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L’écharpe d’un maire ayant protégé des Juifs en 1848 à Quatzenheim remise à la commune

Retrouvé par hasard par l'association Souvenir Français, l’objet désormais érigé en symbole de tolérance a été restitué dans une logique mémorielle en présence d'un élu LFI

Alsace, Bas-Rhin, Quatzenheim, Rue des Seigneurs, en septembre 2012. (Crédit : © Ralph Hammann - Wikimedia Commons)
Alsace, Bas-Rhin, Quatzenheim, Rue des Seigneurs, en septembre 2012. (Crédit : © Ralph Hammann - Wikimedia Commons)

Fabrice Jaouën, délégué général de la branche départementale de l’association du Souvenir Français, a remis au maire Jacky Wagner l’écharpe de l’un de ses prédécesseurs, Frédéric Trautmann, lit-on dans un article de France info. Ce tissu tricolore de plus de deux mètres de long et d’une quarantaine de centimètres de large appartenait à celui qui, en 1848, avait défendu ses concitoyens contre des violences antisémites.

Au milieu du XIXe siècle, Frédéric Trautmann était en effet parvenu à éviter un pogrom en « défendant les familles juives qui vivaient ici et qui risquaient d’être attaquées par des gens des villages voisins ».

Son engagement s’était presque effacé des mémoires. Seul un historien local, Yves Bailleux l’avait évoqué dans le bulletin municipal, il y a une dizaine d’années.

En 1848, en Alsace, « les récoltes sont mauvaises depuis deux ans et l’argent manque. Certains désignent alors un coupable facile à tous leurs maux : les juifs… Des manifestations antisémites ont lieu dans plusieurs villages. À Marmoutier, des maisons juives sont saccagées, des familles chassées. » À Quatzenheim, en revanche, où un tiers des habitants sont juifs, Frédéric Trautmann, « tout nouveau maire élu de la jeune IIe République, s’oppose fermement à ces manifestations et fait appel au préfet ».

Dans un courrier, il relate avoir appris que des « désordres [étaient] projetés sur notre population israélite par un concours de gens mal intentionnés de quelques villages voisins ». Il poursuit : « J’eus soin d’ébruiter la chose de manière à porter à la connaissance des agresseurs que leur projet était connu et que nous nous tenions prêts à les recevoir. » Avant de conclure : « Il ne serait donc nullement superflu, honorable citoyen, si l’on se décidait à nous adresser une petite garnison militaire. »

Selon l’historien Yves Bailleux, les autorités auraient distribué des armes aux habitants du village afin de défendre ceux des leurs qui étaient juifs.

L’écharpe du maire Frédéric Trautmann aurait été retrouvée par hasard avant d’entrer en possession du Souvenir Français, association chargée de veiller sur la mémoire de celles et ceux morts pour la France.

« Nous l’avons retrouvée dans nos cartons avec, à côté, une photo et une notice explicative », précise Fabrice Jaouën.

« Pour nous, elle prenait une valeur de symbole extrêmement forte en matière de tolérance. Il était urgent de la restituer solennellement au maire actuel de Quatzenheim », explique-t-il.

Si, en 1848, les juifs avaient pu être protégés par Frédéric Trautmann, la commune comptait, en 1945, davantage de victimes civiles juives déportées et tuées que de morts au combat.

Plusieurs Stolpersteine sont désormais posés devant certaines maisons. Ces pavés de mémoire en laiton rappellent les noms de leurs anciens habitants, « arrêtés » puis « assassinés » dans les camps nazis.

L’écharpe, quant à elle, sera désormais conservée « à sa place, en mairie », souligne Jacky Wagner, qui a passé 14 ans à la tête de la CGT dans le Bas-Rhin et qui avait invité le député de la France insoumise (LFI) Nouveau Front Populaire de la 2e circonscription du Bas-Rhin, Emmanuel Fernandes pour la cérémonie. Or, le parti de La France insoumise dirigé par le candidat à la présidentielle de 2027, Jean-Luc Mélenchon, est largement accusé de relayer l’antisémitisme en France.

En décembre 2019, des inscriptions antisémites avaient été découvertes sur une centaine de tombes du cimetière juif de Westhoffen (Bas-Rhin). Quelques mois auparavant, le 19 février, 96 des 245 tombes du cimetière juif de Quatzenheim, situé à une quinzaine de kilomètres de là, avaient été couvertes de croix gammées. Le président Emmanuel Macron s’était rendu sur place et avait promis des actes « forts, clairs » et des « lois ».

Le 11 décembre 2018, 37 stèles ainsi que le monument des martyrs de la Shoah du cimetière juif d’Herrlisheim, au nord-est de Strasbourg, avaient également été couverts de graffitis antisémites.

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