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Les propos antimusulmans de Randy Fine inquiètent de nombreux Juifs, la droite pro-Israël maintient le cap

Des critiques juifs ont accusé l'élu républicain de Floride de tenir des discours de haine ; l'AIPAC, la RJC et certains conservateurs juifs continuent de le soutenir

L'ancien représentant Randy Fine, au podium, et ses collègues de l'Assemblée législative de Floride, approuvent une proclamation soutenant Israël lors de la deuxième semaine de sa guerre contre le Hamas, le 18 octobre 2023. (Crédit : Sénat de Floride/Wikmedia via JTA)
L'ancien représentant Randy Fine, au podium, et ses collègues de l'Assemblée législative de Floride, approuvent une proclamation soutenant Israël lors de la deuxième semaine de sa guerre contre le Hamas, le 18 octobre 2023. (Crédit : Sénat de Floride/Wikmedia via JTA)

JTA — Durant son bref passage à la Chambre des représentants, le nouvel élu juif Randy Fine s’est forgé une réputation de provocateur — notamment à l’égard des musulmans.

Au début du mois, le républicain de Floride a déclenché une nouvelle polémique avec une série de remarques désobligeantes sur les Palestiniens et ceux qu’il appelle les « musulmans traditionnels ». Des propos que ses critiques — de gauche comme de droite — ont non seulement qualifié de provocateurs, mais aussi de « génocidaires ».

« J’ignore comment faire la paix avec ceux qui cherchent à nous détruire. Il faut commencer par les détruire. J’en suis convaincu », a déclaré Fine le 10 décembre lors d’une audition devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, après avoir affirmé : « Il faut absolument réformer l’islam. »

La semaine suivante, Fine a redoublé d’intensité dans ses propos visant les « musulmans traditionnels » et « l’islam traditionnel », durcissant encore sa position à la suite de l’attentat terroriste perpétré en Australie, pendant une célébration de Hanoukka, par des partisans avoués de l’État islamique (EI).

« Le moment est venu d’imposer aux musulmans une interdiction de voyager, d’expulser tous les immigrants musulmans traditionnels, légaux et clandestins, et de révoquer leur citoyenneté dans la mesure de ce qui est possible », a-t-il affirmé dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux. « Les musulmans traditionnels nous ont déclaré la guerre. Le moins que nous puissions faire est de les expulser des États-Unis. »

Les propos de Fine, qui a de surcroît reproché à la représentante du Minnesota, Ilhan Omar, « et à ses compatriotes somaliens » d’être responsables d’une fraude à l’aide sociale commise en grande partie par des accusés somaliens, vont bien au-delà de ce qu’ont pu déclarer publiquement d’autres élus juifs pro-Israël. Ils ont été largement condamnés, et notamment par d’autres Juifs.

« En tant que membre de la communauté juive, je sais que je dois m’exprimer », a ainsi dit Noam Shelef, du groupe progressiste New Jewish Narrative, dans un communiqué. « Le représentant Fine porte une kippa, et est donc considéré comme un visage de la communauté juive américaine. Mais sa haine ne reflète pas qui nous sommes. »

Le représentant Randy Fine, ancien cadre dans le secteur des jeux d’argent, porte régulièrement une kippa. (Crédit : House.gov via JTA)

Au début du mois, à Washington, dans une déclaration faite à l’issue d’un événement intitulé « Solidarité judéo-musulmane », le Jewish Council for Public Affairs (JCPA) a inscrit Fine sur la liste des auteurs de « propos profondément haineux à l’égard de tous les musulmans ».

« Les voix les plus extrêmes exploitent les craintes légitimes liées à la montée de l’antisémitisme et de l’islamophobie pour dresser les communautés juives et musulmanes les unes contre les autres. Notre sécurité est pourtant inextricablement liée à celle des autres, ainsi qu’à la force de notre démocratie multiconfessionnelle et multiraciale », a souligné Amy Spitalnick, présidente du JCPA, dans ce communiqué.

Mais alors que la communauté juive mondiale est encore sous le choc des répercussions de l’attentat survenu en Australie, le soutien dont bénéficie Fine parmi les juifs conservateurs pro-Israël, un appui qu’il cherche à cultiver, ne semble pas avoir été affecté de manière évidente.

