Netanyahu salue la découverte de l’Altalena et reproche à Ben Gurion de l’avoir attaquée
Le Premier ministre utilise l'incident pour illustrer les dangers de la guerre civile tout en dénigrant ses opposants politiques
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Lundi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est réjoui de la découverte de l’épave du cargo Altalena, coulé lors d’un affrontement sanglant, en 1948, entre l’armée israélienne naissante et l’Irgoun, milice de droite, non sans reprocher au Premier Premier ministre d’Israël de l’époque, David Ben Gurion, d’avoir donné l’ordre à l’armée d’attaquer le navire.
La découverte de l’épave de l’Altalena a été annoncée lundi matin par le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, et celui du Patrimoine, Amichai Eliyahu, tous deux membres du parti Otzma Yehudit. Étonnamment, leur communiqué a assuré que le navire – une coque brûlée lorsqu’il a coulé – a été retrouvé « intact ».
Selon plusieurs informations, Netanyahu aurait appris la nouvelle par les médias, ce qui pourrait constituer une tentative de Ben Gvir de saper l’autorité du Premier ministre, alors que leurs deux partis se disputent les voix avant les élections législatives d’octobre.
Le Premier ministre s’est alors empressé de diffuser une déclaration vidéo au moment même où les deux ministres s’apprêtaient à tenir une conférence de presse sur cette découverte. Selon des sources proches de Ben Gvir, Netanyahu aurait préféré tourner sa vidéo plutôt que d’apparaître à leurs côtés lors de la conférence de presse.
L’affaire de l’Altalena avait été le conflit violent entre Juifs le plus marquant de la Guerre d’Indépendance d’Israël, lequel avait bien failli entraîner le tout jeune État dans la guerre civile.
Dans sa déclaration vidéo tournée sur la promenade de Tel Aviv, qui surplombe la plage, Netanyahu a rouvert la blessure cuisante laissée par la décision de Ben Gurion de tirer sur le navire, et s’est servi de cet incident pour évoquer les dangers d’une guerre civile. Tout en prônant l’unité, le Premier ministre ne s’est pas gêné pour dénigrer ses adversaires politiques. Netanyahu a expliqué que, de son point de vue, Ben Gurion avait pris la « décision tragique d’ouvrir le feu » sur le navire alors même qu’il « apportait des armes essentielles à nos combattants de la Guerre d’Indépendance ».
« Au lieu de le laisser décharger », s’est-il lamenté, « les hommes de la Haganah, sur la plage, ont ouvert le feu ».
L’Altalena avait été acheminé en Israël par l’Irgoun, une milice dirigée par Menahem Begin, lors de la Guerre d’Indépendance, en juin 1948.
Quelques semaines seulement après la création de l’État et de l’armée, Ben Gurion, qui était profondément en conflit avec Begin, avait exigé que le navire et sa cargaison soient remis à la toute jeune armée israélienne, Tsahal, ce qui avait déclenché un affrontement armé.
L’échouage du navire sur un banc de sable avait été suivi d’une fusillade entre les membres de l’Irgoun, à bord, et les soldats de Tsahal et du Palmah, sur le rivage, lesquels avaient reçu l’ordre de détruire le navire.
Le bâtiment avait été incendié par des tirs d’artillerie tirés par des troupes stationnées sur la plage, sous le commandement du jeune Yitzhak Rabin, qui devait devenir plus tard chef d’état-major de Tsahal puis Premier ministre. Begin avait ordonné à ses troupes de ne pas riposter.
Seize membres de l’Irgoun et trois soldats de Tsahal avaient été tués lors du naufrage de l’Altalena.
L’Irgoun avait fini par être intégré au sein de Tsahal et Begin, qui devait par la suite fonder le Likud que dirige aujourd’hui Netanyahu, avait déclaré à propos de cet épisode que sa « plus grande réussite a été de ne pas riposter et d’éviter une guerre civile ».
La carcasse du navire était restée visible au large des côtes pendant près d’un an, avant d’être remorquée au large et coulée en 1949.
La découverte de l’Altalena avait déjà été annoncée en décembre 2012 : il s’était alors dit que l’épave du navire gisait à 300 mètres de fond à quelques kilomètres des côtes de Rishon LeZion. À l’époque, le gouvernement avait fait part de son intention de la renflouer et de l’installer à terre, à Tel Aviv ou Jérusalem, pour en faire un monument.
Bien qu’il soit généralement admis qu’un État souverain ne peut tolérer la présence, sur son territoire, d’une milice armée indépendante, le coût global de cette opération – le bilan humain, la perte d’armements vitaux et le fait que des Juifs se soient battus et aient tué d’autres Juifs – a toujours créé la polémique, en particulier compte tenu de la fracture politique gauche-droite qui n’a fait que se creuser au fil de l’histoire israélienne moderne.
Cet incident survenu sur les côtes de Tel Aviv est considéré par la droite israélienne comme une injustice et il est devenu un symbole du danger des dissensions internes et de la violence, mais aussi de la prétendue perfidie de la gauche politique.
« Des frères ont tué des frères » au large des côtes de Tel Aviv lorsque « l’Altalena a brûlé », a déploré Netanyahu avant de dire que Begin avait « arrêté le combat » et qu’il avait promis qu’« il n’y aurait pas de guerre civile ».
« C’est la leçon de l’Altalena », a déclaré Netanyahu.
Le navire a été retrouvé par des plongeurs, lundi, à l’issue de plusieurs années de recherches financées par le gouvernement, selon les ministres d’Otzma Yehudit.
Netanyahu a déclaré qu’il donnerait l’ordre de faire renflouer le navire et de le transformer en monument.
