine américaine, en train de naviguer sur une mer formée, entourés de navires battant pavillon iranien, avec cette légende : « C’était le calme avant la tempête. »

Après plus d’un mois d’insultes, de menaces et d’exigences totalement irréalistes de la part des Iraniens, Trump continue pourtant de dire aux journalistes que Téhéran souhaite conclure un accord.

« Nous voulons conclure un accord », a-t-il déclaré dimanche à Axios. « Ils ne sont pas là où nous voulons qu’ils soient. Ils devront y parvenir ou ils seront durement touchés, et ce n’est pas ce qu’ils souhaitent. »

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, à droite, serre la main du ministre pakistanais de l’Intérieur, Mohsin Naqvi, lors de leur rencontre à Téhéran, en Iran, le 17 mai 2026. (Hamed Malekpour/ICANA via AP)

Il peut menacer autant qu’il veut, mais il est peu probable que tout cela pousse l’Iran à céder aux exigences américaines. S’il n’a pas cédé pendant les combats, il est peu vraisemblable qu’il cède soudainement pour éviter la reprise d’une campagne militaire qu’il a surmontée. Ni sur son programme nucléaire, ni sur ses missiles balistiques ou son soutien à ses mandataires.

« Il n’y a pas d’autre alternative que d’accepter les droits du peuple iranien tels qu’énoncés dans la proposition en 14 points », a déclaré le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui est le principal interlocuteur du pays dans les négociations avec les États-Unis.

La proposition en 14 points de Téhéran prévoyait manifestement la fin des combats et la réouverture du détroit d’Ormuz comme préalables à l’ouverture des pourparlers sur le programme nucléaire, plus un gel de l’enrichissement nucléaire pour une durée pouvant aller jusqu’à 15 ans.

Un homme agite un drapeau iranien dans le cadre d’une campagne pro-gouvernementale, sous un panneau d’affichage représentant le détroit d’Ormuz et le président américain Donald Trump aux lèvres cousues, sur une place du centre-ville de Téhéran, le 6 mai 2026. (Crédit: AP Photo/Vahid Salemi)

L’Iran serait peut-être disposé à faire d’autres concessions limitées sur l’enrichissement. Il aurait proposé de diluer une partie de son uranium hautement enrichi et d’expédier le reste en-dehors de ses frontières. Il n’a en revanche pas accepté de démanteler son programme ni de mettre fin définitivement à l’enrichissement.

Même ce compromis modeste a été démenti par l’agence de presse semi-officielle Tasnim.

Contrairement à la situation qui prévalait il y a huit ans, Trump ne semble plus gêné par un accord qui ne parle presque que de nucléaire.

Selon lui, les négociateurs iraniens auraient déclaré à leurs homologues américains qu’ils étaient prêts à laisser les États-Unis récupérer les stocks d’uranium hautement enrichis enfouis à Téhéran – une exigence clé – mais qu’ils n’en avait pas fait par la suite mention dans le document de réponse soumis en début de mois.

L’Iran n’a donné aucun signe officiel indiquant qu’il était prêt à céder sur l’un de ses principaux moyens de pression. Pas plus qu’il ne s’est montré disposé à discuter de son soutien à des groupes tels que le Hamas, le Hezbollah ou les Houthis, ni de son programme balistique, deux points effectivement absents de la proposition.

Sur le dossier nucléaire, du moins, Trump semble rechercher un accord qui pourrait être légèrement meilleur que le JCPOA. L’accord envisagé par Trump serait conclu pour plus longtemps que les 10 ans de l’accord de 2015, et l’administration exigerait, selon certaines informations, des inspections plus intrusives et un gel total de l’enrichissement pendant toute sa durée d’application, là où le JCPOA autorisait l’Iran à poursuivre une partie de l’enrichissement à 3,67 %.

Une cache d’armes et de drones du Hezbollah découverte par les soldats de l’armée israélienne dans le sud du Liban, sur une photo diffusée par l’armée le 27 avril 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Mais contrairement à la situation qui prévalait il y a de cela huit ans, Trump ne semble plus s’offusquer d’un accord qui se concentre presque exclusivement sur la question nucléaire, Téhéran restant toujours peu disposé à faire la moindre concession sur les mandataires ou les missiles.

À l’instar de la négociatrice Wendy Sherman et d’autres responsables de l’administration Obama dont il avait autrefois fustigé les talents de négociateurs, Trump a apparemment accepté que la conclusion d’un accord sur le nucléaire implique de renoncer à des restrictions sur les missiles ou le soutien à des groupes terroristes.

