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Analyse

L’Histoire montre que vouloir neutraliser le régime iranien par les airs est voué à l’échec

Depuis le XIXᵉ siècle, la puissance aérienne fait miroiter aux stratèges une victoire rapide et sans effusion de sang, mais sans troupes au sol, cet objectif s’est avéré inatteignable

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des avions de chasse F-35I de l’armée de l’air israélienne s’apprêtant à frapper en Iran, sur une photo publiée le 15 mars 2026. (Crédit : Armée israélienne)
Des avions de chasse F-35I de l’armée de l’air israélienne s’apprêtant à frapper en Iran, sur une photo publiée le 15 mars 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Il y a dix jours, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, est arrivé nonchalamment sur le podium de la salle de presse du Pentagone.

« L’union des deux forces aériennes les plus puissantes au monde est sans précédent et imbattable », s’était-il vanté en évoquant la puissance aérienne américaine et israélienne survolant l’Iran.

« Des chasseurs et des bombardiers toute la journée, choisissant leurs cibles à leur guise, tandis que nos services de renseignement ne cessent de s’améliorer et de se préciser. »

En effet, en matière de puissance aérienne, l’Iran est dépassé. Téhéran ne peut rien faire pour empêcher les bombardiers israéliens et américains de frapper où et quand ils le souhaitent.

Cette supériorité permet de nombreuses choses : démanteler les défenses aériennes iraniennes, éliminer les commandants ennemis et détruire des industries d’armement entières.

Cependant, l’expérience montre que les opérations aériennes ont leurs limites sans le soutien d’une présence terrestre.

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, s’exprimant lors d’une conférence de presse au quartier général du Commandement du Centre américain (CENTCOM), à la base aérienne de MacDill, à Tampa, en Floride, le 5 mars 2026. (Crédit : Octavio Jones/AFP)

Renverser le régime, objectif que le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu considèrent tous deux comme l’issue de cette guerre, semble hors de portée d’une simple campagne aérienne, si l’on se réfère à leur histoire commune vieille de plus d’un siècle.

« Les campagnes aériennes sont efficaces pour détruire des cibles et jouent un rôle extrêmement précieux pour façonner les champs de bataille et soutenir les forces terrestres », explique Daniel Byman, du Center for Strategic and International Studies (CSIS), un groupe de réflexion basé à Washington.

« Et bien sûr, elles permettent désormais d’éliminer des dirigeants avec une grande précision, ce qui est utile pour provoquer un changement de régime. Cependant, elles sont moins à même d’imposer leur volonté sur le terrain ; pour cela, il faut contrôler le terrain. »

Trump et Netanyahu ont indiqué, pour de bonnes raisons, que l’offensive conjointe contre la République islamique se limiterait à une campagne aérienne stratégique, sans troupes au sol.

La principale raffinerie de pétrole de l’Allemagne nazie, à Ploiești, en Roumanie, sous les bombardements d’une importante force de B-24, le 1ᵉʳ août 1943. (Crédit : Domaine public, via Wikimedia Commons)

« Je pense que nous avons besoin de troupes au sol, mais elles doivent être iraniennes, et je pense qu’elles sont sur le point d’arriver », a déclaré dimanche l’ambassadeur israélien Yechiel Leiter sur CNN, faisant référence à un soulèvement populaire qui renverserait le régime.

Si le changement de régime en Iran n’a pas été présenté comme un objectif de guerre explicite, ni Netanyahu ni Trump n’ont caché leur souhait de voir la République islamique tomber.

Si le peuple iranien ne se soulève pas contre le régime, les États-Unis et Israël ne contrôleront que l’espace aérien. Il convient donc de tempérer nos attentes quant à ce que cette guerre pourra véritablement accomplir une fois terminée.

« Il n’existe aucun précédent dans l’histoire militaire où la puissance aérienne à elle seule aurait mis fin à une guerre ou abouti à des résultats décisifs », explique Eitan Shamir, directeur du Centre Begin-Sadat pour les études stratégiques.

