Les frappes iraniennes contre les États du Golfe ouvrent la voie à un rapprochement avec Israël
L'État hébreu aiderait à la défense des alliés arabes des États-Unis dans la région, ouvrant la voie à de nouvelles coopérations, même si la méfiance demeure
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Les États du Golfe vivent actuellement leur pire cauchemar.
Des dizaines d’années de manœuvres diplomatiques visant à éviter une confrontation militaire directe avec la République islamique d’Iran sont réduites en fumée par les attaques de missiles balistiques et de drones lancées par Téhéran contre tous les membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) : Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.
Depuis que les États-Unis et Israël ont lancé leur campagne de bombardements contre le régime iranien ce week-end, les estimations indiquent que l’Iran a tiré plus de missiles balistiques et de drones sur ses voisins du Golfe que sur Israël lui-même, endommageant des installations militaires américaines ainsi que des sites touristiques et énergétiques.
Selon les données publiées mercredi par l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS) israélien, l’Iran a tiré plus de deux fois plus de missiles et environ vingt fois plus de drones vers les États du Golfe qu’en direction d’Israël. Les Émirats arabes unis et le Koweït ont chacun essuyé près de 200 missiles balistiques.
L’Iran espère qu’en infligeant suffisamment de souffrances à ses voisins arabes – et à d’autres pays plus éloignés – il pourra faire pression sur le président américain, Donald Trump, pour qu’il mette fin à la guerre.
Mais non seulement cette stratégie n’a pas fonctionné jusqu’à présent, mais elle pourrait finir par se retourner de manière spectaculaire, poussant les États du Golfe à renforcer leur coopération en matière de sécurité avec Israël, même parmi ceux qui demeurent réticents à s’aligner ouvertement avec l’État juif.
Plus proches du CENTCOM, plus proches d’Israël
Israël affirme depuis longtemps que les programmes d’armement du régime iranien menacent non seulement l’État hébreu, mais aussi toute la région et le monde entier.
Cette affirmation est aujourd’hui renforcée par les attaques de cette semaine, qui justifient davantage la coopération entre les pays du Golfe et Israël, du moins en matière de sécurité.
« Le fait que les pays arabes et leurs alliés aient été pris pour cible montre bien que le régime iranien ne menace pas seulement Israël », a déclaré un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères au Times of Israel, lors d’une conférence de presse dimanche, sur le site d’une attaque de missiles iraniens dans le centre de Tel Aviv.
Il reste toutefois difficile de vérifier dans quelle mesure Israël fournit une aide militaire ou civile au Golfe pour contrer cette menace.
Interrogé par le Times of Israel pour savoir si Jérusalem envoyait une aide pour aider ces pays arabes à se défendre, le porte-parole a été prudent, se contentant de répondre : « Nous faisons tout notre possible pour atteindre l’objectif de cette opération, et cette opération fonctionne en étroite collaboration avec nos amis américains. »
L’unité du porte-parole de l’armée israélienne a refusé de commenter le type d’aide militaire fourni, le cas échéant, par Israël aux États du Golfe, avant ou après le début des frappes contre la République islamique d’Iran, baptisées Opération « Lion rugissant ».
Il existe néanmoins des informations non confirmées faisant état d’une telle aide.
Selon la presse israélienne, Israël aurait envoyé une équipe du Commandement du Front intérieur aux Émirats arabes unis afin de les aider à se préparer aux situations d’urgence.
Une telle coopération est plus facile sur le plan politique avec des pays comme les Émirats arabes unis et Bahreïn, qui ont normalisé leurs relations avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham négociés par les États-Unis en 2020.
« Avec le Qatar, [l’aide] est beaucoup plus explosive sur le plan politique », a déclaré Ariel Admoni, du Jerusalem Institute for Strategy and Security (JISS).
Les relations entre Israël et le Qatar se sont en effet progressivement détériorées tout au long de la guerre contre le Hamas à Gaza, en raison des liens entre Doha et le groupe terroriste palestinien, mais aussi de la condamnation par le Qatar de l’action militaire israélienne dans l’enclave.
« Aucune des deux parties ne peut tolérer la moindre rumeur d’aide à l’autre », a déclaré Admoni.
Les États-Unis ont renforcé leur engagement en faveur de la sécurité du Qatar par un décret signé l’an dernier, après une frappe aérienne israélienne ayant visé des dirigeants du groupe terroriste palestinien du Hamas à Doha.
Mardi, un haut responsable israélien a déclaré sous couvert d’anonymat à la chaîne publique Kan qu’Israël discutait de la possibilité de fournir une défense aux actifs américains dans le Golfe, afin « d’aider les États-Unis dans leurs efforts de défense, tout comme [les Américains] nous aident dans nos efforts de défense ».
Mais les liens de sécurité avec Israël sont également indirectement renforcés pendant la campagne, alors que la coordination entre le CENTCOM – le commandement militaire régional américain qui regroupe tous ses alliés du Moyen-Orient, y compris dans le Golfe – et Tsahal atteint un niveau sans précédent.