« Je ne pense qu’à une chose », déclarait le président avant de s’envoler pour la Chine la semaine dernière. « Nous ne pouvons pas laisser l’Iran se doter de l’arme nucléaire. C’est tout. »

« La chose de loin la plus importante est que l’Iran ne puisse pas se doter de l’arme nucléaire », a-t-il ajouté.

Le président Donald Trump serre des mains lors d’une cérémonie d’accueil le mercredi 13 mai 2026, à l’aéroport international de Pékin. (AP Photo/Mark Schiefelbein)

Les rares fois où il évoque les missiles balistiques ou le soutien aux mandataires, il en minimise l’importance.

« Écoutez, les missiles, c’est mal, mais oui, ils doivent les limiter, mais l’essentiel, c’est qu’ils ne puissent pas posséder d’arme nucléaire », a déclaré Trump en début de mois.

Il a refusé de dire, lors de la même interview, si l’Iran serait empêché de financer des mandataires, se contentant d’affirmer qu’il ne serait pas en mesure de le faire sur le plan économique, compte tenu des dégâts occasionnés à ses infrastructures énergétiques.

Pourtant, tout accord impliquera un allègement massif des sanctions de la part des États-Unis, ce qui aura pour effet de ré-injecter des dizaines de milliards de dollars dans une économie en difficulté. Le pays prêt à tuer 40 000 de ses concitoyens pour rester au pouvoir en début d’année n’aura aucun scrupule à utiliser cet argent pour reconstruire son armée et ses forces mandataires avant de faire quoi que ce soit pour sa population.

Peu d’options

A l’évidence, Trump souhaite conclure un accord, et à moins qu’il ne soit prêt à mettre à exécution ses menaces d’action militaire, en élargissant considérablement la campagne, il n’existe aucun scénario tenable dans lequel l’Iran accepterait un accord nettement plus complet que le JCPOA.

Le président américain Barack Obama, avec le vice-président Joe Biden (à gauche), prononce une allocution dans la East Room de la Maison Blanche, le 14 juillet 2015 à Washington. (Crédit : Andrew Harnik / AFP)

« Le résultat ressemblera beaucoup au JCPOA », explique au Times of Israel l’ex-ambassadeur américain en Israël, Tom Nides. « Il ne portera pas ce nom. Mais il comportera de nombreux éléments que nous avions en 2015. »

Au moment où la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran prend en otage l’économie mondiale, il est même possible que Trump accepte un accord pire que le JCPOA, et ce simplement pour le rouvrir.

La tentative de Trump de modifier la dynamique dans le détroit d’Ormuz en faisant appel à la Marine américaine pour aider les navires désireux de quitter le golfe Persique n’a en rien renforcé sa crédibilité ni sa capacité de dissuasion aux yeux des Iraniens.

Il a mis fin à ce déploiement moins de deux jours après son lancement, soit en raison d’un manque de coopération de la part des Saoudiens (ce qu’ils ont nié), soit dans le but de mener une nouvelle série de pourparlers infructueux avec l’Iran.

Pendant ce temps, les dirigeants iraniens continuent de narguer Trump sur les réseaux sociaux. Téhéran a même annoncé la création d’un nouvel organisme chargé de gérer le détroit d’Ormuz. Il n’est donc pas près de céder.

Sur cette photo obtenue auprès de l’agence de presse iranienne ISNA le 4 mai 2026, on voit des navires à l’ancrage dans le détroit d’Ormuz, au large de Bandar Abbas, dans le sud de l’Iran. (Crédit: Amirhossein Khorgooei/ISNA/AFP)

Ce qui laisse à Trump des options limitées.

Il pourrait laisser s’installer cette situation en dehors de tout accord et sans reprendre les hostilités, mais avec des blocus mutuels du détroit d’Ormuz. Les difficultés économiques mondiales — y compris aux États-Unis — continueraient de se faire sentir jusqu’à ce que de nouveaux moyens d’acheminer le pétrole du Golfe et de développer des gisements ailleurs soient mis en place.

Il pourrait aussi opter pour la reprise des hostilités, soit en frappant des cibles en Iran, comme les États-Unis et Israël l’ont fait en mars dernier, soit en se concentrant sur le détroit d’Ormuz. Dans tous les cas, les Iraniens ne manqueront pas de tirer à nouveau sur leurs voisins arabes et sur Israël.

Ce qui laisse le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans l’expectative et l’attente de la décision de Trump, tout en tentant de vendre à la population israélienne les acquis de la guerre et les avantages de sa subordination stratégique à Trump.

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