La Coalition juive républicaine (RJC) reste en effet aux côtés de Fine, et l’AIPAC, le géant du lobbying pro-Israël, lui a apporté son soutien dans la course à la primaire pour sa réélection. Depuis ses premières remarques sur les musulmans, Fine a pris la parole lors d’une conférence organisée par le Jerusalem Post, a assisté à la fête de Hanoukka de la procureure générale Pam Bondi, et s’est exprimé lors du rassemblement de Hanoukka des jeunes conservateurs juifs (YJC). Certains de ses partisans ont fait savoir à la JTA qu’ils pensaient que ses commentaires sur les musulmans étaient pertinents.

Le représentant Randy Fine, républicain du comté de South Brevard, clôt une session extraordinaire consacrée à un projet de loi sur les jeux d’argent, le 19 mai 2021, à Tallahassee, en Floride. (Crédit : AP Photo/Steve Cannon)

« Ce ne sont certainement pas les mots que j’utiliserais pour décrire la situation », a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency (JTA) Matt Brodsky, stratège juif du Parti républicain qui a collaboré avec l’équipe diplomatique de Trump au Moyen-Orient durant le premier mandat du président, et qui a participé à des campagnes politiques pour des républicains musulmans.

Selon Brodsky, toutefois, « il pourrait très bien faire remarquer que les musulmans qui soutiennent les juifs ou Israël sont plutôt l’exception que la règle. Je ne sais d’ailleurs pas si je dirais autre chose. » Brodsky a de plus ajouté que, dans le contexte du chagrin causé par les attentats en Australie, il ne souhaitait pas « pinailler sur les propos d’un Juif ».

L’administration Trump semble pour sa part partager l’avis de Fine quant à une restriction de l’accès au pays pour les musulmans. Le 16 décembre, le gouvernement fédéral a ainsi ajouté à sa liste des interdictions d’entrée sur le sol américain l’Autorité palestinienne, ainsi que de nouveaux pays à majorité musulmane, parmi lesquels la Syrie.

Le sénateur républicain de l’Alabama, Tommy Tuberville, a lui aussi récemment appelé à une interdiction des musulmans. Des remarques qui lui ont valu les condamnations de Chuck Schumer, le leader juif démocrate de la minorité au Sénat. (Le 14 décembre, Vickie Paladino, membre républicaine du Conseil municipal de New York, a tenu des propos similaires, affirmant que l’expulsion des musulmans contribuerait à la lutte contre l’antisémitisme, exposant son point de vue dans le Queens Jewish Link.)

Fine, interrogé à ce sujet, a renvoyé à ses déclarations sur les réseaux sociaux – tout en semblant assouplir sa position.

« Tous les musulmans ne sont pas des terroristes. Tous ne soutiennent pas non plus le terrorisme », a écrit Fine à la JTA, ajoutant être « reconnaissant » envers « les musulmans comme » Ahmed el-Ahmed, le passant blessé en Australie alors qu’il s’efforçait de désarmer l’un des tireurs, et dont l’héroïsme a été salué dans le monde entier.

Ceux-là, a indiqué Fine, « veulent tout simplement vivre en paix [et] dans la prospérité, avec nous tous ».

Le président de la Chambre des représentants Mike Johnson, à gauche, fait prêter serment au représentant Randy Fine, à droite, sous le regard de Wendy Fine, l’épouse du nouveau membre du Congrès, au Capitole américain, le 2 avril 2025. (Crédit : Bureau du président Mike Johnson/Wikipedia via JTA)

Élu en avril lors d’une élection spéciale, dans une circonscription très conservatrice ne comptant que peu de Juifs et dans laquelle il n’avait toujours pas emménagé plusieurs mois après sa victoire, Fine a fait de son identité juive un élément incontournable de sa politique. Il porte une kippa à la Chambre des représentants, est un fervent partisan d’Israël, et a fustigé les membres de son propre parti qui, d’après lui, ont franchi la ligne rouge de l’antisémitisme. Sur les réseaux sociaux, où il a adopté le pseudonyme de « Hebrew Hammer », il exhibe les nouvelles kippas « MAGA » qu’il a ajoutées à sa collection.

