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Une équipe israélienne prépare la première greffe de moelle épinière

Avec l’aval du ministère de la Santé, l’Université de Tel-Aviv s’apprête à réaliser une chirurgie inédite en implantant une moelle épinière conçue à partir de cellules humaines

Le professeur Tal Dvir, directeur du Sagol Center for Regenerative Biotechnology, du Centre de nanotechnologie de l’Université de Tel-Aviv, et directeur scientifique de la société de biotechnologie Matricelf. (Crédit : Université de Tel-Aviv)
Le professeur Tal Dvir, directeur du Sagol Center for Regenerative Biotechnology, du Centre de nanotechnologie de l’Université de Tel-Aviv, et directeur scientifique de la société de biotechnologie Matricelf. (Crédit : Université de Tel-Aviv)

La toute première greffe de moelle épinière sur un patient paralysé sera réalisée en Israël dans les toutes prochaines semaines.

Le professeur Tal Dvir, qui dirige le Sagol Center for Regenerative Biotechnology et le Centre de nanotechnologie de l’Université de Tel-Aviv, a annoncé que son équipe de chercheurs avait conçu une moelle épinière capable de fonctionner comme une moelle naturelle, par implantation d’un tissu conçu en 3D au niveau de la zone lésée.

Ce nouveau tissu va fusionner avec les zones saines situées au-dessus et en-dessous de la lésion, ce qui devrait mettre fin à la paralysie.

Le ministère de la Santé a donné son feu vert, il y a de cela six mois, pour des essais à usage compassionnel sur huit patients. L’équipe est actuellement en train de sélectionner celui qui figurera en haut de la liste.

« La technologie a été développée ici, en Israël, et dès le départ nous avons su que la première opération serait réalisée en Israël, sur un patient israélien », a déclaré Dvir.

« C’est sans aucun doute une question de fierté nationale. »

Illustration 3D conceptuelle de la moelle épinière (Crédit : iStock/Getty Images)

100 % des souris récemment paralysées ont pu remarcher

Cette prochaine intervention est l’aboutissement d’un processus amorcé il y a environ trois ans, lorsque le laboratoire de Dvir à l’Université de Tel-Aviv est parvenu à créer en laboratoire une moelle épinière personnalisée en 3D.

Les résultats, publiés dans la revue scientifique Advanced Science, ont montré pour la première fois que des souris souffrant de paralysie chronique, traitées avec ces implants bio-ingéniés, avaient pu remarcher – et même courir à nouveau.

Le taux de réussite a atteint 80 % chez les souris présentant une paralysie chronique. Chez celles atteintes d’une paralysie récente ou de courte durée, 100 % ont retrouvé la marche.

En 2019, Dvir a cofondé avec le Dr Alon Sinaï la société de biotechnologie Matricelf. La Dre Tamar Harel-Adar dirige l’équipe de développement scientifique.

Une jeune femme allongée dans un lit d’hôpital après un grave accident (Crédit : iStock/Getty Images)

Les patients restent paralysés parce que les neurones ne se renouvellent pas

Plus de 15 millions de personnes dans le monde ont subi une lésion de la moelle épinière. Les équipes médicales peuvent stabiliser ces traumatismes, mais elles ne disposent pas aujourd’hui de traitements permettant de réparer la moelle.

Selon Dvir, les lésions s’aggravent avec le temps, la zone endommagée se transformant en tissu cicatriciel.

« Le patient reste paralysé en dessous de la lésion », explique-t-il. « Si la blessure se situe au niveau du cou, les quatre membres peuvent être paralysés. Si elle est localisée dans le bas du dos, les jambes ne bougeront plus, et ainsi de suite. »

Les lésions de la moelle épinière comptent parmi les très rares blessures du corps humain qui échappent totalement à la capacité naturelle de régénération.

« Les neurones ne se divisent pas et ne se renouvellent pas », précise Dvir. « Ces cellules ne sont pas comme celles de la peau, qui cicatrisent après une blessure, mais ressemblent davantage aux cellules cardiaques : une fois détruites, l’organisme ne peut pas les réparer. »

Réseau neuronal avec activité électrique des cellules neuronales Illustration (Crédit : libre de droit/iStock/Getty Images)

« La moelle épinière est constituée de neurones qui transmettent les signaux électriques du cerveau à toutes les parties du corps », explique Dvir. « La décision est prise dans le cerveau, l’influx nerveux passe par la moelle épinière, puis les neurones activent les muscles. »

Lorsqu’un traumatisme – accident de voiture, chute, blessure de guerre – sectionne la moelle, la chaîne est rompue.

« C’est comme un câble électrique sectionné », explique Dvir. Si les deux extrémités ne se touchent plus, le signal ne passe pas. Le câble ne transmet plus de courant, et la personne ne peut plus transmettre le signal au-delà de la lésion. »

L’équipe de Dvir entend bien remédier à cela.

Illustration réalisée par des chercheurs de l’université de Tel Aviv montrant comment ils envisagent de mettre en œuvre leurs implants de moelle épinière chez l’homme (Crédit : iStock/Getty Images)

Implantation d’une moelle épinière humaine artificielle

Dvir explique que les chercheurs commencent par de petits prélèvements au niveau de l’abdomen. À partir de ces cellules sanguines, ils réalisent une reprogrammation génétique qui transforme les cellules en cellules souches embryonnaires, capables de se développer en n’importe quel type de cellule du corps humain.

Ensuite, les scientifiques prélèvent du tissu adipeux chez le patient, en extraient des composants essentiels tels que le collagène et les sucres, et fabriquent un hydrogel personnalisé. Les cellules reprogrammées sont placées dans ce gel afin de reproduire le développement embryonnaire d’une moelle épinière.

Prof. Tal Dvir, directeur du Centre Sagol pour la biotechnologie régénérative, directeur du Centre de nanotechnologie de l’université de Tel Aviv et scientifique en chef de la société de biotechnologie Matricelf. (Crédit : Université de Tel Aviv)

Cette moelle artificielle est ensuite implantée dans l’organisme, dans le but de restaurer les fonctions motrices.

« Nous avons une grande confiance dans ce procédé », conclut Dvir. « Notre objectif est d’aider les patients paralysés à se lever de leur fauteuil roulant et à remarcher. »

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