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Usines de dessalement à l’arrêt : la turbidité de l’eau alerte les agriculteurs

Cinq usines sur six sont de nouveau fermées. Les autorités limitent l'usage de l'eau et les agriculteurs s'inquiètent pour les récoltes et le bétail

Des réservoirs d’eau potable d’urgence installés près de la Vieille Ville de Jérusalem alors que le pays connaît des perturbations dans l’approvisionnement en eau, le 1ᵉʳ septembre 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)
Des réservoirs d’eau potable d’urgence installés près de la Vieille Ville de Jérusalem alors que le pays connaît des perturbations dans l’approvisionnement en eau, le 1ᵉʳ septembre 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Après avoir fonctionné toute la nuit, la plupart des usines de dessalement sont à nouveau à l’arrêt en raison de l’augmentation de la turbidité de l’eau de mer, a annoncé l’Autorité de l’eau mardi matin.

Les autorités locales ont reçu pour consigne de limiter la consommation d’eau publique et de réduire l’irrigation dans l’agriculture, ainsi que dans les parcs et jardins publics.

L’approvisionnement des foyers se poursuivra, indique un communiqué, précisant que le centre d’opérations de l’Autorité de l’eau gérera les pénuries localisées.

Mais les agriculteurs israéliens ont tiré la sonnette d’alarme mardi. L’une d’entre elles a déclaré à la chaîne N12 que son eau avait été coupée pendant plus de 27 heures, ce qui met gravement en danger la santé de ses cultures et de son bétail.

Shai Swissa, propriétaire d’une ferme familiale dans la ville de Kadesh Barnea, dans le nord du Neguev, a expliqué au média que des centaines d’animaux de son exploitation n’avaient plus d’eau.

« Sans eau, nous devons transporter de l’eau dans des sacs pour les travailleurs sur le terrain », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’elle espérait que les usines de dessalement retrouveraient rapidement leur fonctionnement normal.

L’usine de désalinisation de Sorek, au sud de Tel Aviv, le 22 novembre 2018 (Crédit : Isaac Harari/Flash90)

La seule station encore en service, en milieu de journée lundi, était celle de Hadera, dans le centre d’Israël. Celles qui sont temporairement fermées se trouvent plus au sud : Soreq A et Soreq B, Palmachim, Ashkelon et Ashdod.

« Les personnels surveillent de près la qualité de l’eau et se tiennent prêts à tout scénario, et notamment à la remise en service dès que l’eau de mer redeviendra claire », lit-on dans le communiqué.

Cinq des six usines de dessalement ont été fermées samedi en raison de niveaux élevés de turbidité, vraisemblablement dus à des microalgues transportées vers la côte sud d’Israël par les vagues en provenance du delta du Nil, a déclaré lundi soir au Times of Israel Alon Zask, directeur général de l’Institut israélien de recherche océanographique et limnologique.

Ces microalgues ont été transportées vers le nord jusqu’aux côtes israéliennes par les vagues, a-t-il expliqué.

Zask a souligné que les algues ou la pollution provenant du sud ne devraient pas affecter l’usine de Hadera, dans le centre d’Israël, qui est restée opérationnelle, ni la nouvelle installation prévue en Galilée occidentale, dans le nord du pays.

« Là-bas, la circulation de l’eau est un peu différente », a-t-il précisé.

Les usines de dessalement fournissent jusqu’à 80 % de l’eau potable d’Israël et sont considérées comme un atout stratégique dans un Moyen-Orient sujet à la sécheresse et à la raréfaction des ressources en eau.

Des sources ont déclaré aux médias israéliens qu’il n’y avait aucune crainte quant à une éventuelle cyberattaque, malgré plusieurs incidents récents d’attaques contre des installations d’eau et des centrales électriques aux États-Unis et au Royaume-Uni, attribuées à l’Iran et à des piratages liés à l’Iran.

Vue du kibboutz Retamim, situé au cœur du désert du Neguev, dans le sud d’Israël, le 1er février 2026. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)

Cette mesure a entraîné des restrictions d’eau immédiates, en particulier dans la région du désert du Neguev.

Israël a besoin de près de 2,3 milliards de mètres cubes d’eau au cours de l’année hydrologique, qui commence en octobre, au débit de la saison des pluies.

Les six stations de dessalement d’Israël fournissent près de 800 millions de mètres cubes d’eau. Une septième station, située en Galilée occidentale, devrait entrer en service en 2027 et fournir 100 millions de mètres cubes supplémentaires.

Quelque 700 millions de mètres cubes supplémentaires proviennent d’eaux usées recyclées et d’eaux saumâtres, utilisées pour l’essentiel pour les besoins de l’agriculture, explique l’Autorité de l’eau, ce qui porte le total de l’eau « produite » à 1,5 milliard de mètres cubes. Le reste provient de sources d’eau douce, notamment d’aquifères souterrains ou de réservoirs situés dans le nord et le sud du pays, construits pour capter les eaux de crue.

Récemment, Israël a utilisé de l’eau dessalée pour réapprovisionner le lac de Tibériade.

L’organisation de défense de l’environnement Adam Teva VDin met en garde contre ce qu’elle estime être une « politique erronée et dangereuse » de l’État, consistant à s’appuyer presque exclusivement sur les usines de dessalement pour l’approvisionnement en eau potable d’Israël.

« Alors que l’État investit des milliards dans la défense physique et la sécurité cybernétique autour des installations de dessalement, il fait preuve d’une indifférence quasi totale face à des menaces critiques, telles que la pollution marine d’origine naturelle ou humaine, qui peut paralyser instantanément l’approvisionnement en eau, comme nous le constatons aujourd’hui », a déclaré l’ONG dans un communiqué.

Elle reproche à l’État de négliger sa plus importante réserve naturelle d’urgence, à savoir les nappes phréatiques.

« Les puits d’eau potable sont fermés les uns après les autres en raison de la pollution, sans qu’aucun effort d’assainissement ne soit entrepris, tandis que le projet de plan directeur de l’Autorité de l’eau pour la restauration des aquifères attend toujours l’approbation du gouvernement », a-t-elle déploré.

D’autres, tels que Gidon Bromberg, d’Ecopeace Israël, et le Pr. Nadav Davidovitch, médecin de santé publique et épidémiologiste, ont rappelé les avertissements qu’ils avaient fréquemment lancés par le passé concernant l’impact que le rejet en mer des eaux usées de Gaza pourrait avoir sur les usines de dessalement, dont les membranes filtrantes sont sensibles.

Dans un communiqué, Ecopeace a déclaré : « Malgré la complexité de la situation, une coopération totale est nécessaire de la part du gouvernement israélien, du Conseil de Paix [soutenu par les États-Unis] et des autorités palestiniennes chargées de l’eau pour réparer d’urgence les stations d’épuration de Gaza, afin de protéger, entre autres, la sécurité hydrique d’Israël lui-même. »

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