Municipales au Royaume-Uni : percée des Verts anti-Israël ; l’extrême droite grande gagnante
Le parti de Zack Polanski, secoué par des scandales d’antisémitisme, remporte la mairie d'Hackney, qui abrite de nombreux Juifs ultra-orthodoxes
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LONDRES — Le Parti d’extrême droite Reform UK – fermement anti-immigrés – a été le grand gagnant des élections locales britanniques, qui se sont tenues jeudi et dont le dépouillement s’est poursuivi vendredi et samedi. Soulignant un glissement dans la politique britannique qui semble s’écarter d’un système jusque-là largement bipartite, la chaîne britannique Sky News a estimé que Reform serait la première formation représentée au Parlement britannique si des élections générales devaient avoir lieu aujourd’hui.
Le Labour du Premier ministre Keir Starmer a essuyé une défaite cuisante – mais ce dernier a annoncé qu’il ne démissionnerait pas. « La bonne leçon à tirer est d’écouter les électeurs » – mais cela « ne signifie pas virer à droite ou à gauche », a commenté Starmer dans la journée de samedi.
L’extrême gauche a également remporté un succès considérable : les Verts, une faction anti-israélienne, a ravi la mairie jusqu’alors à la main du parti Travailliste dans deux arrondissements londoniens. Ils ont pris le contrôle de quatre conseils municipaux et ils ont remporté des centaines de sièges dans les centres urbains, notamment à Londres, Manchester, Sheffield et Newcastle, ainsi que dans des villes universitaires comme Cambridge.
Les Verts ont été plongés dans des scandales d’antisémitisme pendant la campagne, à un moment de l’Histoire où les Juifs du Royaume-Uni sont de plus en plus menacés. Le leader juif de la formation politique, Zack Polanski, a fait de la politique anti-israélienne et pro-palestinienne un pilier central de son programme.
Le parti Reform UK de Nigel Farage a progressé en Angleterre, en Écosse et au Pays de Galles — même si ce sont les partis écossais et gallois qui ont remporté la plus grande part des sièges lors de ces élections. Avec la quasi-totalité des votes qui sont dorénavant dépouillés, les résultats se sont avérés désastreux pour le Labour, en particulier au Pays de Galles, où il a perdu le contrôle du gouvernement décentralisé pour la première fois depuis la création du parlement de Cardiff, il y a 27 ans.
Le parti nationaliste Plaid Cymru – qui cherche à obtenir, à long-terme, l’indépendance du Pays de Galles – est désormais le premier parti. Il est suivi de Reform UK en deuxième position et du Labour à la troisième place. En Écosse, le Parti national reste en haut du podium mais il n’est pas parvenu à obtenir la majorité — remportant six sièges de moins qu’en 2021.
En Angleterre, Reform UK a remporté près de 1 500 des 5 000 sièges disponibles. Les Verts ont également obtenu des résultats sans précédent, glanant 500 sièges environ.
Le Labour a perdu presque 1 400 sièges au sein des conseils et il a été dans l’obligation de céder le contrôle de plusieurs collectivités locales — même si les résultats n’ont pas été aussi mauvais que prévu à Londres.
Les élections locales et régionales ont été largement considérées comme un référendum informel sur Starmer, dont la popularité a chuté depuis qu’il a mené le parti Travailliste de centre-gauche au pouvoir en écartant les Conservateurs, il y a moins de deux ans.
Starmer a déclaré qu’il assumait la responsabilité de ces résultats « très difficiles », qui ont vu son parti perdre plus de la moitié des sièges qu’il défendait. Il a toutefois affirmé qu’il ne démissionnerait pas.
« Les électeurs ont transmis un message sur le rythme du changement, sur la manière dont ils souhaitent que leur vie s’améliore », a-t-il indiqué. « J’ai été élu pour relever ces défis, et je ne vais pas les fuir et plonger le pays dans le chaos ».
L’ascension des Verts
Les Verts ont remporté leur première mairie par élection directe à Hackney, un quartier de l’est de Londres qui est traditionnellement favorable au Labour, où la conseillère Zoë Garbett occupera le poste. Liam Shrivastava, qui appartient à la même faction, a gagné la course à la mairie de Lewisham, au sud-est de Londres.
Le décompte final a montré que les Verts ont pris le contrôle total du conseil municipal de Hackney, qui est responsable du quartier de Stamford Hill, où vivent des dizaines de milliers de juifs ultra-orthodoxes. Les écologistes ont également pris le contrôle du conseil municipal de Waltham Forest à Londres, ainsi que de Hastings, sur la côte sud de l’Angleterre et de Norwich, à l’est.
S’exprimant devant le centre de dépouillement de Hackney, Polanski a salué cette « victoire historique », affirmant que « la politique bipartite n’est plus en train de mourir ; elle est morte et enterrée ».
