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Né des traumas de son fondateur, un florissant réseau agricole prône le rétablissement par le travail

Ancrée dans la nature et dans l'agriculture pour accompagner les personnes atteintes de stress post-traumatique et les jeunes en difficulté, l'association Rimon Farms lève des fonds pour deux nouveaux programmes près de la bande de Gaza

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Un éleveur avec ses moutons à la ferme Lahav. (Crédit: Keshet Ben Muvchar)
Un éleveur avec ses moutons à la ferme Lahav. (Crédit: Keshet Ben Muvchar)

Nir Amitay n’avait jamais imaginé qu’une simple sortie pour aller boire une bière le jour du Nouvel An, rue Dizengoff à Tel Aviv, se terminerait dans le sang.

En 2016, deux personnes avaient été tuées et sept autres blessées lorsqu’un Arabe israélien, Nashat Milhem, avait ouvert le feu sur le pub Simta, où Nir Amitay était attablé avec un ami. Les forces de l’ordre avaient traqué le terroriste pendant une semaine avant de l’abattre lors d’une fusillade. Amitay, qui était alors militaire de carrière au sein d’une unité secrète, n’était pas armé. Il se souvient pourtant avoir poursuivi l’agresseur, son verre de bière à la main.

« J’ai été l’une des rares personnes que le terroriste a ratées », confie-t-il. « Les balles ont frôlé ma tête de chaque côté ; j’ai eu l’impression de voir la mort en face. L’attentat a eu lieu un vendredi. Dès le dimanche, j’étais de retour à l’armée. »

C’est quatre ans plus tard, alors qu’il occupait un poste de haut rang au sein de Tsahal, que cet homme aujourd’hui âgé de 40 ans, marié et père de deux enfants, avait commencé à ressentir des « douleurs au cœur ». Les médecins n’avaient trouvé aucune anomalie physique. Il avait alors compris que le traumatisme de l’attentat était en train de refaire surface. A ce moment-là, il avait lu un texte où il était écrit qu’il devait se laisser guider par son cœur – et il y avait vu un signe. Membre du kibboutz Lahav, situé à une vingtaine de kilomètres au nord de Beer-Sheva, il avait quitté l’uniforme après 17 ans de service, guidé par ses souvenirs d’enfance à la ferme et par une expérience passée auprès de jeunes en difficulté.

En 2021, avec un groupe d’amis, il avait fondé la toute première structure de ce qui est, depuis, devenu un réseau associatif de fermes thérapeutiques : l’association Rimon Farms. À ce jour, ces établissements ont accompagné 10 000 personnes à travers 25 programmes, dont la durée varie d’un jour à deux ans.

« Aujourd’hui, nous savons que la thérapie [conventionnelle] ne suffit pas », explique Nir Amitay. Il précise que les fermes utilisent la nature et le travail de la terre, notamment l’élevage de bétail, comme des leviers pour reconnecter les patients à la vie et à des pensées positives.

« Tout le monde a besoin de racines et de relations », ajoute-t-il. « Le travail agricole permet une reconnexion spirituelle, et l’effort physique aide à évacuer le traumatisme. Le fait de voir une plante grandir nous donne l’espoir, à nous aussi, de nous épanouir à nouveau. »

Nir Amitay, fondateur et directeur général de l’association Rimon Farms. (Ron Shoshan)

Nir Amitay croit en une approche fondée sur trois piliers : « Nous voulons que les participants se sentent utiles – qu’ils aient planté, cultivé ou travaillé dans l’atelier de menuiserie. Nous voulons qu’ils aient le sentiment d’appartenir à une communauté. Et nous voulons qu’ils s’engagent : envers leur famille, envers leur thérapie, en acceptant de présenter des excuses après un accès de colère, et en choisissant la vie. »

Le premier projet, la ferme Rimon, située dans la forêt de Lahav et destinée aux jeunes en rupture, a ouvert ses portes en 2021.

« Le travail agricole permet une reconnexion spirituelle, tandis que l’effort physique aide à évacuer le traumatisme. »

L’intégration de programmes dédiés au stress post-traumatique (TSPT) s’est imposée peu après, catalysée par le drame d’Itzik Saidyan en 2021. Cet ancien soldat s’était immolé par le feu devant les bureaux du service de réhabilitation à Petah Tikva, après des années de combat pour obtenir une prise en charge.

« Nous nous sommes aperçus que trop de gens passaient entre les mailles du filet », déplore Amitay.

Face à l’indignation générale, le ministère de la Défense avait lancé le programme « Une seule âme » (One Soul), avec davantage de fonds pour ce type d’initiatives.

Plantation du vignoble à la ferme de Shekef, dans le centre-sud d’Israël. (Keshet Ben Muvchar)

La ferme de Lahav a ouvert ses portes en mai 2023. Avec l’aide de Yoram Ben Yehuda, expert en TSPT – lequel perdra plus tard son fils, Itamar, lors du pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 –, Nir Amitay dit qu’il a proposé au ministère de la Défense un programme thérapeutique basé sur l’élevage de moutons.