« Et certainement pas à la chute d’un régime. »

Un siècle de bombardements stratégiques

Bon nombre des théories sur la puissance aérienne qui guident aujourd’hui la planification américaine et israélienne contre l’Iran existaient déjà aux prémices de l’aviation.

Des décennies avant le premier vol habité, la puissance aérienne captivait déjà l’imagination des stratèges militaires et du grand public.

Des Albatros D.III allemands des Jagdstaffel 11 et Jagdstaffel 4 alignés, à La Brayelle, près de Douai, en France, en 1917. (Crédit : Photographe officiel allemand, domaine public, via Wikimedia Commons)

En 1862, l’écrivain Victor Hugo imaginait la fin utopique des frontières nationales grâce à la capacité de l’homme à voler.

Cette tendance à envisager des bouleversements géopolitiques radicaux résultant de l’aviation persiste depuis lors.

L’utilisation généralisée de la puissance aérienne militaire est apparue pendant la Première Guerre mondiale, et avec elle l’idée de transformer la guerre en remportant la victoire dans les airs.

L’Allemagne a envoyé des dirigeables Zeppelin, puis des bombardiers, pour pilonner les villes anglaises et briser leur moral. Les Britanniques, quant à eux, ont concentré leurs raids sur les infrastructures militaires allemandes – bases de dirigeables, usines d’avions et bases navales -, puis sur l’industrie allemande.

À une époque marquée par des troubles intérieurs entre l’élite au pouvoir et la classe ouvrière, les dirigeants européens, pris de paranoïa, guettaient les signes d’un soulèvement de leurs propres populations et supposaient que la résistance de l’ennemi s’effondrerait pour les mêmes raisons.

Le défenseur de la puissance aérienne italienne Giulio Douhet (1869-1930). (Crédit : http://www.rusf.ru/fc/img/big/douhet_g.jpg, domaine public, via Wikimedia Commons)

Aucun de ces effets ne s’est produit, mais les prémices des campagnes de bombardements massifs de la Seconde Guerre mondiale étaient nées.

Après la fin de la Première Guerre mondiale, en 1918, les planificateurs militaires cherchèrent à éviter que le carnage du front occidental ne se reproduise. Une génération de théoriciens de premier plan, tels que l’Italien Giulio Douhet et l’Américain Billy Mitchell, estimait que des forces aériennes agissant comme un corps d’armée indépendant pourraient briser le moral de l’ennemi et pousser la population à contraindre ses dirigeants à capituler.

« Et même si un semblant d’ordre pouvait être maintenu et que certains travaux pouvaient être accomplis, la vue d’un seul avion ennemi ne suffirait-elle pas à provoquer une panique redoutable ? », écrivait Douhet dans son ouvrage fondateur, La Maîtrise de l’air.

« La vie normale ne pourrait se poursuivre sous la menace constante de la mort et d’une destruction imminente. »

Les conséquences du bombardement de Guernica, un village du Pays basque situé dans le nord de l’Espagne, en 1937. (Crédit : CC BY-SA Wikimedia Commons)

Toutefois, si les bombardements urbains exerçaient une pression supplémentaire sur les populations civiles, ils se sont à maintes reprises révélés incapables de faire basculer l’opinion publique de manière significative pour amener l’ennemi à se rendre.

Ces théories ont d’abord été mises à l’épreuve pendant la guerre civile espagnole, notamment lors du bombardement de Guernica. Mais au lieu de briser la volonté des civils, ces bombardements ont eu l’effet inverse : ils ont renforcé leur détermination et créé un sentiment de solidarité.

Le bombardement stratégique a été utilisé dès les premiers jours de la Seconde Guerre mondiale. Les Britanniques et les Allemands ont tous deux tenté de mettre l’adversaire hors de combat en bombardant des villes pour briser la volonté du peuple et des usines pour nuire à sa capacité à mener une guerre de longue durée.

