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Analyse

Les effets d’une frappe iranienne sur la centrale de Dimona seraient symboliques, pas radioactifs

Selon les experts, une frappe contre le réacteur nucléaire présenterait peu de risques de contamination de type Tchernobyl ou d'explosion nucléaire, mais aurait néanmoins des conséquences néfastes

Cette image d'archive, tirée d'un reportage diffusé le 7 janvier 2005 par la Dixième chaîne, montre ce que la chaîne présente comme l'installation nucléaire israélienne située près de Dimona ; il s'agit de la première vidéo détaillée du site jamais diffusée au grand public. ( Crédit : Dixième chaîne via AP)
Cette image d'archive, tirée d'un reportage diffusé le 7 janvier 2005 par la Dixième chaîne, montre ce que la chaîne présente comme l'installation nucléaire israélienne située près de Dimona ; il s'agit de la première vidéo détaillée du site jamais diffusée au grand public. ( Crédit : Dixième chaîne via AP)

Ce week-end, l’Iran a tiré un missile balistique en direction de la ville méridionale de Dimona, faisant des dizaines de blessés. Cette attaque a fait craindre un autre type de destruction, alors que la campagne américano-israélienne contre le régime iranien entrait dans sa quatrième semaine.

L’attaque de samedi a gravement endommagé des immeubles de cette ville poussiéreuse du désert. Elle a également soulevé des questions urgentes concernant la vulnérabilité apparente du centre de recherche nucléaire Shimon Peres du Néguev, situé à 9 kilomètres de là, et s’agissant également de la potentielle volonté de la République islamique de le prendre pour cible.

Malgré ces craintes, une frappe de missile sur le site, voire un tir direct sur son réacteur souterrain, aurait peu de chances de provoquer une catastrophe radiologique, même si cela constituerait certainement une victoire symbolique majeure pour Téhéran.

Des experts nucléaires israéliens soulignent auprès du Times of Israel que la centrale de Dimona abrite un petit réacteur de recherche plutôt qu’un gigantesque réacteur commercial, et qu’elle est fortement protégée par des mesures de défense tant actives que passives.

Les experts se sont basés uniquement sur des sources ouvertes pour établir leur analyse, en raison de la nature largement classifiée de l’installation.

Selon des informations parues dans la presse étrangère, le site produirait des matières fissiles destinées à la fabrication d’armes nucléaires.

Le lieu où un missile tiré depuis l’Iran en direction d’Israël a endommagé des immeubles, dans la ville méridionale de Dimona, le 22 mars 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Les gouvernements et les médias étrangers considèrent Israël comme la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient. Toutefois, Jérusalem refuse de confirmer ou d’infirmer la possession d’armes atomique, affirmant officiellement que la centrale de Dimona est dédiée à la recherche et à la production d’énergie.

Danger physique

« La cible la plus dangereuse à bombarder est un réacteur nucléaire en activité utilisé pour la production d’énergie. Ce n’est pas le cas en Israël », explique Ori Nissim Levy, président du Forum nucléaire mondial et maître de conférences à l’Afeka Academic College of Engineering.

La puissance du réacteur de Dimona est estimée à environ 150 mégawatts. À titre de comparaison, le Centre de recherche nucléaire de Soreq, situé à la périphérie de la ville de Yavne, dans le centre du pays, dispose d’un réacteur d’environ cinq mégawatts. Tous deux sont bien en deçà de l’échelle des grands réacteurs de production d’électricité, qui ont généralement une capacité de production d’environ 1 000 mégawatts ou plus.

Scène où un missile tiré depuis l’Iran en direction d’Israël a causé des dégâts à des immeubles, à Dimona, le 22 mars 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Des attaques contre des réacteurs nucléaires en activité, comme à Bouchehr, en Iran, ou dans des pays comme la France, les États-Unis, le Canada et d’autres, « seraient bien plus dangereuses », selon Nissim Levy. Mais pour Israël, « l’élément le plus dangereux est en réalité le combustible, en particulier le combustible usé, qui est la matière la plus radioactive ».

« Même si l’approvisionnement en combustible était attaqué, le danger ne devrait pas être très grand », ajoute-t-il, soulignant que ces systèmes sont « très fortement protégés » à la fois par une protection physique des infrastructures et par des systèmes de défense aérienne à plusieurs niveaux, tels qu’Arrow 2 et Arrow 3.

Selon Nissim Levy, si une fuite radioactive se produisait, elle n’affecterait probablement qu’un rayon de quelques centaines de mètres tout au plus, en fonction de la nature et de l’ampleur de l’explosion. « La fuite resterait confinée à une zone de la centrale où il est peu probable que des employés se trouvent », précise-t-il.

« En temps de guerre, la procédure habituelle consiste à réduire ou à interrompre l’activité [dans les centrales nucléaires]. Cela permet de limiter la gravité des dommages potentiels », ajoute Nissim Levy.