« Mon message à Keir Starmer, c’est qu’il doit partir. Mais je ne pense pas que ce soit mon message uniquement ; je pense que c’est le message qui est transmis par le pays », a-t-il ajouté. « Cela fait longtemps que nous constatons que sa popularité est en baisse et qu’il a perdu la confiance du pays ».
Les médias britanniques ont signalé que la question de la guerre à Gaza figurait en tête des préoccupations des électeurs de Hackney. Garbett avait expliqué, la semaine dernière, que les électeurs de Hackney, où le Labour était le premier parti au conseil municipal depuis les années 1970, étaient mécontents de ce dernier pour diverses raisons, qui allaient des problèmes de logement à son positionnement sur la guerre à Gaza.
Garbett, qui occupera désormais le poste de maire de Hackney, aurait, selon certaines sources, bloqué une lettre qui félicitait la police métropolitaine de Londres pour sa réponse apportée à l’attaque terroriste antisémite survenue à Golders Green, le mois dernier.
Polanski lui-même a critiqué la police pour son recours à la force lors de l’arrestation d’Essa Suleiman, le suspect qui a été mis en examen pour les agressions au couteau de Golders Green. Ses propos ont entraîné une réaction cinglante et immédiate de la part du chef de la police Mark Rowley.
Laura-Louise Farley, conseillère municipale nouvellement élue sous l’étiquette du parti écologiste à Hackney Downs, a demandé que l’armée israélienne soit désignée comme organisation terroriste, a rapporté le Jewish Chronicle.
À Stoke Newington, dans le quartier de Hackney, Ifhat Shaheen, qui avait écrit, le jour du pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, un message qui affirmait que les Palestiniens tentaient de « se défendre », a été élue conseillère municipale.
Shaheen avait également relayé des affirmations qui laissaient entendre qu’aucune femme n’avait été violée lors du massacre, malgré les conclusions de l’ONU qui avaient fait état de multiples cas de violences sexuelles, et elle avait suggéré, dans un message qui avait été posté sur les réseaux sociaux, qu’Israël prélevait des organes sur des Arabes pour tenter de modifier l’ADN des « sionistes afin de pouvoir revendiquer des terres ».
The voters of Stoke Newington should perhaps know more about Shaheen before they make up their minds.
✍️ Andrew Gilligan https://t.co/87oEtp1e4R
— The Spectator (@spectator) April 12, 2026
À Sheffield, dans le nord de l’Angleterre, un conseiller municipal élu des Verts, Mustafa Ahmed, a brandi un drapeau palestinien lorsque les résultats ont été annoncés et il a scandé : « Libérez la Palestine ».
The count in Sheffield has been briefly held up as victorious Green Party candidate in Burngreave, Mustafa Ahmed raised the Palestine flag after his vote number was announced and began chanting "free Palestine", my colleague @rose_mason. pic.twitter.com/F28lYpuvr5
— Ralph Blackburn (@RalphBlackburn) May 8, 2026
Farage salue ce revirement
Reform UK – un parti qui est dirigé par Nigel Farage, politicien nationaliste chevronné – a remporté des centaines de sièges dans les conseils locaux de zones populaires du nord de l’Angleterre, comme Sunderland, qui étaient depuis des décennies des bastions du parti Travailliste, et il a également progressé face aux conservateurs dans certaines régions, comme dans le comté d’Essex, à l’est de Londres. Reform UK, qui a fait campagne sur un message anti-establishment et anti-immigration, a obtenu de particulièrement bons résultats dans les secteurs qui avaient soutenu la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne lors du vote historique sur le Brexit en 2016.
Dans de nombreuses zones à population juive, Reform UK n’a pas obtenu les résultats escomptés, le soutien au parti Conservateur étant fort à Golders Green et Hendon. À Barnet – c’est la plus grande circonscription juive du Royaume-Uni- aucune formation n’a gagné la majorité absolue, le Labour et les Conservateurs obtenant chacun 31 sièges, et les Verts un siège.
Farage a indiqué que les résultats qui sont tombés en Angleterre, comme en Écosse et au Pays de Galles – où un scrutin devant désigner des candidats au sein de leurs parlements semi-autonomes – marquaient un « changement historique dans la politique britannique ».
Farage, 61 ans, et son parti populiste sont depuis longtemps accusés de flirter avec le racisme, ce que tous les deux ont nié. D’anciens camarades de classe ont fait savoir que Farage avait fait le salut nazi, qu’il avait plaisanté sur les chambres à gaz et qu’il avait déclaré « Hitler avait raison », entre autres manifestations de soutien au nazisme.