Mais l’expérience a donné tort aux théoriciens du bombardement stratégique.

Alors que les bombardements frappaient presque chaque nuit pendant le Blitz, des personnes réfugiées dans la station de métro Aldwych, à Londres, en 1940. (Crédit : Imperial War Museum/domaine public)

Bien que Londres ait créé un mythe quelque peu exagéré à ce sujet, la détermination britannique s’est renforcée pendant le Blitz (les taux de suicide ont baissé durant cette période et les Londoniens ont déclaré aux sondeurs de l’Institut Gallup que le temps hivernal leur pesait davantage que les bombes).

La population allemande a également continué à se battre, et sa production de guerre a même atteint son apogée fin 1944, alors qu’elle subissait d’intenses bombardements alliés. La principale exception concernait les attaques contre les installations pétrolières allemandes, qui ont eu un impact mesurable sur sa capacité à s’entraîner, à voler et à manœuvrer au sol.

La population japonaise, elle aussi, s’est ralliée à la cause de l’Empereur malgré le bombardement incendiaire de dizaines de ses villes.

Si la destruction d’Hiroshima et de Nagasaki par des bombes atomiques larguées depuis les airs a effectivement contraint le Japon à capituler, ce n’est pas à cause de la pression d’une population japonaise qui avait enduré des privations pendant des années et vivait dans un environnement où l’information était étroitement contrôlée.

Le bombardement délibéré de civils pour influencer l’opinion publique est tombé en désuétude après la Seconde Guerre mondiale, mais les armées ont continué à utiliser la puissance aérienne pour atteindre des objectifs stratégiques autres que le soutien des troupes au sol. Pourtant, l’effet était largement le même.

Une étude du Congrès datant de 1972 a révélé que l’Opération « Rolling Thunder » au Vietnam, au cours de laquelle les pilotes américains ont largué en trois ans et demi un tonnage bien supérieur à celui largué par les Alliés sur le théâtre du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale, n’avait réussi qu’à punir le Nord-Vietnam pour sa guerre contre le Sud, sans parvenir à interrompre l’acheminement des ravitaillements, à briser la volonté du Nord-Vietnam ni à le contraindre à s’asseoir à la table des négociations pour mettre fin à la guerre.

« Les promesses faites au sujet des bombardements stratégiques et d’interdiction ont toujours dépassé leurs résultats, et la rhétorique extravagante qui soutient l’offensive aérienne actuelle contre le Nord a un air de déjà-vu », avait écrit l’auteur de cette étude.

L’Opération « Linebacker II » de 1972, qui consistait en onze jours de bombardements intensifs destinés à contraindre le Nord-Vietnam à revenir à la table des négociations, a effectivement conduit à la reprise des pourparlers qui ont abouti aux accords de paix de Paris. Toutefois, certains affirment que les Nord-Vietnamiens se sont simplement réjouis de voir les États-Unis quitter leur pays dans les mêmes conditions que celles que Washington avait rejetées quelques mois plus tôt.

Quatre avions F-105D Thunderchief de l’US Air Force, appartenant au 34ᵉ escadron de chasse tactique de la 388ᵉ escadre de chasse tactique, larguant chacun six bombes M117 de 343 kg sur le Vietnam pendant l’Opération « Rolling Thunder », entre 1965 et 1968. (Crédit : US Air Force/Domaine public)

Une révolution technologique américano-israélienne

Alors que les commandants américains recentraient leur attention sur la menace conventionnelle soviétique en Europe, ils se trouvèrent confrontés au problème de la supériorité numérique des forces terrestres soviétiques.

Plutôt que de s’opposer frontalement aux blindés russes, la « Révolution dans les affaires militaires » (RMA) envisageait d’utiliser les nouvelles technologies de pointe et des capacités de renseignement améliorées pour anéantir les forces ennemies.

