Les USA et l’Iran négocieraient un « cessez-le-feu politique » informel et limité
Selon le New York Times, un accord verbal serait sur le point d'être conclu entre les parties pour freiner l'enrichissement d'uranium en l'échange d'un dégel des avoirs iraniens
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Les États-Unis et l’Iran tenteraient de parvenir à un accord informel et limité, ayant principalement pour objectif d’entériner le statu quo actuel et d’empêcher une dégradation de la situation, et qualifié par les autorités iraniennes de « cessez-le-feu politique », a rapporté mercredi soir le New York Times.
Selon cette information – qui évoque le témoignage, sous couvert d’anonymat, de trois hauts responsables israéliens, un américain et plusieurs iraniens –, Téhéran s’engagerait à ne pas enrichir d’uranium au-delà des niveaux actuels – soit 60 % -, à davantage coopérer avec les inspecteurs spécialisés de l’ONU, à faire en sorte que les organisations terroristes qui agissent pour son compte ne s’en prennent aux entreprises américaines en Irak et en Syrie, à ne pas fournir de missiles balistiques à la Russie et à libérer trois Américains et Iraniens détenus en République islamique.
En retour, Washington promettrait de ne pas renforcer les sanctions économiques actuellement applicables, à dégeler des milliards d’avoirs iraniens détenus à l’étranger sous réserve que l’argent ne serve qu’à des fins humanitaires et à ne pas soutenir de résolutions punitives contre la République islamique dans les enceintes de l’ONU ou de l’AIEA.
Deux responsables israéliens auraient déclaré que l’accord serait « imminent ».
Selon la même information, les récents démentis des autorités américaines sur la conclusion prochaine d’un accord relèveraient d’une question de sémantique, puisqu’il s’agirait d’un accord informel, et non écrit, que le Congrès américain n’aurait pas à autoriser.
Les détails donnés semblent correspondre aux informations données par le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux députés, cette semaine, disant qu’Israël serait en mesure de « faire avec » ce genre d’accord .
Selon diverses sources d’informations publiées, mardi, par les médias israéliens, évoquant les témoignages de plusieurs députés ayant participé à une réunion à huis clos d’une durée de trois heures de la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset, Netanyahu aurait minimisé l’importance de ces négociations américano-iraniennes, présentées comme un « mini-accord, et non un véritable accord ».
« Ce n’est pas l’accord que nous connaissons », aurait déclaré le Premier ministre, évoquant l’accord nucléaire de 2015 auquel Jérusalem s’oppose fermement, et que Washington a quitté en 2018.
Netanyahu aurait précisé que les accords engageraient l’Iran à ne pas enrichir l’uranium à plus de 60 % en l’échange du dégel par les États-Unis de dizaines de milliards de dollars de fonds iraniens détenus à l’étranger et d’un accord d’échange de prisonniers.
Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’Iran disposerait de 114,1 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %, niveau pour lequel les experts en non-prolifération assurent que Téhéran n’a pas de débouchés civils.
Selon certaines sources, Netanyahu aurait indiqué qu’Israël s’opposerait à ces accords, par lesquels il ne sentirait pas lié, mais selon d’autres, les députés auraient compris qu’Israël pourrait « faire avec ».
L’information donnée par le New York Times dit qu’Ali Vaez, directeur de l’International Crisis Group en Iran, aurait déclaré que « rien de tout cela ne vise à parvenir à un accord révolutionnaire » et que les négociations visent plutôt à mettre « un couvercle sur les activités clairement en violation avec des lignes rouges ou de nature à mettre l’une ou l’autre des parties en position de riposter d’une manière susceptible de briser le statu quo ».
Vaez aurait toutefois ajouté que l’accord serait de nature à faciliter les pourparlers en vue d’un accord plus ambitieux à l’avenir : « L’objectif est d’apaiser les tensions, de se donner du temps et de l’espace pour discuter des futures avancées diplomatiques et de l’accord nucléaire. »
L’information donnée par le New York Times évoque également le témoignage de Dennis Ross, ex éminence grise responsable de la politique au Moyen-Orient sous plusieurs administrations américaines. Il aurait en effet déclaré, à l’occasion d’une visite en Israël, que l’administration Biden voulait faire en sorte que la situation iranienne soit sous contrôle de manière à pouvoir se concentrer sur la Russie et l’Ukraine.
« Les États-Unis semblent indiquer clairement à l’Iran que le dépassement du seuil des 90% se paierait très cher », avait déclaré Ross, venu s’entretenir en Israël avec des responsables au fait des négociations américano-iraniennes.
« Avoir une guerre au Moyen-Orient, dont on sait comment elle commence mais pas comment elle se termine, c’est bien la dernière chose qu’ils souhaitent. »
Ross avait ajouté qu’un mécanisme d’évitement de la crise ne serait utile qu’à court terme, car Téhéran pourrait en profiter pour « gagner du temps » et continuer à travailler sur ses sites nucléaires souterrains afin de les rendre indestructibles aux frappes américaines.
Un responsable américain a confirmé lundi soir que Washington était en contact avec l’Iran au sujet des pourparlers nucléaires, mais a nié que des discussions sur un accord intérimaire aient eu lieu.
Ces propos, rapportés par Reuters, ont fait suite à ce qui a été interprété comme une reconnaissance par l’Iran des pourparlers en cours, le ministère des Affaires étrangères du pays ayant remercié les autorités d’Oman pour leur médiation.
Le responsable américain, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a ajouté que Washington avait fait savoir à l’Iran quelles actions de sa part pourraient susciter des actes de belligérance ou, inversement, faciliter les négociations.
« Il n’y a pas de discussions sur un accord intérimaire », a déclaré le responsable américain.
« Nous leur avons clairement indiqué les mesures à éviter pour prévenir une crise et les mesures d’apaisement à privilégier pour faire advenir un contexte plus positif. »
Le responsable américain a refusé de donner le détail de ces mesures mais a indiqué que Washington souhaitait une meilleure coopération entre Téhéran et l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Dimanche, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a exprimé son soutien à un accord sur le programme nucléaire avec l’Occident, ajoutant que « l’infrastructure existante de l’industrie nucléaire ne devrait pas être touchée ».
Il a affirmé que la communauté internationale ne pourrait pas empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire s’il le souhaitait, tout en promouvant la coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique de l’ONU et en mettant en garde contre le risque de se laisser « intimider » sur la base d’« accusations infondées ».
Lundi, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Nasser Kanaani, a déclaré que Téhéran n’était pas intéressé par un accord intérimaire avec Washington, mais envisageait une relance de l’accord nucléaire de 2015.
L’Iran assure que son programme nucléaire est destiné à un usage civil et qu’il ne cherche pas à se doter de l’arme nucléaire.
Israël n’était pas partie à l’accord nucléaire initial entre l’Iran et les puissances mondiales, que Netanyahu combat avec pugnacité.
Les efforts de l’Europe et de l’administration Biden pour relancer l’accord et réintégrer Washington ont suscité de vives protestations de la part de Jérusalem.
Israël estime que les efforts diplomatiques ne dissuaderont pas l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire, et préconise l’emploi de la menace militaire.
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