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Les Druzes d’Israël saluent Tsahal et retrouvent leurs proches à la frontière syrienne

Un millier de Druzes israéliens ont franchi la barrière vers la Syrie après les violences à Soueïda ; la plupart sont revenus, remerciant l’armée d’être intervenue

Un Druze syrien qui a traversé la frontière israélienne la veille, à Majdal Shams, le 17 juillet 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)
Un Druze syrien qui a traversé la frontière israélienne la veille, à Majdal Shams, le 17 juillet 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)

MAJDAL SHAMS – Mercredi soir, alors que Sham Hassoun, 21 ans, franchissait dans l’obscurité la barrière frontalière entre Israël et la Syrie pour rejoindre Hader, un village du sud de la Syrie, elle est tombée et s’est foulé la cheville. Cela ne l’a toutefois pas empêchée de poursuivre sa route pour aller à la rencontre d’un oncle qu’elle n’avait encore jamais vu.

Hassoun est rentrée jeudi matin, accompagnée de son oncle, qui a franchi la frontière en sens inverse, un enfant de trois ans dans un bras et un sac plastique bien rempli dans l’autre.

« Je viens de retrouver mon oncle. Il veut rester ici », a déclaré Hassoun, originaire de Majdal Shams. « Nous devons les protéger. La Syrie est trop dangereuse pour les Druzes. »

Jeudi matin, un calme tendu régnait le long de la barrière frontalière, autrefois surnommée « barrière des cris », car c’est là que les familles des deux côtés communiquaient avant l’arrivée des textos. Des centaines de personnes s’étaient rassemblées pour la deuxième journée consécutive, dans l’espoir de retrouver leur famille de l’autre côté de la frontière.

Sous la surveillance de la police des frontières, elles attendaient, comme dans un hall d’arrivée en plein air, d’apercevoir leurs proches. Des soldats et des policiers se tenaient près de la clôture, mais ils semblaient détendus et l’ambiance était plutôt festive. Beaucoup s’embrassaient et pleuraient en retrouvant leurs cousins et autres membres de leur famille.

Les femmes rassemblées près de la barrière ont déclaré qu’elles espéraient que leurs proches de Hader pourraient entrer en Israël, mais on ne sait pas si Israël les laissera passer.

Dans la nuit, Tsahal est parvenu à ramener des dizaines de Druzes israéliens qui avaient franchi la frontière syrienne mercredi.

Toutefois, plusieurs dizaines de Druzes israéliens se trouvent toujours en Syrie, principalement dans la région de Hader, une ville druze située à proximité de Majdal Shams, sur le plateau du Golan.

L’armée israélienne a déclaré qu’elle empêchait les personnes vivant en Israël d’entrer en Syrie, mais un homme nommé Shufi Hikmat a déclaré qu’il gardait l’espoir de se rendre à Hader.

« Juste pour voir », a-t-il dit.

Mercredi, la situation était chaotique à la frontière. Près d’un millier de Druzes israéliens ont franchi la frontière. Certains, comme Hassoun, sont allés retrouver des proches qu’ils n’avaient jamais rencontrés. D’autres, des jeunes pour la plupart, se sont rendus dans le sud de la Syrie pour se joindre au combat aux côtés des Druzes de Soueïda, une ville à majorité druze, où quelque 350 personnes auraient été tuées dans des affrontements.

Des Druzes de Syrie et d’Israël manifestant à la frontière israélo-syrienne, le 16 juillet 2025. (Crédit : Leo Correa/AP)

Le régime syrien a déployé des troupes mardi, annonçant vouloir mettre fin aux affrontements qui durent depuis des jours entre Druzes et Bédouins. Mais selon des témoins, les troupes gouvernementales se seraient en réalité jointes aux Bédouins pour attaquer les combattants et les civils druzes.

Mercredi, des soldats de Tsahal et deux députés druzes, Afef Abed (Likud) et Hamad Amar (Yisrael Beytenu), ont franchi la frontière pour appeler les civils israéliens à revenir.

Alors que le président intérimaire syrien Ahmed al-Sharaa annonçait un cessez-le-feu mercredi, les habitants de Majdal Shams exprimaient leur colère à son encontre, l’appelant par son nom de guerre : Abu Mohammad al-Jolani.