Ces capacités ont été mises en évidence lors de la Guerre du Golfe contre l’Irak, en 1991.

Les planificateurs de l’armée de l’air, dirigés par le colonel John A. Warden, cherchaient à corriger ce qu’ils considéraient comme les échecs de l’utilisation de la puissance aérienne au Vietnam, et baptisèrent leur campagne « Instant Thunder ».

Warden et ses partisans du bombardement stratégique estimaient que la puissance écrasante et rapide de l’armée de l’air suffirait à elle seule à provoquer la chute du régime baasiste.

« Au bout de six à neuf jours, nous supposions qu’il y avait une forte probabilité qu’un coup d’État, de quelque nature que ce soit, ait lieu et que Saddam Hussein soit renversé », expliquait Warden.

Même si la puissance aérienne ne parvenait pas à inciter le peuple irakien à prendre son destin en main, Warden affirmait que les effets constitueraient tout de même une victoire stratégique : « Il n’aura plus aucune puissance offensive ni aucune défense stratégique. Il ne pourra pas sortir de son propre pays. Il n’aura pas de programme nucléaire… Il sera peut-être toujours au pouvoir, mais il ne représentera aucune menace pour quiconque en dehors de son propre pays. »

Des avions de l’USAF de la 4e escadre de chasse (F-16, F-15C et F-15E) survolant les incendies de puits de pétrole koweïtiens, allumés par l’armée irakienne en retraite, lors de l’Opération « Tempête du désert », en 1991. (Crédit : US Air Force/Domaine public)

Dans la pratique, la campagne aérienne a mis en évidence de nouvelles capacités de précision contre un ennemi rigide et hiérarchisé évoluant dans un désert plat, un environnement idéal pour mettre en valeur le potentiel du bombardement stratégique.

Cependant, elle n’a en rien contribué à mettre fin au régime de Saddam Hussein en six à neuf jours, ni même en six semaines.

La campagne aérienne a donné lieu à 6 295 attaques, dont 260 frappes contre des hauts responsables du régime, mais aucun dirigeant politique ou commandant militaire de haut rang n’a été éliminé. Elle n’a pas non plus entraîné l’arrêt du fonctionnement du régime ni incité les Irakiens à descendre dans la rue pour renverser Saddam.

La puissance aérienne de la coalition a joué un rôle crucial pour affaiblir l’armée irakienne en vue de la campagne terrestre, brève et victorieuse, qui a suivi. Cependant, le fait que cette campagne terrestre ait été nécessaire témoigne de l’échec de la campagne aérienne stratégique. De plus, un nombre suffisant de membres de la Garde républicaine d’élite a survécu aux bombardements tactiques et à l’offensive terrestre pour réprimer les rébellions chiites et kurdes à la fin de la guerre.

Le président irakien Saddam Hussein, à Bagdad, sur cette photo d’archive datant de janvier 1991. (Crédit : AP Photo)

« Si la technologie a permis d’accroître l’efficacité des moyens, elle n’a pas permis d’accroître l’efficacité des fins », a écrit un officier du Corps des Marines.

« Les résultats de l’Opération ‘Tempête du désert’ ont réaffirmé que les moyens de la puissance aérienne stratégique, malgré d’énormes gains d’efficacité, ont peu d’importance à l’heure actuelle. »

Une campagne aérienne menée en Europe à la fin de la décennie a été présentée comme un tournant dans l’utilisation de la puissance aérienne.

En mars 1999, l’OTAN a frappé la Yougoslavie afin de mettre fin à une campagne de nettoyage ethnique au Kosovo ordonnée par le dictateur Slobodan Milošević.

Initialement, cette opération coercitive devait durer deux jours.

Soixante-dix-huit jours plus tard, Milošević a retiré ses forces du Kosovo et a accepté les conditions de l’OTAN.