Le parti Travailliste a également perdu du terrain au profit des écologistes et le parti Conservateur a lui aussi reculé, tandis que les Libéraux-démocrates, centristes, ont enregistré quelques gains.
Quelques députés Travaillistes ont exhorté Starmer à démissionner – mais les ministres du gouvernement ont mis en garde le parti contre un renversement du Premier ministre, tout en reconnaissant que ces résultats constituaient un signal d’alarme.
Les résultats reflètent la fragmentation de la politique britannique
Tony Travers, qui est professeur de sciences politiques à la London School of Economics, a estimé que ces élections montraient que les partis traditionnels peinaient « à répondre aux populistes de gauche et de droite qui semblent proposer des solutions simples et indolores à des problèmes politiques et économiques insolubles ».
Les résultats reflètent une fragmentation de la politique britannique après des décennies de domination du parti Travailliste et des Conservateurs, et ils compliquent toute prévision concernant l’issue des prochaines élections nationales du pays.
John Curtice, professeur de sciences politiques à l’université de Strathclyde, a noté que la Grande-Bretagne entrait dans une nouvelle ère politique.
« Même Reform UK n’atteint probablement pas tout à fait les 30 % des voix, ce qui souligne la fragmentation de la politique britannique », a-t-il commenté auprès de la BBC.
L’Écosse et le Pays de Galles suivent leur propre voie
En Écosse et au Pays de Galles, les partis nationalistes sont arrivés en tête des élections aux parlements d’Édimbourg et de Cardiff, qui disposent d’une large gamme de compétences, notamment en matière de santé et de fiscalité.
En Écosse, le Parti national écossais, qui est au pouvoir depuis 2007 et qui avait fait campagne en promettant d’organiser un nouveau référendum sur la sortie de l’Écosse du Royaume-Uni, a été le vainqueur du scrutin. Toutefois, dans la mesure où il a échoué à obtenir la majorité, les analystes ont laissé entendre qu’il était peu probable qu’il pousse à l’organisation d’un référendum au cours de la prochaine législature de cinq ans.
Alors qu’il ne reste dorénavant que quelques sièges à attribuer, le parti Travailliste est en lice avec Reform UK pour la deuxième place.
Au Pays de Galles, le Plaid Cymru a réalisé une percée historique, mettant un terme à 27 années consécutives au pouvoir du parti Travailliste depuis la création de l’assemblée législative. Le parti, qui cherche à obtenir l’indépendance du Pays de Galles – mais qui n’a pas l’intention de mettre en œuvre ce projet à court-terme – n’a pas obtenu la majorité mais il formera probablement le nouveau gouvernement.
L’énorme revers essuyé par le Labour au Pays de Galles, où sa dirigeante a perdu son siège et où le parti est tombé à la troisième place derrière Reform UK, est peut-être la débâcle la plus frappante pour la formation – et celle qui lui fera le plus mal.
« Le parti Travailliste gallois a subi aujourd’hui un résultat catastrophique », a commenté la Première ministre galloise sortante, Eluned Morgan. « Cela met fin à un siècle de victoires du parti Travailliste au Pays de Galles et le Labour va devoir se livrer à une remise en question très sérieuse ».
L’avenir de Starmer est menacé
La popularité de Starmer a chuté après des faux pas répétés et des revirements politiques – comme cela a été le cas de la réforme de l’aide sociale. Son gouvernement a peiné à tenir ses promesses de croissance économique, à remettre sur pied des services publics en lambeaux et à alléger le coût de la vie — des tâches rendues plus difficiles encore par la guerre lancée par les États-Unis et Israël à l’encontre de l’Iran, une guerre qui a bloqué les livraisons de pétrole via le détroit d’Ormuz.
Le Premier ministre a été encore plus affaibli par sa décision désastreuse de nommer Peter Mandelson, un ami du pédocriminel Jeffrey Epstein, au poste d’ambassadeur britannique à Washington.
Les résultats des élections pourraient déclencher une contestation de la part de rivaux de premier plan – comme pourraient l’être le ministre de la Santé Wes Streeting, l’ancienne vice-Première ministre Angela Rayner ou le maire du Grand Manchester Andy Burnham. Par ailleurs, Starmer pourrait subir des pressions de la part du parti, le sommant de fixer un calendrier pour son départ.
« Je ne pense pas que Keir Starmer devrait survivre à ces résultats », a dit Jonathan Brash, député du Labour, qui représente Hartlepool au Parlement. « Nous devons être plus audacieux, et nous devons aller plus loin. Et très franchement, nous avons besoin d’une nouvelle direction pour y parvenir ».
Même si Starmer survit pour l’instant, nombreux sont ceux au sein du parti qui doutent qu’il sera en mesure de mener sa formation aux prochaines élections nationales, qui doivent avoir lieu d’ici 2029.
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