L’Inde frappe au Pakistan avec des drones israéliens, révélant une alliance solide
Alors que les armes israéliennes façonnent le champ de bataille, des questions émergent sur les exportations, les alliances et les conséquences diplomatiques
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Le recours par l’Inde à des drones fabriqués en Israël lors de ses dernières frappes transfrontalières contre le Pakistan a attiré l’attention du monde entier, non seulement pour les implications tactiques, mais aussi pour ce qu’il révèle de la profondeur stratégique croissante de l’alliance évolutive de l’Inde avec Israël.
Jeudi, l’armée pakistanaise a dit avoir abattu 25 drones indiens – identifiés comme des drones suicides Harop produits par Israel Aerospace Industries après une supposée violation de son espace aérien.
Ces drones auraient visé plusieurs sites dans des villes majeures, dont Karachi et Lahore, et ont été menés au lendemain des frappes de missiles indiens contre des infrastructures qualifiées de terroristes par New Delhi, situées dans les parties pakistanaises du Cachemire et du Pendjab. Ces frappes répondaient à une attaque terroriste survenue en avril au Cachemire indien, dans laquelle 24 touristes ont été tués.
L’utilisation de plateformes de drones israéliens par l’Inde dans cette opération témoigne d’une alliance qui se consolide depuis plusieurs dizaines d’années.
Oshrit Birvadker, chercheuse principale à l’Institut de Jérusalem pour la stratégie et la sécurité (JISS), spécialiste des relations entre l’Inde et le Moyen-Orient, a déclaré au Times of Israel que le déploiement des drones Harop et Heron Mark-2 illustre combien « Israël joue un rôle important et croissant dans la stratégie militaire actuelle de l’Inde, en particulier face aux tensions avec le Pakistan et dans le cadre plus large de la lutte contre le terrorisme ».
Elle a rappelé que « l’Inde est le principal acheteur international des systèmes de défense d’Israel Aerospace Industries » et que ces drones perfectionnés ont « considérablement renforcé la capacité de surveillance et de frappe de l’Inde en haute altitude ».
Capacité tactique, message stratégique
Selon le site d’IAI, ses drones kamikazes sont conçus pour fournir une réponse flexible et rapide à divers scénarios opérationnels – allant de missions à courte portée à des frappes en profondeur – tout en offrant des capacités de renseignement en temps réel et de frappes de précision.
Ces caractéristiques les rendent particulièrement efficaces dans des environnements de combat complexes et imprévisibles, y compris dans des zones urbaines densément peuplées comme Karachi et Lahore.
Birvadker a expliqué que, même si les exportations d’armement israélien vers l’Inde, y compris les systèmes avancés tels que les drones suicides, relèvent d’une logique transactionnelle, elles portent également un « poids politique et stratégique implicite ».
« Du point de vue israélien, l’Inde est non seulement un marché clé, mais aussi un partenaire stratégique partageant des préoccupations communes sur le terrorisme, la sécurité des frontières et l’extrémisme islamique. Les deux pays présentent souvent leur coopération comme une lutte conjointe contre les menaces radicales », a-t-elle ajouté.
Bien qu’Israël évite de prendre des positions politiques explicites dans les conflits d’Asie du sud, la régularité de ses livraisons d’armes est largement interprétée comme un soutien discret à la posture régionale de l’Inde, en particulier face à des adversaires communs comme le Pakistan, et de plus en plus, la Chine.
« Cet équilibre permet à Israël de préserver ses liens lucratifs avec l’Inde tout en limitant les retombées diplomatiques ailleurs », observe Birvadker.
Une attention croissante
Alors que la confrontation entre l’Inde et le Pakistan se poursuit, Birvadker estime que le rôle d’Israël, même s’il est indirect, ne passera pas inaperçu.
Israël n’a pas de relations diplomatiques officielles avec le Pakistan et, comme le note Birvadker, « sa position dans le monde musulman est déjà l’une des plus faibles parmi les nations ».
Bien qu’elle ne s’attende pas à un impact direct, elle dit qu’il est à prévoir que « des groupes plus radicaux tenteront d’exploiter la situation, en dressant des parallèles entre ‘génocide’ et ‘occupation’ à la lumière des actions de l’Inde et de l’implication indirecte d’Israël ».
De telles rhétoriques, précise-t-elle, existent depuis longtemps dans certaines régions du Cachemire, où des théories du complot associent « l’hindouisme et le judaïsme dans une alliance pour éradiquer l’islam ». Ce discours est souvent désigné par l’expression Yahud-o-Hanud ki sazish : le complot judéo-hindou.
L’attention se tourne vers les ventes d’armes
Au-delà de la dimension politique, l’attention internationale se concentre désormais sur la question des ventes d’armes dans les zones de conflit.
« Il est fort probable que le contrôle international s’intensifie sur la vente de technologies militaires avancées à des pays impliqués dans des conflits régionaux en cours », affirme Birvadker.
Avec l’accent croissant mis sur les droits humains et la désescalade, elle souligne que gouvernements et entreprises de défense pourraient être soumis à des pressions pour justifier les exportations d’armement, en particulier les armes de précision et outils de surveillance utilisés dans des zones instables.
Une alliance durable
Birvadker considère néanmoins l’alliance entre Israël et l’Inde résiliente. « Les alliances solides tiennent même dans les périodes difficiles et sous pression. Celle entre l’Inde et Israël en est un parfait exemple. »
Elle a rappelé que, pendant la guerre en cours à Gaza, déclenchée par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas contre le pays le 7 octobre 2023, « alors que plusieurs pays européens et alliés traditionnels d’Israël ont retardé les livraisons d’armes, l’Inde est restée fermement à ses côtés, quitte à s’exposer à des risques diplomatiques et à des critiques internationales ».
Avec l’Inde comme premier importateur mondial d’armes, et Israël comme son quatrième fournisseur, les enjeux de cette relation sont considérables. Le marché indien représente pour Israël bien plus qu’une opportunité économique, c’est un véritable alignement géopolitique.
« Compte tenu du rôle clé des industries de défense israéliennes en Inde, conclut Birvadker, il est peu probable que des préoccupations viennent perturber cette relation. Au contraire, elles pourraient même renforcer et élargir les échanges militaires entre New Delhi et Jérusalem. »
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