Des travailleurs en combinaison de protection et masque attendant pour entrer dans le centre des opérations d’urgence de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima Dai-ichi, à Okuma, au Japon, le 12 novembre 2011. (Crédit : David Guttenfelder, Pool, AP)

Néanmoins, le Commandement du Front intérieur pourrait ordonner l’évacuation des personnes se trouvant dans un rayon d’un kilomètre, davantage par mesure de précaution que par réaction à un danger confirmé, selon lui.

Israël dispose également de capteurs qui surveillent avec précision les conséquences d’une telle fuite et son ampleur en fonction du niveau de radioactivité, afin de déterminer si une évacuation à plus grande échelle est nécessaire.

« Les dommages radiologiques seraient probablement très localisés », affirme Nissim Levy, contrairement à ce qui s’était passé lors de la catastrophe de Tchernobyl en 1986 ou lors de l’accident nucléaire de Fukushima en 2011.

« Ce ne sera pas une catastrophe de grande ampleur… car il existe une différence fondamentale entre les incidents survenant dans de grands réacteurs nucléaires en activité et ce dont nous parlons ici. »

Le Centre de recherche nucléaire Shimon Peres du Néguev, près de la ville de Dimona, en Israël, le 5 juillet 2025. (Crédit : Planet Labs PBC via AP)

Même en cas de frappe de missile sur le réacteur, il n’y a aucune raison de craindre une explosion nucléaire.

« Si Israël possède des armes [nucléaires], elles ne sont presque certainement pas stockées [à Dimona]. C’est presque certain. Il s’agit d’un site de production, de recherche et de développement technologique – et non de stockage d’armes finies », souligne-t-il.

Même si une bombe nucléaire était touchée lors d’une attaque, cela ne provoquerait pas d’explosion nucléaire.

« Une bombe à l’uranium, au plutonium ou à l’hydrogène ne peut pas être déclenchée par une explosion externe », explique Nissim Levy.

Shimon Peres (à droite) et David Ben Gurion visitant le réacteur nucléaire israélien, à Dimona. (Crédit : Archives du ministère de la Défense)

« Cela nécessite un système de détonation interne très précis. »

Seul « un système d’ogive très complexe et précis » intégré à la bombe peut la faire exploser, précise-t-il.

Coup symbolique

Pour Israël, le plus grand danger d’une frappe sur le site de Dimona serait probablement lié au statut de l’installation en tant que symbole de la puissance du pays.

« Israël devrait réagir de manière exceptionnelle. Une frappe simultanée contre les sites nucléaires iraniens ne suffirait pas

« L’importance première d’une frappe contre le réacteur ne résiderait pas dans le danger physique, mais dans une victoire psychologique et symbolique majeure pour l’Iran », explique Zaki Shalom, chercheur principal à l’Institut Misgav pour la sécurité nationale et la stratégie sioniste.

Le réacteur est depuis longtemps désigné comme une cible prioritaire par le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, le Hamas et d’autres proxys du régime iranien, ainsi que par la République islamique elle-même.

En 2018, lors de rares déclarations publiques, le président de la commission israélienne de l’Énergie atomique, Zeev Snir, avait indiqué que le pays avait renforcé le réacteur nucléaire de Dimona face aux menaces proférées par l’Iran et le Hezbollah.

« Nous ne pouvons ignorer les menaces répétées et explicites proférées par l’Iran et ses mandataires d’attaquer les sites nucléaires israéliens », avait-il déclaré.

Capture d’écran d’une vidéo diffusée par la branche armée du groupe terroriste du Jihad islamique palestinien basé à Gaza, menaçant de lancer des attaques à la roquette contre le réacteur nucléaire de Dimona et d’autres sites sensibles en Israël, le 4 mai 2019. (Crédit : Capture d’écran)

Selon Shalom, les Iraniens « affirmeraient probablement – avec une justification considérable – qu’ils ont réussi à frapper l’un des piliers centraux de la doctrine de sécurité d’Israël ».

« Le prestige du système de défense hautement sophistiqué d’Israël, construit au fil de nombreuses années grâce à d’importants investissements, serait gravement compromis si des missiles venaient à frapper le réacteur de Dimona. »

Cela, estime Shalom, justifierait probablement une riposte extrême de la part d’Israël.

« Si un site de sécurité aussi sensible venait à être endommagé, même de façon minime, on peut supposer qu’Israël devrait réagir de manière exceptionnelle. Une frappe parallèle sur des sites nucléaires en Iran ne suffirait pas, puisqu’il le fait déjà de toute façon », estime Shalom.

Des personnes priant sur les tombes de scientifiques nucléaires iraniens, de leurs familles et d’un commandant du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, dont la plupart ont été éliminés lors de frappes israéliennes en juin 2025, au sanctuaire de Saint Saleh pendant le ramadan, dans le nord de Téhéran, en Iran, le 19 février 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP Photo)

Bien que la nature d’une telle riposte soit difficile à prédire, des frappes contre les centrales électriques iraniennes pourraient devenir une option sérieusement envisagée, « si le projet de Dimona, Dieu nous en préserve, venait à être endommagé de quelque manière que ce soit », conclut-il.

Judah Ari Gross a contribué à cet article.

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