En conséquence, la dépendance des pays du Golfe à l’égard de la protection américaine pourrait jeter les bases d’une coalition stratégique ad hoc incluant également Israël, ce qui renforcerait la coopération en matière de défense civile, de défense aérienne et de partage de renseignements.
Les éléments de cette coopération ont pris forme lors de l’effort de défense guidé par le CENTCOM contre deux attaques iraniennes à l’aide de drones et de missiles contre Israël en 2024. Plusieurs pays arabes ont participé à la défense contre ces frappes.
Le conflit actuel « crée une base stratégique commune entre [Israël] et [le Golfe] », a déclaré Eran Lerman, vice-président du JISS et ancien directeur adjoint du Conseil de sécurité nationale (NSC) israélien.
Les États-Unis jouent depuis des années un rôle central dans la sécurité du Golfe, un rôle qui n’a fait que gagner en visibilité pendant le conflit.
Les demandes du Golfe pour obtenir davantage d’intercepteurs seraient principalement adressées à Washington. Plusieurs États du Golfe dépendent fortement des systèmes de défense américains, notamment des intercepteurs de missiles Patriot.
Le Qatar et les Émirats arabes unis dépendent notamment de ces systèmes, tandis que les États-Unis maintiennent d’importantes bases militaires dans toute la région.
Les États-Unis ont également pris des mesures pour assurer la sécurité de l’approvisionnement énergétique de la région : le président Trump a ainsi promis que les forces navales américaines protégeraient les pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz.
Diplomatie statique
Même si la menace commune que représentent les frappes iraniennes pourrait conduire à un renforcement des liens de sécurité avec Israël à court ou à long-terme, les États du Golfe n’ont pas fondamentalement modifié leur approche diplomatique envers Téhéran – ni envers Jérusalem.
De nombreux gouvernements du Golfe ont certes convoqué les ambassadeurs iraniens pour leur demander des explications, mais ils ne les ont ni expulsés, ni gelé leurs relations, car ils semblent vouloir coordonner une réponse régionale unifiée plutôt que d’aggraver les tensions.
« D’une manière générale, la dynamique initiale se poursuit », a déclaré Admoni.
« Le fait que les États du Golfe et Israël soient attaqués par la même source ne modifie pas soudainement les divisions au sein du Golfe, entre les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, le Qatar et Oman, en ce qui concerne leur perception d’Israël. »
Pour certains pays, les actions de l’Iran ont été moins surprenantes que pour d’autres.
Ces dernières années, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont maintenu des relations prudentes avec l’Iran, conservant des ambassades dans le pays et entretenant des liens commerciaux limités, malgré des tensions stratégiques. Selon Admoni, le conflit actuel n’a fait que renforcer leur perception de longue date de la République islamique comme un acteur peu fiable.
En revanche, des pays comme le Qatar et Oman espéraient que leurs efforts diplomatiques envers l’Iran leur permettraient d’éviter une confrontation directe.
« Il y avait un réel sentiment que l’Iran dépendait d’eux », a déclaré Admoni.
Mais malgré ces différences, le Golfe semble uni dans sa réponse à Téhéran, alors que des cibles économiques telles que les infrastructures touristiques et les installations énergétiques, qui constituent l’épine dorsale des économies du Golfe, ont été endommagées.
Malgré certaines informations médiatiques selon lesquelles Ryad pourrait adopter un ton plus agressif envers la République islamique, les Saoudiens, les Qataris et les Omanais semblent continuer à privilégier une approche fondée sur le dialogue, même si celui-ci est ponctué de reproches.
Cela s’expliquerait peut-être par le fait que ces pays craignent que Trump n’aille pas jusqu’au bout des objectifs fixés dans le cadre de l’Opération « Fureur épique », ce qui les rendrait réticents à soutenir une campagne s’opposant au régime iranien sans en tirer grand-chose, selon Admoni.
Néanmoins, Lerman considère la situation actuelle comme « une occasion pour nous de reconstruire ce que j’appelle depuis des années le ‘camp de la stabilité’ au Moyen-Orient », en coordonnant l’issue de la campagne contre l’Iran et « en renforçant considérablement les liens de sécurité avec les États du Golfe ».
Reste à voir si cette coordination en matière de sécurité pourrait déboucher sur de nouvelles ou élargies relations formelles ou diplomatiques, en particulier avec des pays plus réticents à nouer des liens avec Israël, comme le Qatar, Oman, le Koweït et l’Arabie saoudite.
Tant pour la coopération future en matière de sécurité que pour les relations formelles, les performances militaires d’Israël recèlent actuellement un grand potentiel.
« Nous leur démontrons nos capacités, ce qui est très important », a déclaré Lerman.
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
- Israël et Ses Voisins
- Opération Lion rugissant
- Opération Fureur épique
- Iran
- Bahreïn
- Koweït
- Qatar
- Emirats arabes unis
- Commandement central des États-Unis (CENTCOM)
- Armée israélienne
- Pays du Golfe
- Arabie saoudite
- Relations Israël-Qatar
- Relations Israël-Oman
- Relations Israël-Arabie saoudite
- Relations Israël-Emirats arabes unis
- Accords d'Abraham
- Conseil de coopération du Golfe
la Communauté du Times of Israël !







