Mandy Patinkin critiqué pour avoir comparé la guerre à Gaza à la Shoah
L'acteur juif américain a raconté avoir rencontré Netanyahu, qui dégageait "quelque chose de désagréable" ; son épouse estime que les accusations d'antisémitisme visent à faire taire les critiques d'Israël
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JTA – Dans une interview qui a été publiée samedi, le célèbre acteur juif Mandy Patinkin et son épouse, l’actrice Kathryn Grody, ont condamné la guerre que mène actuellement Israël à Gaza et ils ont dénoncé les Juifs qui « permettent qu’une telle chose se produise ».
Les propos qu’ils ont tenus devant le journaliste du magazine The New York Times – des paroles qui reflètent toutefois certaines critiques juives de la guerre, tant en Israël qu’à l’étranger – ont amené certains à fustiger le couple qui, selon eux, fait porter à Israël et à ses partisans juifs la responsabilité d’une guerre qui a été déclenchée par le Hamas avec le massacre qui avait été commis dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.
Le couple, ainsi que leur fils Gideon Grody-Patinkin, ont été interviewés par David Marchese dans le cadre de la série « The Interview » du magazine, au sujet du succès remporté par la page TikTok de leur fils, qui raconte les bizarreries de la famille.
Au cours de l’entretien, David Marchese, qui évoquait l’activisme fréquent du couple sur les réseaux sociaux, a posé une question sur l’identité juive des deux acteurs :
« Vous êtes tous Juifs et politiquement actifs, y compris sur les réseaux sociaux, où vous parlez de votre espoir d’un cessez-le-feu à Gaza et de l’aspect tragique de cette situation. Par ailleurs, l’antisémitisme est en pleine recrudescence en ce moment. Avez-vous un sentiment particulier sur ce que signifie être Juif actuellement ? », a interrogé le journaliste.
En réponse, Grody, qui a gagné des Obies pour son travail d’actrice, a déclaré : « Je déteste la manière dont certaines personnes utilisent l’antisémitisme comme une arme à l’encontre de pour tous ceux qui veulent critiquer une certaine politique ».
« En ce qui me concerne, la compassion que j’éprouve pour chaque être humain à Gaza est très juive, et le fait que j’abhorre les politiques du dirigeant de ce pays ne signifie pas que je suis une Juive qui se déteste elle-même ou que je suis antisémite », a ajouté Grody, qui a estimé que la politique de Netanyahu était « le pire qui pouvait arriver au peuple juif ».
Patinkin, de son côté, s’est souvenu que dans les années 1980, à l’occasion d’un rassemblement organisé en l’honneur des Juifs soviétiques, il avait rencontré pour la première fois Benjamin Netanyahu, qui n’était pas encore Premier ministre d’Israël. Sans connaître son identité, il avait trouvé qu’il dégageait « quelque chose de désagréable » et il avait éloigné son petit garçon de l’autre côté pour qu’il ne se trouve pas à côté de lui.
Patinkin, qui est peut-être plus connu pour son rôle d’Inigo Montoya dans « The Princess Bride », a également invoqué une réplique de son personnage, dans le film, dans laquelle il dit : « Je suis dans le business de la vengeance depuis si longtemps. Maintenant que c’est fini, je ne sais pas quoi faire du reste de ma vie ».
Rappelant ces paroles, Patinkin a dit : « Je demande aux Juifs de réfléchir à ce que cet homme, Benjamin Netanyahu, et à ce que son gouvernement de droite font au peuple juif dans le monde entier ».
« Ils mettent en danger non seulement l’État d’Israël, auquel je suis profondément attaché et dont je souhaite l’existence, mais aussi la population juive du monde entier. Regarder ce qui se passe, constater que le peuple juif permet ce qui est actuellement fait aux enfants et aux civils de tous les âges à Gaza, indépendamment de la raison, c’est inadmissible et c’est impensable », a-t-il continué.
« Et je vous le demande à vous, les Juifs, partout, dans le monde entier : Passez un peu de temps seuls et réfléchissez : Est-ce que tout ça est acceptable, est-ce qu’on peut réellement soutenir ça ? Comment a-t-on pu vous faire subir tout ça, à vous et à vos ancêtres, et comment pouvez-vous le faire subir à quelqu’un d’autre ? »
Les déclarations de Patinkin s’inscrivent dans une longue tradition d’activisme de gauche de sa part sur la question d’Israël. En 2020, l’acteur de « Homeland » était apparu dans une vidéo du New Israel Fund où il s’opposait à l’annexion de la Cisjordanie par Israël et en 2021, il avait diffusé sur X un fil de discussion prônant « la libération particulière du peuple palestinien, qui a été soumis à plus de 50 ans d’occupation brutale et déshumanisante de la part de l’État d’Israël ».
