L’opposition réagit à la dénégation du Premier ministre au sujet du 7-Octobre
Yaïr Lapid accuse Benjamin Netanyahu d'avoir falsifié les protocoles de sécurité pour éviter d'être tenu responsable, Benny Gantz l'accuse de "réécrire l'histoire" et Naftali Bennett le qualifie de "Forrest Gump israélien"
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Lundi, le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a accusé le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, d’avoir falsifié des protocoles de sécurité afin de détourner la responsabilité des échecs de son gouvernement le 7 octobre 2023.
« Le document de Netanyahu est une falsification des protocoles de sécurité dans un document officiel publié par le bureau du Premier ministre israélien, d’une manière qui ne peut être que délibérée », a déclaré Lapid, faisant référence à un document de 55 pages publié par Netanyahu la semaine dernière contenant ses réponses au contrôleur de l’État Matanyahu Englman dans le cadre de l’enquête du médiateur sur le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
En publiant ce document, Netanyahu « a commis une erreur. Il a ouvert la boîte de Pandore, et ils essaient maintenant de la refermer. Cela ne marchera pas », a déclaré Lapid aux journalistes, avant la réunion hebdomadaire de son parti, Yesh Atid, à la Knesset.
« Le problème n’est pas que Netanyahu ment. Le fait que Netanyahu mente n’est pas vraiment une nouveauté. C’est beaucoup plus grave que cela. La modification partiale des comptes-rendus des discussions sur la sécurité constitue une violation de la loi sur les secrets officiels », a-t-il ajouté.
Dans ses réponses à Englman, Netanyahu a cherché à étayer son argumentation, à l’aide de citations partielles et sélectionnées tirées des comptes-rendus des réunions du cabinet, en affirmant qu’il avait à plusieurs reprises insisté pour que les dirigeants du Hamas soient éliminés, mais que les responsables de l’establishment de la sécurité s’étaient systématiquement opposés à cette idée.
Cependant, selon Lapid, la description faite par Netanyahu d’une évaluation de la sécurité qu’il a menée avec des hauts responsables de la défense et de la sécurité le 1ᵉʳ octobre 2023, soit moins d’une semaine avant l’assaut barbare et sanglant, omettait des détails essentiels, ne divulguant qu’un seul paragraphe trompeur.
« En réalité, lors de cette réunion, le directeur [de l’agence de sécurité intérieure] du Shin Bet de l’époque, Ronen Bar, a recommandé de se préparer à une série de scénarii d’escalade et de mesures préventives ciblées à Gaza. Lors de cette même réunion, le chef d’état-major [de l’armée israélienne] de l’époque, le lieutenant-général Herzl Halevi, a recommandé de préparer un plan pour une vaste campagne dans la bande de Gaza », a poursuivi Lapid.
« Les recommandations de Ronen Bar et de Herzl Halevi faisaient suite à des avertissements particulièrement graves et urgents des services de renseignement concernant les préparatifs du Hamas pour le combat à Gaza. J’étais au courant de ces avertissements, tout le système l’était. Nous pensions tous que le danger était immédiat et tangible », a-t-il affirmé.
Le chef du parti Kakhol Lavan, Benny Gantz, a quant à lui qualifié le document récemment publié par Netanyahu, dans lequel ce dernier rejette la responsabilité du 7-Octobre, de « réécriture de l’histoire ».
Il a rappelé qu’il avait assisté à plusieurs reprises à des réunions, d’abord en tant que chef d’état-major de Tsahal, puis au sein des gouvernements successifs dirigés par Netanyahu, lorsque ce dernier avait décidé de ne pas mettre en œuvre certaines politiques qu’il rejette aujourd’hui sur les responsables de la défense et du renseignement.
Netanyahu, Premier ministre depuis 2009, à l’exception d’une période de dix-huit mois entre 2021 et 2022, a été critiqué pour s’être présenté comme ayant pris des mesures radicales contre le Hamas, mais avoir été empêché par les objections des responsables de la sécurité et par le manque de soutien de l’opinion publique à une telle initiative.
« J’étais là en tant que chef d’état-major lorsque je lui ai dit que nous étions prêts à frapper l’Iran, mais qu’il a décidé de ne pas le faire », a déclaré Gantz à la presse, avant une réunion de faction à la Knesset.
« J’étais également présent lorsque j’ai présenté les implications de la conquête [de la bande de] Gaza et que l’ensemble du cabinet a décidé de ne pas la mener à bien, et lorsque j’ai proposé de s’emparer du corridor de Netzarim et que l’échelon politique a décidé de ne pas le faire », a-t-il poursuivi.
« Et j’étais là lorsque j’ai averti Netanyahu et [le ministre de la Justice] Yariv Levin que la précipitation vers une refonte judiciaire nous apporterait le désastre, et qu’ils ont décidé de continuer malgré tout, nous apportant un désastre que nous n’aurions pas pu imaginer. »
« Même si nous ignorons la réécriture de l’histoire, Netanyahu s’est lui-même sévèrement mis en accusation. C’est lui qui a insisté pour laisser le Hamas ‘dissuadé et affaibli’ au pouvoir », a ajouté Gantz.
Le chef du parti a fait remarquer que Netanyahu s’attribue volontiers le mérite des succès et des développements positifs, mais qu’en cas d’échec ou de catastrophe, il rejette la responsabilité sur « l’État profond ».
S’agissant de Naftali Bennett, il s’est gaussé du long document rédigé par le Premier ministre, le qualifiant de « Forrest Gump israélien, un pauvre nebekh faible et impuissant qui s’est retrouvé par hasard au cœur des événements ».
« Ce n’est pas un dirigeant, mais quelqu’un qui est dirigé. Ce n’est pas un commandant, mais un subordonné », a-t-il affirmé dimanche dans une déclaration vidéo.
Dans cette déclaration, Bennett, l’ancien Premier ministre considéré comme l’adversaire le plus crédible de Netanyahu lors des prochaines élections législatives – prévues en octobre -, fait référence au film de 1994 dont le personnage principal est un spectateur, ou une figure involontairement influente, d’une série d’événements marquants de l’après-guerre aux États-Unis.
Le mot « nebekh » est un terme péjoratif en yiddish pour désigner un « pauvre type ».
« Netanyahu critique les institutions chargées de la sécurité, tout comme moi », a déclaré Bennett.
Il a toutefois souligné que Netanyahu « n’était pas un membre du gouvernement ».
« Il a été Premier ministre et commandant en chef de l’État d’Israël pendant 12,5 des 14 années précédant la plus grande catastrophe de l’Histoire d’Israël. »
Il a ensuite critiqué et raillé le Premier ministre pour avoir laissé entendre qu’il était « incapable » de commander son armée ou ses services de renseignement.
« Ce qui ressort de tout cela, c’est que Netanyahu n’a pas dirigé, n’a pas géré et n’a pas gouverné », a déclaré Bennett, ajoutant que tandis que le Premier ministre cherchait à se disculper, il avait au contraire rédigé « l’acte d’accusation le plus sévère que l’on puisse imaginer contre un Premier ministre en Israël ».
« Dans les 55 pages de ce document, on voit un homme faible qui laisse les monstres du [groupe terroriste chiite libanais du] Hezbollah croître sous ses yeux dans le nord et ceux du Hamas dans le sud, jusqu’à atteindre un niveau gigantesque, sans rien faire. »
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