Les scientifiques étudient l’impact de l’eau dessalée dans le lac de Tibériade – une première
Selon le chef du laboratoire, les quantités restent faibles et l'effet sera mesuré en amont ; « À ce stade, rien nous permet de dire qu'il faudrait arrêter »
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Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Les scientifiques ont commencé à mesurer l’impact écologique de l’eau dessalée acheminée dans le lac de Tibériade, dans le cadre d’un projet unique qui a vocation à enrayer le déclin du lac.
Ce qui est sans doute le premier cas au monde d’adduction d’eau de mer traitée dans un lac d’eau douce permet de déverser 1 000 mètres cubes d’eau dessalée par heure dans ce qui est à la fois le plus grand lac d’eau douce d’Israël et la principale source d’eau potable d’urgence du pays.
La manœuvre devrait permettre de relever le niveau du lac de 0,5 centimètre par mois.
Selon les tests effectués avant le démarrage du projet, l’eau de mer sans sel ne devrait pas avoir d’effets particulièrement négatifs sur les écosystèmes du lac.
Toutefois, c’est maintenant que les scientifiques du laboratoire limnologique du Kinneret vont vraiment commencer à analyser et évaluer en temps réel l’impact chimique et biologique de cette eau.
Le directeur du laboratoire, Yaron Beeri Shelvin, explique que les chercheurs vont étudier l’effet du chlore qui est ajouté à l’eau du système national des eaux.
Leur principale cible n’en sera pas moins les matériaux chimiques et biologiques que l’eau capte après avoir émergé des conduites dans la source Ein Ravid, à quatre kilomètres environ au nord-ouest du lac, et qui se jette dans la rivière saisonnière Tsalmon par un delta.
« Nous regardons de près ce que l’eau emporte du lit de cette rivière asséchée dans son parcours vers le lac de Tibériade », explique Beeri Shelvin.
Les chercheurs vont surtout surveiller la présence et les quantités d’éléments tels que l’azote et le phosphore, mais aussi les traces de micro-nutriments tels que le silice, le fer ou encore les sulfates, ou les bactéries fécales escherichia coli provenant des excréments du bétail ou des fuites d’eaux usées.
Un excès d’azote et de phosphore peut en effet entraîner la prolifération d’algues, ce qui prive la vie aquatique de lumière et nuit aux poissons. Dans la mesure où les algues constituent la base de la chaîne alimentaire du lac, les scientifiques vont les analyser pour détecter les changements potentiellement liés à la présence d’eau dessalée.
Des échantillons seront prélevés en plusieurs endroits de la rivière et en trois points du delta du lac, poursuit Beeri Shelvi.
« Nous aurons besoin de plusieurs mois de données, au minimum, avant de pouvoir commencer à tracer des tendances », ajoute-t-il en soulignant que la surveillance continuera pendant au moins un an.
« S’il y a des effets, ils seront minimes car les quantités d’eau introduites dans le lac sont très faibles, et nous n’avons rien vu jusqu’à présent qui nous fait dire d »arrêter’, » résume-t-il.
« Le lac contient quatre milliards de mètres cubes d’eau. Il faut nettement plus d’eau et nettement plus de contaminants pour occasionner des dégâts. Si quelque chose est alarmant, nous le verrons dans le delta, à l’endroit où le ruisseau rejoint le lac. »
Ce projet est né de plusieurs années de sécheresse désastreuses, entre 2013 et 2018, qui ont vu le lac se rapprocher de son niveau le plus bas de toute son histoire.
L’hiver dernier, il est tombé en Israël moitié moins de précipitations que la moyenne annuelle de ces dernières années et nombre d’endroits, dans et autour du lac de Tibériade, n’ont reçu que 40 % – parfois moins – de ces précipitations moyennes, explique le Service météorologique israélien.
Ce qui constitue un changement radical par rapport aux précédentes années, caractérisées par des précipitations largement suffisantes pour remplir le lac à des niveaux inédits.
Cette dernière année, les signes de la baisse du niveau de l’eau du lac ont été claires le long de ses plages, de plus en plus vastes, laissant apparaitre des rochers et des sols normalement submergés.
Le lac de Tibériade se trouve dans la vallée du rift syro-africain, sous le niveau de la mer. Lundi, le niveau du lac était de 213,435 mètres sous le niveau de la mer, soit légèrement plus que la cote d’alerte inférieure fixée à moins 213 mètres, point en-deçà duquel le pompage risque d’endommager les écosystèmes.
la Communauté du Times of Israël !