« Ce résultat a prouvé qu’une guerre peut être gagnée par la seule puissance aérienne », a écrit l’éminent historien John Keegan.

Mais invoquer ce cas comme preuve de la capacité de la puissance aérienne à renverser des dirigeants est extrêmement discutable.

Un F-15E Strike Eagle de l’US Air Force décollant de la base aérienne d’Aviano, en Italie, pour une mission de frappe aérienne dans le cadre de l’Opération « Allied Force » de l’OTAN, le 28 mars 1999. (Crédit : Domaine public/Senior Airman Mitch Fuqua, US Air Force)

Malgré la supériorité aérienne de l’OTAN, il aura fallu des mois pour que Milošević cède. Cela lui a laissé le temps d’intensifier ses efforts et de mener à bien, ou presque, sa campagne de nettoyage ethnique.

Il y avait également la menace d’une offensive terrestre de l’OTAN et la pression russe sur Milošević, deux facteurs qui ne s’appliquent pas à l’Iran.

« Dans la mesure où il y a eu victoire, celle-ci a été rendue possible parce que l’administration a intensifié le débat public sur l’idée d’une éventuelle intervention terrestre », explique Michael O’Hanlon, de la Brookings Institution.

Le tournant d’Israël dans les années 1980 et 1990

Alors que les États-Unis transformaient leurs capacités de frappe de précision, Israël traversait sa propre révolution militaire dans les années 1980 et 1990. Sa préférence croissante pour les frappes aériennes plutôt que pour ses campagnes terrestres classiques est devenue impossible à ignorer au milieu des années 1990.

Les deux opérations majeures et indécises menées contre les tirs de roquettes du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah – « Accountability » en 1993 et « Grapes of Wrath » en 1996 – ont été menées entièrement à l’aide de moyens de frappe à distance, sans intervention au sol.

Les progrès de la technologie furtive, des drones et de la guerre électronique dans les années 1990 et au début des années 2000 ont conduit certains planificateurs israéliens à envisager une « guerre parfaite », selon Itaï Brun, ancien chef du Directorat des Renseignements militaires de l’armée israélienne.

Même s’ils n’en avaient peut-être pas explicitement conscience, les responsables de la sécurité semblaient agir avec la conviction implicite qu’Israël pouvait mener des campagnes sans faire de victimes parmi ses propres forces et sans causer de morts parmi les civils de l’autre camp.

Deux terroristes du Hezbollah se tenant près de roquettes « Katioucha », dans le village d’Ein Qana, au sud du Liban, en avril 1996. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP Photo)

Contrairement aux stratèges américains et de l’OTAN, en Israël, on ne s’attendait pas à ce que la puissance aérienne suffise à remporter la victoire. Au contraire, le mot « victoire » a commencé à disparaître du vocabulaire israélien.

Les dirigeants israéliens ont estimé que la puissance aérienne pouvait assurer la dissuasion et ont lancé une série de campagnes principalement aériennes contre le groupe terroriste palestinien du Hamas et le Hezbollah.

Cette stratégie a permis de maintenir le calme pendant quelques années, mais elle a surtout fourni à l’ennemi un prétexte pour renforcer ses effectifs et apprendre à s’adapter à la suprématie aérienne d’Israël.

Difficile et exigeant

Au cours des deux principales campagnes militaires qui ont suivi l’assaut barbare et sanglant du 7 octobre 2023, contre le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban, Israël a abandonné son recours exclusif à la puissance aérienne et a déployé des forces terrestres dans ces deux guerres largement victorieuses.

Mais dans la lutte contre la République islamique d’Iran, il tente d’obtenir la même victoire décisive en utilisant uniquement la puissance aérienne stratégique.

Un succès dans ces conditions serait une première mondiale.

« En général, si l’on se limite à la puissance aérienne, on vise moins haut, car on engage moins de ressources et on prend moins de risques », selon Byman.

