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Le silence qui s’est fait sur le front iranien permet à Israël de se concentrer sur le Hezbollah

Tsahal redouble d'interventions au Liban malgré le cessez-le-feu avec Téhéran alors que les États-Unis allument les contre-feux. Le doute plane sur l'issue des hostilités dans le nord

Stav Levaton est correspondante militaire pour le Times of Israel.

Les partisans du Hezbollah agitent un drapeau à l'image du dirigeant du Hezbollah assassiné, Hassan Nasrallah, lors d'une manifestation contre le gouvernement devant le palais gouvernemental libanais à Beyrouth, le 9 avril 2026. (Ibrahim Amro/AFP)
Les partisans du Hezbollah agitent un drapeau à l'image du dirigeant du Hezbollah assassiné, Hassan Nasrallah, lors d'une manifestation contre le gouvernement devant le palais gouvernemental libanais à Beyrouth, le 9 avril 2026. (Ibrahim Amro/AFP)

Mardi soir, la guerre américano-israélienne qui faisait rage depuis 38 jours contre l’Iran s’est brusquement arrêtée à l’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines — mais la question de savoir si le cessez-le-feu s’applique aussi au Liban est une question ouverte, prélude à une escalade sur ce front.

L’Iran a fait savoir qu’il pourrait reprendre les hostilités si Israël continuait de frapper le Hezbollah, insistant sur le fait que sa proposition en dix points soumise aux États-Unis incluait une cessation des combats au Liban.

Les médiateurs pakistanais ont officiellement abondé dans ce sens tandis que le Hezbollah a indiqué que les opérations israéliennes étaient, de son point de vue, une violation des engagements.

« L’accord inclut le Liban », a déclaré le député du Hezbollah Ibrahim Al-Moussawi, agitant la menace de représailles de la part de l’Iran et de ses alliés si Israël ne se conformait pas.

Or, Israël rejette cette version des faits, le Premier ministre Benjamin Netanyahou ayant affirmé mercredi que le Liban ne faisait pas partie de l’accord.

Israël « continuera de frapper le Hezbollah là où cela s’avère nécessaire », a déclaré Netanyahu sur X ce jeudi.

Le vice-président américain JD Vance, qui va diriger l’équipe de négociation américaine à Islamabad, a donné le sentiment d’endosser la version israélienne, qualifiant le différend de « malentendu légitime » qui a conduit l’Iran à croire que le Liban était couvert par le cessez-le-feu, tout en notant dans le même temps qu’Israël avait proposé de faire preuve de retenue au Liban afin de préserver les négociations.

Le vice-président américain JD Vance s’exprime devant les médias avant d’embarquer à bord dAir Force Two pour revenir à Washington DC, suite à l’annonce par la Maison-Blanche qu’il mènerait la délégation américaine lors des négociations de paix avec l’Iran, à l’aéroport international Ferenc Liszt de Budapest, en Hongrie, le 8 avril 2026. (Jonathan Ernst / Pool / AFP)

« Quoi qu’il en soit, pour l’heure, il semble qu’il n’y ait pas de cessez-le-feu sur le front libanais », a déclaré au Times of Israel Sarit Zehavi, directrice du Centre de recherche et d’éducation Alma qui étudie les défis sécuritaires d’Israël dans le nord. « Israël va continuer d’attaquer le Hezbollah, et le Hezbollah d’attaquer Israël. »

En effet, il y a bien peu de signes de désescalade. Quelques heures après l’annonce du cessez-le-feu, Israël a lancé sa plus importante frappe contre le Hezbollah — près de 160 bombes sur 100 cibles en l’espace de 10 minutes — soulignant que, cessez-le-feu ou non, le front libanais était loin d’être calme.

Ces frappes se sont poursuivies jeudi, Tsahal revendiquant des frappes sur des dépôts d’armes, des lance-roquettes et le quartier général du Hezbollah dans le sud-Liban.

Israël opère également sur le terrain, dans le but, selon Tsahal, d’établir une « zone de sécurité » démilitarisée dans le sud-Liban, jusqu’au fleuve Litani, et d’y rester déployée jusqu’à la levée totale de la menace du Hezbollah.

Le Hezbollah, de son côté, a répondu aux frappes israéliennes par des salves de roquettes, ce qui a déclenché des sirènes d’alerte dans tout le nord d’Israël. Vendredi, une attaque nocturne a déclenché des alertes rouges jusqu’à Tel Aviv et jusque dans la ville portuaire d’Ashdod.

Fumée et explosion après l’interception d’une roquette du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah au-dessus de Kiryat Shmona, dans le nord d’Israël, à la frontière avec le Liban, le 9 avril 2026. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

Ces événements sont le signe d’un découplage entre les fronts iranien et libanais, ce qui laisse perplexe sur la trajectoire du conflit Israël-Hezbollah. Selon les spécialistes, les combats ne devraient pas s’apaiser de sitôt car le cessez-le-feu iranien permet à Israël de se concentrer sur son adversaire du nord.

Un subtil équilibre entre stratégie et pressions américaines

« Israël souhaite obtenir que, dans le sud-Liban, il n’y ait plus d’armes du Hezbollah susceptibles de le menacer », ajoute Zehavi.

En sa qualité d’habitante du nord d’Israël habituée à vivre sous la menace du Hezbollah depuis des dizaines d’années, elle explique que, localement, les Israéliens souhaitent que le gouvernement désarme le groupe au moins dans la partie sud du fleuve Litani.

