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Le temps d’un pique-nique à Central Park, des jeunes Juifs new-yorkais esseulés affichent leur identité

La montée de l'antisémitisme et les craintes liées à l'élection d'un maire anti-Israël poussent de jeunes Juifs non affiliés à se rassembler autour de leur foi

Le fondateur de la Jewish Social Communauty, Arkadiy Kantor (au centre), avec les bénévoles Hindy (à droite) et Samantha, lors d'un pique de la Jewish Social Communauty à Central Park, le 17 août 2025. (Zev Stub/Times of Israel)
Le fondateur de la Jewish Social Communauty, Arkadiy Kantor (au centre), avec les bénévoles Hindy (à droite) et Samantha, lors d'un pique de la Jewish Social Communauty à Central Park, le 17 août 2025. (Zev Stub/Times of Israel)

NEW YORK — Lorsque Arkadiy Kantor a créé son groupe sur Internet pour parler avec les autres Juifs new-yorkais des événements sociaux pendant la pandémie de COVID, il était loin d’imaginer que cela permettrait à ses amis d’y trouver de l’aide pour faire face à l’antisémitisme quelques années plus tard.

Mais en cette journée estivale humide et chaude, ce pique-nique informel dans Central Park, fréquenté par des dizaines de Juifs âgés de 25 à 45 ans, est bien plus qu’un simple événement pour une population encore sous le choc du pogrom commis par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023.

New York abrite plus d’un million de Juifs, soit la plus importante population juive au monde, sans compter des institutions juives, synagogues et restaurants, mais nombre d’entre eux peinent à se faire des relations via les réseaux sociaux communautaires, surtout les jeunes professionnels juifs non affiliés et célibataires, à l’image de la majorité des invités de ce pique-nique.

« Depuis le 7-Octobre, de nouvelles organisations ont vu le jour, dans la ville, pour les Juifs ne faisant partie d’aucune communauté », explique Kantor.

« J’entends souvent, au moment de l’inscription à des événements, que les gens ont perdu leurs amis non juifs en raison de la guerre, et qu’ils se cherchent de nouveaux amis avec lesquels ils peuvent être eux-mêmes en toute sécurité. »

Kantor a créé la Jewish Social Community (JSC) en 2021 en utilisant WhatsApp et Google Docs pour partager des informations sur les événements sociaux à une époque où les visios Zoom avaient remplacé les événements en présentiel du fait des restrictions liées à la pandémie.

À mesure que l’intérêt a grandi, ses quelques administrateurs bénévoles et lui-même ont créé un site Internet dont la fréquentation a littéralement explosé dans les semaines et les mois qui ont suivi le 7-Octobre.

« Il y a des gens, ici, qui ont perdu quasiment tous leurs amis à ce moment-là, soit parce qu’ils avaient des désaccords sur Israël, soit parce qu’ils étaient harcelés par leur communauté », explique Kantor.

« Espérons que nous pourrons les aider à se faire de nouveaux amis, voire à trouver l’amour, avec des personnes plus en phase avec ce qu’ils sont. »

Les personnes affiliées à une synagogue ou à une autre institution juive ont plus de facilités pour se trouver une communauté, alors que les Juifs non affiliés doivent faire preuve de davantage d’esprit d’initiative, souligne Hindy, administratrice de la JSC qui a demandé que son nom de famille ne soit pas mentionné.

« De plus en plus de personnes organisent des pique-niques ou des randonnées entre Juifs, loin de tout message politique comme de tout jugement sur leur pratique religieuse », poursuit-elle.

« Nous voulons tout simplement passer un bon moment entre amis et vivre une vie pleine qui ait du sens. »

Illustration : un repas de Shabbat. (Gefilteria/Shulie Seidler Feller)

Les applications de rencontres comme Hinge et Bumble sont devenues populaires ces dernières années mais les gens cherchent désormais surtout à rencontrer des personnes, ce qui a donné lieu à un très grand nombre d’événements pour célibataires, surtout depuis le 7-Octobre, estiment plusieurs personnes.

Parmi les initiatives les plus notables figurent des groupes de course juifs comme Nice Jewish Runners ou Trybal Gatherings, une sorte de camp d’été juif pour adultes, sans oublier les repas de Shabbat organisés pour des personnes aux identités religieuses et culturelles diverses, précise Ally Zoll, une invitée du pique-nique.

Des événements publics comme le défilé annuel pro-Israël de la ville contribuent également à renforcer les liens communautaires, ajoute-t-elle.

La Journée d’Israël sur la 5ème Avenue à New York, le 18 mai 2025. (Luke Tress/Times of Israel)

Pour certains, les événements du 7-Octobre les ont amenés à repenser d’autres aspects de leur vie sociale.

« Avant la guerre, je ne me souciais pas vraiment de la religion ou de l’origine ethnique lorsque je faisais des rencontres », confie Josh Pilch, un habitant du Connecticut venu à Manhattan spécialement pour le pique-nique.