Des membres des forces de sécurité syriennes et des enfants armés célèbrent après des affrontements entre Bédouins et Druzes, dans le quartier à majorité bédouine d’al-Mouqawwas, à Soueïda, le 15 juillet 2025. (Crédit : Bakr Alkasem/AFP)

« Al-Jolani est un djihadiste », a affirmé un Druze, sous couvert d’anonymat, qui, avec son fils, a traversé la frontière dans la nuit de mercredi à jeudi, pour rentrer depuis. « C’est un musulman radical. Il a massacré les Alaouites, les chrétiens, et maintenant les Druzes », a-t-il ajouté.

Selon lui, malgré ses promesses de respecter les droits des minorités, Sharaa n’a pas honoré ses engagements. « C’est un membre de l’État islamique », a poursuivi l’homme, qualifiant de « frères et sœurs », les Druzes qui se trouvaient du côté syrien de la frontière.

Il a expliqué être allé en Syrie « pour faire pression sur le gouvernement israélien, afin qu’il vienne en aide à notre famille druze. Israël est notre seule carte. Nous voulons que l’Amérique fasse cesser les massacres. Nous voulons que les Nations unies protègent les Druzes. Ce que le gouvernement syrien a fait à Soueïda, c’est la même chose que le pogrom du [groupe terroriste palestinien du] Hamas, le 7 octobre 2023. »

Les Druzes, un courant religieux issu de l’islam chiite au 9e siècle, sont considérés comme hérétiques par une partie du monde sunnite et ont souvent été pris pour cible par des groupes islamistes radicaux.

Sham Hassoun, qui a traversé la Syrie pour rejoindre son oncle dans le village de Hadar, est revenue avec une entorse à la cheville le 17 juillet 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)

Majdal Shams est l’une des quatre localités druzes situées sur le plateau stratégique du Golan, conquis par Israël lors de la guerre des Six Jours en 1967 et annexé de facto en 1981.

Les familles du Golan – à Majdal Shams, Ein Qiniyye, Masade et Buqata – ont été coupées de leurs proches vivant en Syrie, une zone tampon contrôlée par les Nations unies séparant les deux côtés.

Majdal Shams a également été le théâtre d’un drame : le 27 juillet 2024, une attaque dévastatrice du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah a tué 12 enfants et adolescents sur un terrain de football en plein centre-ville.

Lorsque le régime de l’ancien président syrien Bachar el-Assad est tombé en décembre, les Druzes israéliens ont célébré, raconte l’un des hommes interrogés, qualifiant les Druzes syriens de « frères et sœurs ».

« Nous pensions qu’il y aurait une nouvelle Syrie », a-t-il déclaré. « Mais cela ne s’est pas produit. »

Un nouveau modèle d’Al-Qaïda

Yusri Hazran, de l’Institut Truman de l’Université hébraïque de Jérusalem. (Crédit : autorisation)

Jusqu’à récemment, des milices druzes contrôlaient les régions druzes de Syrie, comme Soueïda. Après la chute d’Assad, certains de ces combattants ont envisagé de rejoindre les nouvelles forces de sécurité mises en place par le gouvernement intérimaire.

Mais selon Yusri Hazran, chercheur à l’Institut Truman de l’Université hébraïque de Jérusalem, la plupart des Druzes refuseront de désarmer.

« Les Druzes ne déposeront pas leurs armes et ne permettront pas aux forces gouvernementales de s’installer dans leurs zones, ce qui est de plus en plus justifié, car il s’agit d’organisations djihadistes », a-t-il confié au Times of Israel.

« Nous parlons d’Al-Qaïda », a-t-il insisté. « Rien n’a changé. C’est un nouveau modèle d’Al-Qaïda. »

Hazran a affirmé sans détour que le régime intérimaire de Sharaa « fait partie du problème, pas de la solution ».

Il a ajouté que « l’aspect le plus problématique de la crise syrienne est qu’il n’y a pas d’alternative.

« Le cessez-le-feu ne durera pas », a-t-il prédit.

De retour à la frontière jeudi matin, un Israélien druze a expliqué que la mère de sa compagne avait traversé la frontière dans la nuit de mercredi à jeudi. Syrienne d’origine, elle avait épousé un Druze israélien et n’avait pas revu sa famille depuis plus de vingt ans. Il a indiqué avoir pu lui parler pendant la nuit : elle allait bien et prévoyait de revenir en Israël plus tard dans la journée.

S’il dit ne connaître personnellement aucun Druze israélien parti se battre en Syrie, il a exprimé son désespoir face à la lenteur de la réaction d’Israël.

« Nous comprenons qu’Israël n’allait pas commencer à bombarder immédiatement », a-t-il déclaré. Mais il s’est dit soulagé que « le gouvernement israélien ait fini par agir pour tenter de mettre fin au massacre ».

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