Les opinions de Fine sur les musulmans et les Palestiniens, que certains membres de son propre parti considèrent comme extrêmes, font partie intégrante du personnage. Alors que la droite dans son ensemble fait face à un problème plus général d’influence antisémite et d’érosion d’un consensus autrefois assuré en faveur d’Israël, les propos belliqueux de Fine lui ont valu des ennemis dans son propre camp, et ce, même s’il affirme, ainsi que nombre d’autres conservateurs, suivre les traces de Charlie Kirk, le fondateur assassiné de Turning Point USA.

Le candidat républicain Randy Fine, à droite, rencontre ses partisans après avoir remporté l’élection spéciale pour le 6e district de la Chambre des représentants des États-Unis, le 1er avril 2025, à Ormond Beach, en Floride. (Crédit : AP Photo/Phelan M. Ebenhack)

En juillet, Fine a qualifié les informations faisant état du refus d’Israël d’envoyer de l’aide humanitaire à Gaza de « mensonges », déclarant : « Libérez les otages. Et tant qu’ils ne les auront pas relâchés, affamez-les. » L’American Jewish Committee (AJC) et d’autres groupes ont alors condamné ses propos. Sans se laisser intimider, au cours des derniers mois de la guerre entre Israël et Gaza, Fine a cité à plusieurs reprises l’expression « affamez-les », ainsi que des variantes telles que le hashtag #KeepOnStarving, alors que ses propos suscitaient une vive réaction au sein de la droite.

« Qu’un élu juif américain appelle à continuer d’affamer des innocents et des enfants est proprement honteux », a tweeté la représentante de Géorgie Marjorie Taylor Greene, républicaine d’extrême droite et récente détractrice de Trump qui quittera la Chambre en janvier, après les propos tenus par Fine en juillet au sujet de Gaza.

Lauren Witzke, militante QAnon et ancienne candidate républicaine au Sénat dans le Delaware ayant récemment participé au rassemblement AmericaFest organisé par Turning Point USA, a, à plusieurs reprises, proféré des insultes personnelles à l’encontre de Fine. Elle a promis de « collecter elle-même des fonds pour le candidat qui affrontera lors des primaires ce monstre génocidaire qui prend son pied en regardant des bébés et des enfants en bas âge se faire exploser en morceaux ». (Aaron Baker, un adversaire qui s’est également présenté contre Fine en avril, a accepté l’offre de Witzke, alors même qu’il a fait de son propre soutien à Israël un élément de son programme électoral).

Tucker Carlson, fer de lance des théories antisémites du complot à droite, critique émergent d’Israël et soutien émergent du Qatar, a également fustigé Fine pour avoir appelé, en mai, à « atomiser » Gaza. Lors de son discours à l’AmericaFest, le récent rassemblement organisé par le groupe de droite Turning Point USA, où l’antisémitisme était un sujet brûlant, Carlson s’en est pris, de manière plus générale, aux républicains qui, selon lui, « attaquent des millions d’Américains parce qu’ils sont musulmans. C’est dégoûtant. Et je suis chrétien. »

Fine, lorsqu’il a tenu ses propos invitant à « les affamer », ne bénéficiait pas encore du soutien de l’AIPAC pour sa réélection. L’un de ses adversaires non juifs aux primaires, Charles Gambaro, membre du conseil municipal de Palm Coast, a sévèrement critiqué les mots de Fine sur Gaza, annonçant qu’il chercherait lui aussi à obtenir l’appui de l’AIPAC.

Randy Fine, en tant qu’élu de l’État de Floride, s’adresse au Republican Women’s Club au sujet des relations entre les États-Unis et Israël à Jacksonville, en Floride, le 13 août 2024. Fin novembre, Fine a annoncé sa candidature à la Chambre des représentants des États-Unis. (Autorisation : Randy Fine via JTA)

L’AIPAC, depuis lors, a apporté son soutien à Fine.

« La communauté pro-Israël soutient le représentant Fine, qui œuvre à renforcer le partenariat unissant les États-Unis et Israël », a fait savoir un porte-parole de l’AIPAC à la JTA au début du mois.

Une autre institution juive continue également de soutenir Fine : la Coalition juive républicaine (RJC).