« Je pense qu’il y a la possibilité de le faire en ce moment », précise-t-elle.

Selon Gregg Roman, directeur exécutif du Middle East Forum, cet objectif se reflète de plus en plus dans la pensée stratégique d’Israël.

« Les objectifs d’Israël au Liban tournent autour de trois piliers : établir une zone de sécurité permanente au sud du fleuve Litani, dégrader les ressources humaines et logistiques du Hezbollah et faire pression sur Beyrouth pour qu’il désarme le Hezbollah », explique Roman au Times of Israel.

« La probabilité qu’Israël renonce à l’une ou l’autre de ces mesures à cause du cessez-le-feu iranien est nulle. »

Des soldats de la 162e Division opèrent dans le sud-Liban, sur une photo remise par l’armée le 9 avril 2026. (Armée israélienne)

Par ailleurs, Zehavi souligne que la campagne israélienne demeure sous l’influence de Washington et que l’entrée en vigueur ou non d’une pause complète des opérations va dépendre « de l’ampleur des pressions américaines ».

Le cessez-le-feu iranien libère les priorités d’Israël dans le nord

Bien que l’avenir des opérations militaires israéliennes au Liban soit incertain, Roman estime que le cessez-le-feu avec l’Iran a déjà permis à Israël de se concentrer sur le nord. Il ajoute que l’arrêt des frappes sur des cibles iraniennes donne à Israël une plus grande liberté opérationnelle pour redoubler d’intensité au Liban, Tsahal n’ayant plus à se soucier de la République islamique.

« Les preuves sont déjà là »,assure-t-il en parlant de l’opération de grande ampleur de mercredi. « Avec la fin des tirs de missiles iraniens, Israël peut réaffecter sa défense aérienne, ses capacités de renseignement et ses munitions de précision vers le front libanais. »

Le chef d’État-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, a semblé confirmer ce changement de focus, vendredi matin, en parlant des combats contre le Hezbollah au Liban comme de la « zone de combat principale » de l’armée.

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, s’entretenant avec des soldats, dans la périphérie de Bint Jbeil, au sud du Liban, le 9 avril 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Un Hezbollah certes affaibli, mais toujours dangereux

Depuis son entrée dans les hostilités un jour après l’attaque du Hamas contre le sud d’Israël du 7 octobre 2023, le Hezbollah a vu ses capacités considérablement diminuées par des opérations israéliennes.

Selon Roman, le Hezbollah est à l’heure actuelle à son plus bas niveau depuis sa fondation, en 1982 – mais ce « plus bas » est tout relatif.

« Le groupe tire pas moins de 150 projectiles par jour, déploie des drones dotés de la vision à la première personne – une véritable innovation tactique – et il se coordonne avec les opérations du CGRI pour diligenter des frappes », explique-t-il en soulignant que le Hezbollah reste « opérationnellement dangereux sur le plan tactique. »

Au-delà de sa campagne militaire, Jérusalem fait preuve d’un certain degré d’ouverture à la diplomatie avec Beyrouth.

Jeudi soir, Netanyahu a déclaré qu’Israël entamerait des négociations avec le Liban « dès que possible », autour du « désarmement du Hezbollah et de l’établissement de relations pacifiques entre Israël et le Liban. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans une déclaration vidéo le 9 avril 2026. (Capture d’écran/Service de Presse du Gouvernement)

Avant cela, le président américain Donald Trump lui avait demandé par téléphone de baisser le niveau des frappes au Liban afin d’éviter de compromettre le cessez-le-feu avec l’Iran.

Pour autant, Netanyahu a par la suite souligné dans une vidéo destinée aux habitants du nord qu’« il n’y avait pas de cessez-le-feu au Liban » et que l’armée israélienne poursuivrait en même temps ses opérations militaires et ses efforts diplomatiques.

Zehavi met en garde contre le risque de confier le désarmement du Hezbollah au seul gouvernement libanais, rappelant que de semblables arrangements, par le passé, n’ont pas donné de résultats significatifs.

« Nous espérons pour le moins que [ces opérations militaires] permettront d’aboutir à un meilleur accord », ajoute-t-elle. « L’accord de 2024 reposait sur la logique de 2006, et dans les deux cas, cette logique n’a pas fonctionné. »

Un avion de chasse F-16 de l’armée de l’air israélienne décolle pour une mission en Iran, sur une photo publiée le 6 avril 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Il s’agit là d’une allusion aux accords entre Israël et le gouvernement libanais – y compris le cadre qui avait suivi la Seconde Guerre du Liban en 2006, qui visait à limiter la présence militaire du Hezbollah dans le sud-Liban, ce qui n’avait pas suffi à désarmer le groupe.

Malgré ces accords, le Hezbollah a conservé d’importantes capacités, l’Alma Center estimant que, dans les jours précédant le lancement de l’opération Lion Rugissant, le 28 février dernier, le groupe possédait vraisemblablement jusqu’à 25 000 roquettes et missiles — essentiellement à courte et moyenne portée — ainsi qu’un millier de drones suicides.

« Je crois qu’une fois [Israël] aura épuisé ses efforts militaires, il voudra conclure un cessez-le-feu », conclut Zehavi. « Mais un cessez-le-feu différent. »

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