« Pour moi, et je suis certain que c’est le cas pour vous aussi, citoyens israéliens, c’est un moment d’émotion, un moment fondateur », a-t-il déclaré.
« Le navire sera un symbole tangible pour notre génération et celles à venir. »
Selon les spécialistes de la question, le renflouement sera difficile et coûteux, voire impossible.
Le Premier ministre a salué les combattants de l’Irgoun grâce auxquels, selon lui, le combat n’a pas donné lieu à une guerre civile et qui ont continué à se battre lors de la Guerre d’Indépendance.
Netanyahu a rappelé qu’il assistait chaque année à la cérémonie commémorant les victimes de l’Altalena sur les lieux de sa destruction, en dépit des critiques de ses opposants qui le lui reprochent, année après année.
« Ces dernières années, il s’est passé des choses absurdes », a-t-il expliqué.
« Lors de la cérémonie, j’ai entendu des cris et des provocations venus de rivaux politiques, à l’extérieur, qui ont profané cette cérémonie sacrée. N’ont-ils pas retenu la leçon ? »
« La leçon est là, et elle est très simple », a-t-il affirmé.
« Nous sommes des frères. Des rivaux politiques, oui, mais aussi des frères. Nous partageons le même pays, le même avenir, le même destin. »
Vers la fin de la vidéo, Netanyahu – dirigeant très clivant qui qualifie régulièrement ses opposants politiques de dangereux gauchistes et qui a creusé les fractures sociales en attaquant le système judiciaire israélien et en maintenant l’exemption de service militaire des jeunes hommes ultra-orthodoxes pendant trois ans de guerre sur plusieurs fronts – a assuré agir dans l’esprit de cette leçon avant de répéter sa promesse de campagne de former un « large gouvernement national » à l’issue du scrutin du 27 octobre.
Lundi, il a publié une vidéo dans laquelle il affirme qu’en cas de victoire de la « gauche », cette dernière instaurera un « régime fasciste », arrêtera Internet et limitera drastiquement la liberté d’expression. Il a par ailleurs accusé la gauche d’avoir causé la mort de « milliers et milliers d’Israéliens assassinés » et d’avoir fait « des milliers de victimes » du fait des accords d’Oslo conclus avec l’OLP, sans aucune allusion au pogrom du Hamas du 7 octobre 2023, le plus grand massacre de l’histoire israélienne moderne, survenu sous son mandat, alors qu’il était au pouvoir depuis 13 ans sur les 14 dernières années et demie.
Selon Ben Gvir, cette découverte referme « la plaie sanglante »
Ben Gvir a été contraint de retarder le début de sa conférence de presse en raison de la diffusion de la vidéo de Netanyahu sur l’Altalena. Tout comme Netanyahu, il a souligné la fracture gauche-droite au sein de la société israélienne, déclarant que la découverte du navire permettait de refermer la « plaie sanglante » de ce qu’il a qualifié de marginalisation de la droite israélienne.
Le ministre a choisi de prendre la parole depuis le musée Etzel – ainsi baptisé d’après l’acronyme en hébreu de l’Irgoun -, sur une plage près de Jaffa. Il arborait au revers de sa veste de costume un pin’s en forme de nœud coulant, symbole de son combat en faveur de la peine de mort par pendaison pour les Palestiniens reconnus coupables de terrorisme contre des Juifs.
« Pendant des dizaines d’années, ils ont tenté de cacher cette blessure, de réduire cette histoire au silence », a déclaré Ben Gvir.
L’Altalena, a-t-il ajouté, est « un symbole du camp national, dirigé par Menahem Begin ».
« Face à toutes les poursuites, Menahem Begin a maintenu sa vérité, avec une conviction très claire : nous sommes des frères, toute la Maison d’Israël – peu importe nos origines, notre couleur ou notre ethnie, ou le parti pour lequel nous votons. Il n’y aura jamais de guerre civile », a assuré Ben Gvir.
« Face à nos ennemis, il ne faut pas hésiter, douter ou faire preuve de compassion. Mais avec nos frères, il faut nous rassembler. »
Il a ensuite semblé se présenter comme le Begin des temps modernes, rappelant que, de son point de vue, Begin avait connu « le boycott ».
« Il savait, très intimement, ce que l’on ressent quand les autres ne veulent pas être pris en photo ou vus avec vous », a déclaré Ben Gvir, qui a lui-même longtemps été un paria de la scène politique israélienne en raison de sa proximité avec le rabbin extrémiste assassiné Meir Kahane. Cette comparaison a vraisemblablement été une pique à l’adresse de Netanyahu, à propos de sa décision de ne pas prendre part à la conférence de presse du chef d’Otzma Yehudit.
Selon des sources proches de Ben Gvir citées par les médias israéliens, Netanyahu a décidé au dernier moment de ne pas se montrer aux côtés de Ben Gvir « pour éviter tout contact ou photo commune ».
La décision du Premier ministre de prendre ses distances avec son allié d’extrême-droite à l’approche des élections n’est pas sans rappeler un incident survenu avant les dernières élections, fin 2022, lorsqu’il avait refusé de monter sur scène avec Ben Gvir lors d’un événement à Kfar Habad.
Pour autant, Netanyahu avait par la suite nommé Ben Gvir au poste important de ministre de la Sécurité intérieure, au sein de sa coalition, et l’a maintenu en fonction malgré les infractions commises par le ministre au statu quo, en autorisant par exemple la prière juive sur le mont du Temple, zone des plus sensibles, en se filmant en train d’humilier des activistes de la Global Sumud Flotilla ou de maltraiter des prisonniers palestiniens, sans oublier les accusations de la procureure générale portant sur la politisation des forces de police.
Le Likud de Begin avait boycotté strictement Kahane, le rabbin de Ben Gvir.
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