Les désaccords embarrassent Netanyahu avant sa réunion avec Trump, qui lui offre une porte de sortie
Netanyahu a libéré son agenda pour éviter de nouvelle surprises dans le Bureau ovale, tandis que le plan du président pour mettre fin à la guerre semble être la meilleure option pour le Premier ministre - mais le Hamas devra reconnaître sa propre défaite
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Tout au long des huit mois et quelque du second mandat du président américain Donald Trump, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est vanté de sa coordination étroite avec l’occupant de la Maison Blanche.
« Le président Trump et moi-même travaillons en coopération et en coordination totales », avait-il affirmé avec fierté en évoquant l’avenir de la guerre à Gaza, au mois de février dernier.
Netanyahu a cherché à faire preuve du même optimisme avant sa quatrième rencontre de l’année avec Trump, dans le bureau Ovale – une réunion organisée lundi – lorsqu’il a confié dimanche à Fox News que son bureau « travaillait avec l’équipe du président Trump » sur les détails de la dernière proposition américaine qui vise à mettre un terme définitif à la guerre au sein de l’enclave.
Mais même si le Premier ministre israélien s’efforce de détourner l’attention des désaccords qui subsistent entre lui-même et Trump sur la question de a fin de la guerre et sur le passage à la reconstruction, il n’est pas difficile de voir qu’il reste encore de nombreuses divergences entre les deux hommes.
Le plan en 21 points de Trump esquisse une voie possible vers un futur État palestinien – une perspective que Netanyahu a rejeté avec fermeté et à plusieurs reprises. « Donner aux Palestiniens un État à un kilomètre de Jérusalem après le 7 octobre, c’est comme donner à Al-Qaïda un État à un kilomètre de New York après le 11 septembre », a dit Netanyahu lors de son discours à la tribune des Nations unies, vendredi à New York. « C’est de la folie pure, c’est insensé et nous ne le ferons pas ».
Il a également toujours rejeté l’idée que l’Autorité palestinienne puisse jouer un rôle dans la gouvernance de Gaza après la guerre, alors que Trump envisage la possibilité d’une AP réformée qui serait susceptible d’aider à administrer la bande.
Les gouvernements des deux dirigeants ne sont pas non plus d’accord sur l’idée d’une annexion par Israël de certains pans de la Cisjordanie. Ainsi, Trump a indiqué aux journalistes qui étaient réunis à la Maison Blanche dans la journée de jeudi : « Je ne permettrai pas à Israël d’annexer la Cisjordanie. Je ne le permettrai pas. Cela n’arrivera pas ».
De leur côté, les alliés de Netanyahu au sein du mouvement pro-implantations et de l’extrême droite l’appellent ouvertement à ignorer Trump et à poursuivre l’annexion – ce qui est une priorité fondamentale pour eux.
Et dans ce qui pourrait être le signe le plus flagrant que Netanyahu a bien anticipé des désaccords lors de la réunion de lundi, il a annulé à la dernière minute ses apparitions publiques qui étaient prévues dimanche afin de s’entretenir avec ses principaux conseillers en amont de sa visite à la Maison Blanche. Il semble que le Premier ministre ait tiré les leçons de son voyage de dernière minute à Washington, au mois d’avril dernier – il avait accepté de s’y rendre d’urgence alors qu’il était en déplacement à Budapest pour finalement y faire l’objet d’une série de mauvaises surprises de la part de Trump.
Netanyahu aborde la réunion de lundi dans un positionnement de vulnérabilité. Il a mis tous ses œufs dans le même panier – Trump – et il dépend encore plus de la bonne volonté du président américain après que plusieurs alliés occidentaux, tels que la France et le Royaume-Uni, ont rompu avec Israël et reconnu un État palestinien la semaine dernière.
Dans le même temps, si Netanyahu ne parvient pas à convaincre Trump de changer de positionnement sur des questions d’une importance déterminante – qu’il s’agisse du rôle futur de l’Autorité palestinienne à Gaza, de la voie menant à l’établissement d’un État palestinien, de l’annexion, de la facilitation de l’émigration des Gazaouis hors de la bande – il devra faire face à ses partenaires de coalition de droite qui pourraient décider que Netanyahu n’est pas l’homme qui sera en mesure de répondre à leurs priorités. Les prochaines élections en Israël étant prévues au plus tard au mois d’octobre 2026, ils pourraient choisir de manifester leur mécontentement en faisant exploser la coalition de Netanyahu et en déclenchant un vote anticipé.