Liran Almosnino, le responsable du cheptel de la ferme, a par la suite été tué en luttant les terroristes, le 7 octobre ; c’est aujourd’hui son épouse, Efrat, qui gère le troupeau. Ce même jour, Adrienne Neta, 66 ans, bénévole à la ferme Rimon et sage-femme très appréciée du centre hospitalier Soroka, a été assassinée au kibboutz Beeri.

Après le 7-octobre, Nir Amitay a compris qu’il fallait étendre les activités au « second cercle », c’est-à-dire les personnes qui n’avaient pas vécu directement les événements, mais qui étaient en contact direct avec les victimes. Parmi elles, des enseignants, des psychologues, des médecins, des infirmiers, des travailleurs sociaux, des policiers ou encore des épouses de réservistes. L’objectif : prévenir le stress post-traumatique avant qu’il ne s’installe.

Plantation d’un arbre à la ferme de Lahav, dans le centre-sud d’Israël. (Keshet Ben Muvchar)

Aujourd’hui, l’ONG gère quatre fermes : Rimon pour la jeunesse, Lahav et Shekef pour le TSPT, et Or Haner pour la réhabilitation communautaire. L’association Rimon Farms dirige également un centre pour femmes en difficulté à Netivot et un café solidaire à Beer-Sheva.

L’organisation fonctionne avec le soutien des ministères de la Défense et de la Santé, ainsi que de l’Institut d’assurance nationale (la Sécurité sociale israélienne). Les patients y sont orientés directement par des médecins et par l’hôpital psychiatrique de Beer-Sheva.

Activité d’apiculture à la ferme de Lahav, dans le centre-sud d’Israël. (Keshet Ben Muvchar)

« Nous ne comptons pas nous arrêter là », insiste Nir Amitay. L’ONG vient de lancer une campagne de financement participatif de 5 millions de shekels pour construire deux nouvelles fermes dans les kibboutz de Nahal Oz et de Holit.

« Nous avons compris l’importance de venir en aide à ceux qui vivent près de la frontière de Gaza », explique-t-il. « Ces kibboutz se sont tournés vers nous et ils nous ont proposé des terres. Nous voulons associer l’agriculture à une thérapie profonde et à des activités communautaires pour toute la région. »

Paz Partush, 29 ans, dirige l’exploitation de 4,5 hectares dédiée au TSPT sur le moshav Shekef, au sud-est de Kiryat Gat.

Niché dans un paysage vallonné et paisible, au cœur des forêts du Keren Kayemeth LeIsrael (Fonds national juif), le site semble être un vrai havre de paix. Paz et son mari Eyal sont arrivés le 1er janvier 2024 dans « un champ où il n’y avait absolument rien ». Ils y ont construit des bergeries, planté des arbres, aménagé un potager, dessiné des terrasses de lavande et planté un vignoble qui approvisionne désormais le domaine viticole de Yatir.

« Nous voulons associer l’agriculture à une thérapie profonde et à des activités communautaires pour toute la région. »

« Tous ceux qui viennent ici font quelque chose en lien avec la nature », explique Paz Partush. « Quand on revient à ses racines, quelque chose en soi se reconnecte à ce que l’on est profondément, et cela aide à aller mieux. »

Paz Partush, qui dirige la ferme de Shekef dans le centre-sud d’Israël. (Ron Shoshan)

Gal Rom, 35 ans, qui est originaire de Sderot, a rejoint le programme de Lahav après 420 jours de service de réserve, dont trois déploiements au Liban. Lors d’un incident, sept soldats ont été blessés par un engin explosif du Hezbollah. Gal a coordonné les premiers secours et l’évacuation sous le feu, avant de continuer à se battre pendant une journée entière avec la moitié de ses effectifs.

Son épouse, Keren, a fini par remarquer qu’il avait changé.

« La ferme vous aide à vous reconnecter et à vous intégrer à une communauté qui vit la même épreuve. »

« Je suis rentré à la maison très renfermé », raconte Gal Rom. « Je n’arrivais plus à dormir, je ne pouvais plus travailler. J’ai commencé à boire beaucoup, j’avais des accès de colère et je refusais de sortir. Keren m’a dit : « Ce n’est pas l’homme que j’ai épousé ». »

Sceptique quant aux chances de « guérison », il a tout de même tenté le programme financé par le ministère de la Défense à Lahav.

« J’avais l’impression que personne ne pouvait me comprendre, mais j’ai découvert que d’autres le pouvaient », confie-t-il. « Avec le TSPT, on a le sentiment d’avoir quitté un monde pour un autre auquel on n’appartient pas. La ferme vous aide à vous reconnecter et à vous intégrer à une communauté qui traverse la même épreuve. »

Gal Rom dans le vignoble de la ferme de Shekef, le 24 mai 2026. (Sue Surkes/Times of Israel)

Gal Rom, qui travaille pour Intel à Kiryat Gat, a depuis arrêté de fumer et de boire. S’il ne dort pas encore parfaitement, ses nuits se sont améliorées. Il n’a toutefois pas encore repris le chemin du travail.

« Je sais que j’ai joué les « Rambo » pendant l’incident, mais j’ai appris qu’il fallait s’ouvrir pour guérir », conclut-il. « Je me sentais comme un mort-vivant. La ferme m’a aidé à me remettre debout. Ces fermes sauvent des vies. »

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