En 1998, Patinkin avait également refusé de participer à un hommage rendu à l’occasion du 50e anniversaire d’Israël en raison de son opposition à l’attitude d’Israël à l’égard de la paix au Moyen-Orient.
Mais la condamnation ferme par Patinkin de la guerre menée par le gouvernement israélien à Gaza n’est pas passée inaperçue aux yeux de certains des plus fervents défenseurs d’Israël sur les réseaux sociaux. Sur X, des dizaines de partisans d’Israël ont vivement critiqué l’acteur.
Dahlia Kurtz, une influenceuse politique pro-israélienne qui compte plus de 50 000 abonnés, a fustigé l’acteur, écrivant dans un message sur X qu’il était devenu « un Juif suicidaire à part entière ».
« Je vous demande, Mandy, de passer un peu de temps seul avec des médicaments et de réfléchir à comment vous pourriez empêcher le Hamas de tenir sa promesse d’anéantir Israël », a écrit Kurtz dans un message qui a été vu par environ 100 000 personnes.
Barry Tigay, psychologue à la retraite et influenceur pro-israélien qui a écrit pour le Jewish News Syndicate, a également critiqué Mandy Patinkin pour s’être livré une « diffamation du sang ».
« Honte à Mandy Patinkin qui s’est livré à une diffamation digne des accusations de meurtre rituel et à une inversion de la Shoah en se positionnant à l’encontre des Juifs, d’Israël et du Premier ministre Netanyahu. Israël mène une guerre juste avec des moyens justes », a écrit Tigay dans un message qui a été posté sur X.
Mais sur la page TikTok du New York Times, où le journal a reposté un extrait des déclarations faite par Patinkin sur Israël lors de l’interview, la section des commentaires a largement salué l’acteur.
« En tant que Juif, je suis d’accord à 100 %. Mon cœur et mon âme souffrent pour les Palestiniens. Ils sont mes frères et sœurs. Je ne suis pas antisémite. Je ne suis pas un Juif qui se déteste lui-même. Je ne me sens jamais plus Juif que lorsque je défends ceux qui sont opprimés et méprisés », est-il écrit dans un message qui est parvenu à recueillir plus de 20 000 « Likes ».
La guerre en cours avait commencé le 7 octobre 2023, lorsque des terroristes qui étaient placés sous la direction du Hamas avaient massacré plus de 1 200 personnes, des civils en majorité, dans le sud d’Israël. Ils avaient également enlevé 251 personnes qui avaient été prises en otage dans la bande.
Alors que les Israéliens ont eu tendance à se rallier au gouvernement pendant la guerre, qui en est maintenant à son 21ème mois, des fissures dans ce soutien ont commencé à apparaître. Yair Golan, chef d’un parti d’opposition de centre-gauche et ancien général, a fait la Une des journaux, au début de l’année, pour ses critiques acerbes de la conduite d’Israël dans ce conflit.
Un certain nombre de familles d’otages israéliens toujours détenus à Gaza ont exigé un accord immédiat pour obtenir leur remise en liberté. Elles ont critiqué Netanyahu qui a, disent-elles, prolongé inutilement la guerre, appelant les Juifs américains et d’autres à les soutenir dans leurs efforts.
Le ministère de la Santé de Gaza, qui est placé sous la direction du Hamas, affirme que plus de 58 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes dans les combats jusqu’à présent – un bilan invérifiable et qui ne fait pas de distinction entre civils et hommes armés. Israël déclarait, au mois de janvier, avoir tué environ 20 000 terroristes dans les combats, en plus d’un millier sur le sol israélien lors du pogrom du 7 octobre.
Israël explique que les soldats cherchent à minimiser le nombre de victimes civiles et souligne que le Hamas utilise les civils de Gaza comme autant de boucliers humains, lançant des attaques depuis des zones civiles – notamment depuis des habitations, des hôpitaux, des écoles et des mosquées.
Le bilan de l’offensive terrestre israélienne contre le Hamas à Gaza et des opérations militaires qui ont été menées le long de la frontière avec l’enclave s’élève à 454 morts. Ce bilan inclut deux agents de police et trois employés civils du ministère de la Défense.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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