Les émissaires d’Israël et du Liban s’apprêtent à tenir une rencontre historique, mais…
Beyrouth compte tirer parti de ce dialogue au plus haut niveau jamais établi avec Jérusalem pour obtenir un cessez-le-feu ; Jérusalem n'est pas intéressé par un accord tant que le Hezbollah reste armé
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Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Mardi matin, l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, rencontrera son homologue libanaise, Nada Hamadeh, à Washington. Il s’agira de la première rencontre au plus haut niveau entre les deux pays, même si deux sources proches de l’organisation de cette réunion à Washington ont déclaré au Times of Israel qu’il fallait tempérer les attentes.
« Nous ne sommes pas sur le point de lâcher les colombes de la paix », a déclaré un responsable israélien.
Si l’objectif des pourparlers est un accord de paix à terme entre le Liban et Israël, la préoccupation la plus immédiate est le désarmement du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, sur lequel les divergences entre les parties sont importantes, a reconnu un responsable américain.
Le Liban affirme qu’il s’est engagé à désarmer le Hezbollah, notamment depuis que ce dernier a entraîné le pays dans la guerre contre le régime iranien en ouvrant le feu sur Israël, deux jours après la frappe israélienne du 28 février ayant éliminé le guide suprême iranien, Ali Khamenei.
Mais Jérusalem n’est pas convaincue de la capacité de Beyrouth à tenir ses engagements et exerce une pression en faveur d’une action plus agressive de Tsahal, allant jusqu’à évoquer le rétablissement d’une zone tampon dans le sud du Liban. Cette politique avait été mise en œuvre pour la première fois il y a plusieurs décennies, puis abandonnée, car jugée contre-productive.
Beyrouth espère que les pourparlers de mardi permettront de mettre fin aux frappes israéliennes au Liban.
Son ministre des Affaires étrangères affirme qu’un tel résultat pourrait être présenté comme un coup porté à l’Iran, qui a fait pression pour prolonger le cessez-le-feu conclu avec les États-Unis la semaine dernière afin de protéger le Hezbollah, et qui permettrait de « renforcer davantage la séparation entre le dossier libanais et la question iranienne ».
Après avoir lancé une série de frappes d’une grande ampleur à travers le Liban le 8 avril, Israël semble avoir tenu compte des appels américains à la retenue et s’être abstenu de viser Beyrouth et d’autres zones plus à l’intérieur du Liban depuis le 9 avril.
Vendredi, Leiter a toutefois insisté sur le fait qu’un cessez-le-feu complet n’était pas à l’ordre du jour.
Néanmoins, Leiter prévoit de discuter avec Hamadeh, lors de la réunion de mardi, de la manière dont les gouvernements israélien et libanais, ainsi que leurs armées respectives, peuvent collaborer pour désarmer le Hezbollah, a déclaré le responsable israélien.
La réunion au département d’État américain, se déroulera sous la direction de Mike Needham, haut responsable américain, et de Michel Issa, ambassadeur des États-Unis au Liban.
Le département d’État a ensuite indiqué que le secrétaire d’État Marco Rubio participerait également à la réunion, Washington cherchant à souligner le caractère historique de cette rencontre, indépendamment de la possibilité qu’elle aboutisse à des résultats majeurs.
« En raison des actions imprudentes du Hezbollah, les gouvernements israélien et libanais entament des pourparlers diplomatiques directs, ouverts et de haut niveau – les premiers depuis 1993 – sous l’égide des États-Unis », a déclaré un responsable du département d’État dans un communiqué.
« Cette discussion permettra de définir le cadre du dialogue en cours sur la manière d’assurer la sécurité à long-terme de la frontière nord d’Israël et de soutenir la détermination du gouvernement libanais à retrouver la pleine souveraineté sur son territoire et sa vie politique. Israël est en guerre contre le Hezbollah, pas contre le Liban ; il n’y a donc aucune raison pour que les deux voisins ne se parlent pas », a ajouté le responsable du département d’État.
Aucune réunion de suivi n’a été programmée et le responsable israélien a déclaré que les parties verraient comment se déroulerait la première rencontre avant de planifier les prochaines étapes.
De son côté, le Hezbollah a exhorté le gouvernement libanais à annuler la réunion de mardi, indiquant qu’il ne respecterait aucun accord qui serait conclu. Beyrouth a ignoré ces appels, le groupe terroriste soutenu par Téhéran continuant d’attaquer Israël entre-temps.
Selon un analyste, un accord de désarmement est possible si Israël fait preuve de patience
Hussein Ibish, chercheur principal à l’Arab Gulf States Institute de Washington, a déclaré que le Liban cherchait depuis longtemps à engager des pourparlers directs avec Israël et avait été déçu par le manque d’enthousiasme manifesté jusqu’à présent par Jérusalem.
Il a reconnu que les discours du gouvernement libanais actuel sur le désarmement du Hezbollah n’avaient pas été suivis d’effets. Il a toutefois insisté sur le fait que la décision du groupe terroriste de s’engager dans la guerre en Iran avait marqué un tournant majeur dans l’approche du pays à l’égard du groupe terroriste chiite.
Ibish se trouvait à Beyrouth lorsque le Hezbollah a commencé à tirer sur Israël, le 2 mars.
« Je n’ai jamais vu les gens réagir au Hezbollah comme ils l’ont fait. Je me promenais dans des quartiers à majorité musulmane où vivent de nombreux chiites. Tout était ouvert, et les gens se lançaient dans des diatribes contre les ‘terroristes’, sans se soucier de qui les écoutait. »
L’analyste, spécialiste du Moyen-Orient, a exhorté Israël à tirer parti de la colère récemment apparue des Libanais envers le Hezbollah, tout en mettant en garde Jérusalem contre le risque de « surjouer son rôle ».
« Si Israël venait à rétablir une occupation à long-terme dans le sud du Liban, cela offrirait au Hezbollah un programme de retour aux sources pour se reconstruire après des erreurs de calcul et des bévues sans fin », a fait valoir Ibish.
Même si un retrait israélien majeur du Liban semble peu probable en cette année électorale pour Netanyahu, Ibish a soutenu que la réunion de mardi pourrait tout de même jeter les bases d’un accord global impliquant la reconnaissance d’Israël par le Liban, la délimitation d’une nouvelle frontière terrestre entre les deux pays et le désarmement progressif du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah par l’armée libanaise.
Coopérer avec le gouvernement libanais contre le Hezbollah exigera de la patience de la part de Jérusalem, car un processus de désarmement précipité risque de déclencher une nouvelle guerre civile, a averti Ibish.
« Maîtriser le Hezbollah prendra probablement quelques années, mais parvenir à un accord pour y parvenir ne devrait pas prendre autant de temps. La question est de savoir si Israël sera prêt à faire preuve de patience », a-t-il ajouté.
la Communauté du Times of Israël !