Suite aux propos de Fine lorsqu’il recommandait de « commencer par les détruire », le Jewish Democratic Council of America (JDCA) a estimé que le représentant « tenait ouvertement des discours de haine ». La RJC, sur son compte X, a en retour critiqué son homologue démocrate pour avoir condamné Fine.

« Vous n’êtes que des clowns », a écrit le RJC dans un tweet adressé au JDCA.

Et de poursuivre : « Commencez peut-être par demander des comptes à Hakeem Jeffries, lui qui a fait campagne avec et soutenu Zohran Mamdani, le maire antisémite élu de New York. »

Le vaste écosystème numérique des fervents partisans d’Israël a également et régulièrement pris la défense de Fine. « Le membre du Congrès Randy Fine dit la vérité au pouvoir, et c’est très important », a ainsi tweeté le 17 décembre le Betar USA, un groupe pro-Israël qui a également réclamé « du sang à Gaza » et dont les membres ont manifesté devant des mosquées, un jour après que Fine a tweeté : « Soit nous nous réveillons, soit les musulmans traditionnels prendront définitivement le contrôle de l’Occident. »

« À une époque où trop de politiques restent silencieux ou se retranchent derrière des discours lâches, Randy Fine prend sans complexe la défense de l’Amérique, d’Israël et de la clarté morale », peut-on lire ensuite dans le message du Betar. « Il prononce les mots que les autres craignent de prononcer, et il ne recule pas. »

Donald Trump et Randy Fine posent ensemble en 2024. (Crédit : Randy Fine)

Gabe Groisman, podcasteur juif et ancien maire de Bal Harbour, en Floride, a également présenté Fine dans son podcast, en lui déclarant son soutien.

Mais tous les conservateurs juifs n’approuvent pas les propos virulents de Fine.

« D’un côté, je suis plutôt heureux que quelqu’un exprime un point de vue plus ferme en faveur des Juifs et d’Israël », a indiqué à la JTA un Juif professionnel secteur caritatif et candidat aux élections sous la bannière républicaine, après les propos tenus cet été par Fine au sujet de la nécessité de « les affamer ». « Mais d’un autre côté, j’aurais préféré qu’il s’agisse de quelqu’un d’autre que Randy Fine. »

S’il ne remet pas en question la sincérité pro-Israël de Fine, cet ancien candidat — qui a demandé à conserver l’anonymat, invoquant son implication continue dans des organisations juives — a toutefois estimé que le politicien n’était pas à la hauteur de la situation.

« Ceux d’entre nous qui sont ouvertement sionistes, et tout particulièrement ceux qui briguent des fonctions publiques en faisant de leur sionisme une base incontournable, ont selon moi l’obligation de réfléchir à la manière dont ils se présentent », a expliqué le républicain, comparant défavorablement les débordements de Fine à ceux des ministres israéliens d’extrême droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich. « Ils tiennent des propos qui sont ensuite utilisés contre Israël dans la presse internationale. »

Pour Brodsky, néanmoins, Fine est un porte-parole nécessaire, à une époque où les critiques les plus virulents d’Israël, comme Omar, bénéficient, dit-il, d’une immunité pour leurs propos extrêmes.

Le sénateur de Floride Randy Fine, à droite, s’adresse à des étudiants lors de la conférence de la Coalition juive républicaine au Venetian Resort, le 1er novembre 2025, à Las Vegas. (Crédit : AP Photo/Thomas Beaumont)

« Personnellement, je n’aime pas me lancer dans des jeux qui consistent à coller un micro sous le nez de républicains et exclusivement de républicains afin d’étayer tout ce qu’ils disent. Mais nous ne faisons pas cela pour Ilhan Omar », a-t-il ajouté. Brodsky avait travaillé sur la campagne 2024 d’une candidate républicaine musulmane qui se présentait face à Omar jusqu’à ce qu’il soit licencié pour avoir posté des tweets disant qu’Israël devrait « bombarder intensivement » une zone du Liban dans laquelle étaient stationnés des soldats de maintien de la paix irlandais.

Fine continue d’assumer son rôle de méchant. Quand Omar, au début du mois, a demandé son expulsion en raison de ses propos appelant à « commencer par les détruire », il s’est contenté de lui répondre : « Allez-y ».

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