« Pour moi, sortir avec quelqu’un de juif, c’était sympa, mais ce n’était pas essentiel. Maintenant, pour moi et beaucoup d’autres, c’est devenu une exigence stricte. Soit vous êtes juif, soit vous êtes prêt à vous convertir. Et c’est tout. »

Réagir face à l’antisémitisme

Avec le fort regain d’antisémitisme à New York et aux États-Unis depuis les attentats du 7-Octobre, les participants au pique-nique semblent vivre différemment la chose depuis 22 mois.

En 2024, selon les chiffres de l’Anti-Defamation League (ADL), 9 354 cas de harcèlement, vandalisme et agression avaient été enregistrés aux États-Unis – un record. À New York, plus de la moitié des crimes haineux concernent des Juifs.

Michelle Levine, étudiante diplômée de 24 ans d’origine latino-américaine, a fait partie d’une communauté militant en faveur des minorités à l’université. Après le 7-Octobre, elle a été publiquement humiliée pour avoir soutenu Israël et rejetée par ses amis pour « avoir pris la place des Noirs », se souvient-elle.

Aujourd’hui, elle se sent souvent seule et a souvent peur de porter en public des symboles juifs, à commencer par son étoile de David.

Michelle Levine et Josh Pilch lors d’un pique-nique communautaire juif à Central Park, le 17 août 2025 (Zev Stub/Times of Israel)

« J’ai l’impression qu’il est devenu très difficile de rencontrer du monde en dehors de la communauté juive de nos jours, on dirait que tout le monde nous déteste », ajoute Levine.

Jonathan B., qui a demandé à ce que son nom de famille ne soit pas mentionné, dit avoir récemment remarqué davantage de personnes portant des keffiyehs à New York, en signe de solidarité avec les Palestiniens.

À LIRE : Post-7 octobre, des Juifs se demandent comment réagir à la vue de keffiehs en public

« En venant tout à l’heure, j’ai vu cinq ou dix personnes qui en portaient, dans le parc », précise-t-il. « J’ai voulu leur dire quelque chose, mais c’est sans doute mieux que je n’en aie rien fait. Je n’ai pas peur de l’antisémitisme à Manhattan, mais je me sens menacé quand je vois ce genre de choses. »

Des manifestants pro-palestiniens et anti-Israël portent des keffiyehs alors qu’ils manifestent devant le City College de l’Université Columbia contre l’administration Trump et exigent « liberté, solidarité et responsabilité » de la part de leur université, à New York le 25 avril 2025. (Leonardo Munoz/AFP)

Selon Sivan Salem, qui vit à Brooklyn, le fait de voir des graffitis anti-israéliens ou des panneaux dans la ville rend la vie à New York « lourde ».

« Je ne me sens pas en danger, mais il y a une lourdeur à voir ces attaques directes contre mon peuple », admet-elle, ce qui ne l’empêche pas de porter chaque jour son pendentif en faveur des otages israéliens à la façon d’un signe de son identité.

« Dans la rue, quand je croise quelqu’un d’autre qui en porte un, on se fait un petit signe complice », dit Salem.

Sivan Salem, qui vit à Brooklyn, participe à un pique-nique communautaire juif à Central Park, le 17 août 2025 (Zev Stub/Times of Israel)

Tous les participants au pique-nique auxquels nous avons pu parler se disent profondément préoccupés par le risque que Zohran Mamdani soit élu maire de New York en novembre.

Grand favori clair des sondages, Mamdani est un fervent défenseur de la cause palestinienne et ils sont nombreux à craindre que la vie à New York devienne nettement plus hostile envers les Juifs sous son mandat.

Mamdani a été un fervent défenseur du mouvement anti-israélien Boycott, Desinvestment and Sanctions (BDS) et a refusé de condamner l’utilisation de l’expression « Mondialiser l’Intifada », que beaucoup considèrent comme un appel à la violence.

Le candidat à la mairie de New York, le représentant démocrate Zohran Mamdani, en campagne à New York le 16 avril 2025. (Crédit : Angella Weiss / AFP)

« L’idée que Mamdani puisse remporter les élections me terrifie et me fait même reconsidérer le fait de continuer à vivre à New York », confie Salem.

« Certaines personnes disent que rien ne changera dans la vie quotidienne mais quand quelqu’un avec ce genre de discours arrive au pouvoir et décide de ce qui se fait dans la ville, je n’ai pas envie de rester pour voir ce qui va effectivement se passer. Je pense aller en Israël en novembre histoire de voir si je pourrais y vivre dans l’éventualité où il gagne. Et je ne suis pas la seule à penser ainsi. »

D’autres partagent en effet ses craintes, sans toutefois aller jusqu’à l’idée de quitter la ville.

« Je pense que c’est le pire des dangers », renchérit Jonathan B.

« Il dit de belles paroles sur la justice sociale, la paix et l’égalité, mais quand les synagogues et les commerces juifs seront attaqués, le choc de la réalité sera dur. »

« Mais je ne vais pas le laisser détruire ma ville », conclut-il résolument. « Nous étions là avant. »

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