L’Iran cherche à étendre son contrôle sur le détroit d’Ormuz, provoquant l’ire de ses voisins
Téhéran revendique une zone allant jusqu’aux eaux d’Oman et des Émirats ; Rubio dénonce une initiative rejetée par cinq États du Golfe
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L’Iran a revendiqué un contrôle élargi sur le détroit d’Ormuz en publiant une carte montrant que ses revendications s’étendent jusqu’aux eaux territoriales des Émirats arabes unis et d’Oman, tout en menant des discussions avec Mascate sur un partage des redevances perçues sur les navires traversant cette voie maritime stratégique.
Cette initiative a été dénoncée vendredi comme « inacceptable » par le secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui a exhorté tous les pays à s’y opposer. Cinq États du Golfe ont réagi en adressant une lettre de protestation dénonçant cette initiative. Jeudi, le président américain Donald Trump a déclaré vouloir « que [le détroit d’Ormuz] reste ouvert. Nous voulons qu’il soit libre. Nous ne voulons pas de péages. C’est une voie navigable internationale ».
La nouvelle Autorité du détroit du golfe Persique (PSGA), créée par l’Iran, a annoncé mercredi ces nouvelles dispositions, affirmant qu’une « zone maritime contrôlée » serait désormais instaurée dans le détroit.
L’autorité a défini cette zone comme « la ligne reliant Kuh-e Mobarak en Iran et le sud de Fujaïrah aux Émirats, à l’est du détroit, à la ligne reliant l’extrémité de l’île de Qeshm en Iran et Umm Al Quwain aux Émirats, à l’ouest du détroit », publiant une carte de cette zone en anglais et en persan.
« Le transit dans cette zone pour le passage par le détroit d’Ormuz nécessite une coordination avec la PSGA et l’autorisation de cette entité », a-t-elle indiqué.
Vendredi, le New York Times a rapporté que l’Iran menait des discussions avec Oman sur la perception de droits auprès des navires traversant le détroit, avec la possibilité pour ce pays du Golfe allié des États-Unis, de partager les bénéfices, malgré l’insistance de Washington pour que la liberté de navigation soit rétablie dans cette voie maritime bloquée.
A new map published Persian Gulf Strait Authority details the regulatory jurisdiction defined by the Islamic Republic of Iran for the management of the Strait of Hormuz.
Explore: https://t.co/fjvXiMemat pic.twitter.com/CxVEAoMway
— Soar (@SoarAtlas) May 21, 2026
Deux personnes proches des discussions, citées par le NYT, ont indiqué que les discussions portaient apparemment sur des redevances facturées pour des services rendus aux navires en transit, plutôt que sur des droits de passage, qui concernent directement le transit lui-même et sont illégaux au regard du droit international.
Cependant, selon des experts cités par le journal, « si ce système de redevances n’est qu’un droit de passage déguisé, il ne sera pas considéré comme légal ».
Oman, allié des États-Unis, avait initialement rejeté l’idée d’un partenariat avec l’Iran dans le détroit. Mais Mascate semble avoir récemment estimé qu’un tel projet pourrait lui être profitable et aurait exprimé sa volonté d’en discuter avec ses voisins du Golfe et les États-Unis, selon le NYT, qui cite deux responsables iraniens.
Le Guardian a rapporté vendredi que l’ambassadeur d’Iran en France avait confirmé que Téhéran cherchait à obtenir la coopération d’Oman pour ce projet, tout en précisant que Mascate restait méfiant à l’égard de cette initiative.
Le quotidien britannique a également indiqué que cinq autres États du Golfe – Bahreïn, le Koweït, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis – avaient écrit à l’Organisation maritime internationale (OMI) afin de dénoncer cette initiative et d’appeler à son blocage.
« Le projet iranien doit être considéré pour ce qu’il est : une tentative de contrôler le trafic dans le détroit en forçant les navires à emprunter une route située dans ses eaux territoriales afin d’imposer des péages et d’en tirer un profit financier », indique cette lettre commune. « Toute acceptation ou reconnaissance de la route proposée par l’Iran et de la PGSA comme alternative créerait un dangereux précédent. »
Rubio a averti que l’Iran « tentait de mettre en place un système de droits de passage » et « essayait de convaincre Oman de participer à ce système de péage sur une voie navigable internationale ».