Christoph Bergs, analyste en puissance aérienne au Royal United Services Institute, estime que la puissance aérienne ne peut obtenir que des résultats limités.

« Si votre objectif est d’éroder des capacités spécifiques d’une autre nation, alors une campagne aérienne peut aboutir à ce résultat », explique-t-il.

« Dans le cadre de l’Opération ‘Rising Lion’ [en juin], si l’objectif était d’endommager, voire de détruire, les installations nucléaires iraniennes, alors la force aérienne est en mesure d’y parvenir. »

La campagne actuelle vise des objectifs plus ambitieux : faire en sorte que le régime iranien ne puisse plus représenter une menace pour Israël. Cela implique de transformer en profondeur la nature même de l’Iran.

« Si l’on veut empêcher l’Iran de se doter un jour d’armes nucléaires et de missiles sol-sol à longue portée, il faut changer de régime », explique Eado Hecht, du Centre d’études stratégiques Begin-Sadat.

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir (non flouté), s’adressant aux pilotes de l’armée de l’air israélienne, à la base aérienne de Tel Nof, le 10 mars 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Selon Netanyahu, Israël comprend parfaitement qu’il ne peut pas renverser le régime à lui seul. Il s’efforce toutefois de faire en sorte que le peuple iranien se soulève et que la République islamique soit trop affaiblie pour réprimer la prochaine révolte.

« Ce que l’on peut faire, c’est affaiblir le régime en détruisant ses capacités, en ruinant son économie, en ruinant ses finances », ajoute Hecht.

« Il lui devient de plus en plus difficile de fonctionner, de plus en plus difficile de réprimer la dissidence interne. »

C’est peut-être l’espoir d’Israël, mais ce serait un résultat sans précédent.

Les bombardements stratégiques menés lors des deux guerres mondiales n’ont pas réussi à paralyser l’industrie ennemie ni à pousser la population à se retourner contre ses dirigeants.

Au Vietnam et au Kosovo, l’effet d’une puissance aérienne écrasante sur la prise de décision de l’adversaire est extrêmement incertain. Et lors de la Guerre du Golfe, en 1991, il a fallu une offensive terrestre pour atteindre les objectifs de la guerre, et même alors, le régime de Saddam Hussein a survécu et a écrasé les Irakiens qui s’étaient soulevés.

« En ce qui concerne les objectifs à plus long-terme, on peut se demander si une campagne aérienne en soi, sans la menace d’une escalade supplémentaire, par exemple avec des forces terrestres, peut permettre d’atteindre des objectifs politiques concrets », souligne Berg.

Israël a prouvé sa capacité à accomplir ce qu’aucun autre pays n’a réussi à faire, sur le champ de bataille et au-delà.

L’amiral Charles Bradford « Brad » Cooper II, commandant du Commandement central des États-Unis (CENTCOM), s’exprimant lors d’une conférence de presse conjointe avec le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth (hors champ), au quartier général du CENTCOM, à la base aérienne de MacDill, à Tampa, en Floride, le 5 mars 2026. (Crédit : Octavio Jones/AFP)

Il convient toutefois d’être prudent avant de supposer qu’il sera possible de renverser un régime ou de neutraliser complètement un ennemi exclusivement depuis les airs, même avec le soutien de l’armée la plus puissante du monde.

Sur le plan tactique, Israël et les États-Unis donnent peut-être l’impression que la campagne est relativement simple, mais le succès stratégique dans les guerres aériennes est tout sauf cela.

« L’expérience centenaire de la guerre aérienne a montré, avant tout, qu’il faut en savoir beaucoup sur l’ennemi (en termes de politique, d’économie, de culture et d’organisation sociale) pour comprendre où se trouvent ses points faibles et comment les exploiter par le biais de bombardements », explique Tami Davis Biddle, du United States Army War College.

« Elle a également révélé qu’un bombardement aérien efficace est une entreprise difficile, exigeante et dépendante de la technologie. »

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