Une issue
Tout en mettant le dirigeant israélien dans une position inconfortable, Trump offre également à Netanyahu une issue à la situation difficile dans laquelle il se trouve piégé. Difficile d’imaginer une fin à la guerre à Gaza dans un avenir prévisible en l’absence du plan Trump.
Comme cela a été le cas à plusieurs reprises au cours de cette guerre qui dure maintenant depuis près de deux ans, la dernière opération de l’armée israélienne a mis le Hamas sous pression et elle a accumulé les succès tactiques. Mais rien n’indique que le Hamas soit sur le point de s’effondrer et de rendre les armes, comme Netanyahu l’a répété à plusieurs reprises, et rien n’indique que les otages détenus par le groupe terroriste à Gaza pourraient être sur le point d’être libérés.
Le chef d’état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, qui a été choisi par Netanyahu, ne semble pas très impatient d’écraser le Hamas sur le front. Il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher et atténuer l’ampleur de l’opération menée à Gaza-City, disant au gouvernement que l’offensive se transformerait en occupation à part entière et avertissant, dans une note gardée secrète, que la campagne manquait d’une « issue politique » et qu’elle mettait en péril la vie des otages et des soldats.
Pourtant, le plan alternatif proposé par Zamir aurait comporté ses propres risques. Il voulait que Tsahal encercle la ville de Gaza-City – et s’arrête là. Le Hamas n’aurait certainement pas remis en liberté les otages une fois qu’il aurait compris que les forces israéliennes avaient cessé leur avancée, et son plan aurait entraîné un siège prolongé dans un secteur où se trouvent des dizaines, voire des centaines de milliers de civils, ce qui aurait excité encore davantage la colère à l’international.
Zamir n’a pas eu tout à fait tort dans ses critiques. Dans la mesure où Netanyahu n’est pas disposé, pour des raisons politiques, à présenter une vision en ce qui concerne une nouvelle autorité à la tête de Gaza, et dans la mesure également où il n’est pas prêt à mettre ce plan en œuvre dans le territoire contrôlé par l’armée israélienne, l’offensive actuelle à Gaza-City ne devrait pas mettre rapidement fin aux combats. Même lorsque l’opération prendra fin – ce sera dans quelques mois, selon le calendrier actuel – Israël devra encore se déplacer vers le centre de l’enclave. Et même s’il le fait, rien ne garantit que la prise des camps de réfugiés obligera le Hamas à se rendre.
De plus, tant que la guerre se poursuivra, Israël ne pourra pas rétablir ses relations avec l’Europe ni envisager de manière réaliste l’élargissement des accords d’Abraham, une priorité majeure pour Netanyahu comme pour Trump.
Trump, en revanche, offre aujourd’hui à Netanyahu une voie qui permettrait potentiellement de garantir la remise en liberté des captifs, de désarmer le Hamas et de mettre un point final au conflit.
Si Netanyahu considère ce moment comme une opportunité offerte, il peut en tirer parti pour pousser l’Autorité palestinienne à entreprendre des réformes profondes qu’Israël ne lui a pas imposées depuis des décennies. Il peut également s’appuyer sur le soulagement et sur le tournant qui sera provoqué par la fin des combats à Gaza pour dynamiser l’établissement de relations plus étroites avec ses partenaires arabes actuels, et potentiellement envisager la normalisation avec de nouveaux pays.
Le problème, toutefois, c’est que pour que tout cela se produise, une organisation terroriste génocidaire doit accepter que son heure est venue. Ce qui était peu probable au départ, et ce qui l’est encore moins aujourd’hui – après que des hauts-responsables tels que le Français Emmanuel Macron et le Britannique Keir Starmer ont donné au Hamas une raison de croire que tenir bon signifie un plus grand nombre d’acquis pour les Palestiniens (avec, par exemple, la reconnaissance de leur État) et plus de sanctions à l’encontre d’Israël.
Si le Hamas trouve des excuses pour rejeter la proposition de Trump – même s’il est probable qu’il fera des déclarations vagues pour saluer l’initiative tout en proposant des modifications – les pays occidentaux et arabes qui réclament la fin de la guerre devront s’unir pour faire comprendre aux chefs du Hamas qu’aucune victoire n’attend l’organisation et que ses leaders feraient mieux de sauver leur peau et de jeter définitivement l’éponge.
À en juger par le comportement incohérent et souvent contre-productif de ces pays au cours des deux dernières années, il est plus probable qu’ils réagiront par une diplomatie confuse et indécise.
Pendant ce temps, Israël se retrouverait avec une campagne militaire susceptible d’être décrite par les mêmes adjectifs, et Netanyahu avancerait vers des élections, dans les treize prochains mois, avec un horizon hautement incertain de retour au pouvoir.
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