S’exprimant vendredi en Suède, Rubio a ajouté qu’il ne connaissait « aucun pays au monde favorable à cette idée, en dehors de l’Iran », et « qu’aucun pays au monde ne devrait l’accepter ».
Le conseiller présidentiel des Émirats arabes unis, Anwar Gargash, a déclaré que « le régime tente d’établir une nouvelle réalité née d’une défaite militaire évidente ».
Mais, a-t-il ajouté, « les tentatives visant à contrôler le détroit d’Ormuz ou à porter atteinte à la souveraineté maritime des Émirats arabes unis ne sont qu’une illusion ».
Soulignant ses revendications de contrôle, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien a affirmé vendredi que sa marine avait donné « l’autorisation » à 35 navires, dont des pétroliers, des porte-conteneurs et d’autres bâtiments commerciaux, de traverser le détroit d’Ormuz au cours des dernières 24 heures.
Téhéran a largement bloqué la navigation dans le détroit, une artère énergétique mondiale vitale, depuis le déclenchement de la guerre avec les États-Unis et Israël le 28 février. Les États-Unis ont imposé leur propre blocus naval dans cette zone le 13 avril, malgré le cessez-le-feu.
Depuis l’entrée en vigueur de celui-ci le 8 avril, des efforts diplomatiques sont en cours entre Washington et Téhéran pour tenter de parvenir à un accord plus large et durable. Les négociations ont toutefois été régulièrement entravées par les différends concernant le contrôle et l’accès au détroit d’Ormuz, ainsi que par les désaccords persistants autour du programme nucléaire iranien.
Le Pakistan tente de faciliter un cessez-le-feu
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a rencontré vendredi le ministre pakistanais de l’Intérieur, Syed Mohsin Naqvi, afin de poursuivre les discussions autour de propositions visant à mettre fin à la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël, ont rapporté les agences de presse semi-officielles Tasnim et ISNA.
Selon ISNA, Naqvi facilite les échanges afin de tenter d’établir un cadre susceptible de mettre fin au conflit et de régler les différends en suspens.
Jeudi, Rubio avait déclaré aux journalistes que les discussions avaient montré « quelques signes encourageants », tout en avertissant qu’aucun accord ne serait possible si Téhéran mettait en place un système de péage dans le détroit d’Ormuz.
La guerre a fortement secoué l’économie mondiale, la flambée des prix du pétrole alimentant les craintes d’un retour de l’inflation. Avant le conflit, environ un cinquième des exportations mondiales de pétrole et de gaz naturel liquéfié transitaient par le détroit d’Ormuz.
Le dollar américain a approché, vendredi, son plus haut niveau en six semaines dans un contexte d’incertitude autour des pourparlers de paix, tandis que les prix du pétrole poursuivaient leur hausse, les investisseurs doutant de la possibilité d’une percée diplomatique.
« Nous l’aurons »
Le président américain Donald Trump a déclaré jeudi que les États-Unis finiraient par récupérer les stocks d’uranium hautement enrichi de l’Iran. Téhéran a enrichi de l’uranium à un niveau situé à un seuil technique de la qualité militaire et qui, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), n’a aucune utilisation civile. L’Iran, qui affirme ouvertement vouloir détruire Israël, soutient de son côté que son programme nucléaire est pacifique.
« Nous l’aurons. Nous n’en avons pas besoin, nous n’en voulons pas. Nous le détruirons probablement après l’avoir récupéré, mais nous ne les laisserons pas le garder », a déclaré Trump aux journalistes à la Maison Blanche.
Avant les déclarations de Trump, deux hauts responsables iraniens avaient indiqué à Reuters que le Guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, avait ordonné que cet uranium ne soit pas transféré à l’étranger.
À l’approche des élections de mi-mandat de novembre, Trump subit des pressions croissantes : les Américains sont en colère face à la flambée des prix du carburant et sa cote de popularité reste proche de son plus bas niveau depuis son retour à la Maison Blanche l’an dernier.
Téhéran a transmis sa dernière proposition aux États-Unis en début de semaine.
D’après les descriptions iraniennes, cette offre reprend en grande partie des exigences que Trump avait déjà rejetées, notamment des demandes portant sur le contrôle du détroit d’Ormuz, des compensations pour les dégâts liés à la guerre, la levée des sanctions, le dégel des avoirs iraniens et le retrait des troupes américaines.
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