Netanyahu vante le renouveau du Likud, mais sa liste est une pâle copie de l’ancienne
Avec seulement 53 % de participation, les primaires truquées par Netanyahu ont écarté les voix indépendantes au profit de fidèles et d’apparatchiks triés sur le volet
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Les primaires du Likud ne peuvent que difficilement être mieux résumées que par la déclaration pleine d’optimisme, et totalement fausse, qui a été publiée mardi par le chef du parti, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, après l’annonce des résultats.
« La liste du Likud reflète un renouveau et l’intégration de nouvelles forces en tête de liste », a écrit Netanyahu.
Il n’en est rien. La nouvelle liste du Likud n’est qu’une pâle copie de la précédente. On n’y trouve ni renouveau ni nouvelles forces et, surtout, elle témoigne d’un net recul, tant sur le plan de la qualité que des valeurs morales.
Les dix premières places restent occupées, comme auparavant, par le ministre de l’Énergie Eli Cohen, le ministre de la Défense Israel Katz, le président de la Knesset Amir Ohana, le ministre de la Justice Yariv Levin et la ministre des Transports Miri Regev.
À cette liste vient s’ajouter le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar, auquel une place a été réservée. Ancienne figure de premier plan du Likud, Saar avait quitté le parti pour fonder la formation rivale Tikva Hadasha et juré pendant des années de ne jamais rejoindre Netanyahu. Le voilà désormais revenu dans le giron du Likud en échange d’une planche de salut politique garantie.
Saar apparaît ainsi comme l’un des symboles les plus criants des dérives de la politique actuelle, des défections opportunistes et des marchandages politiques éhontés de cette génération.
Les dix places suivantes de la liste de Netanyahu sont elles aussi occupées par des visages familiers qui ne brillent guère par leur envergure.
La liste comprend également Ofir Katz, député chargé de la discipline de la coalition et quasiment inconnu du grand public, le ministre de l’Éducation Yoav Kisch, le ministre de la Culture et des Sports Miki Zohar, le ministre des Affaires de la diaspora Amichai Chikli, le ministre de la Coopération régionale Dudi Amsalem et le député Moshe Saada.
Et bien sûr, ce groupe compte aussi ce candidat ô combien charismatique et soigneusement sélectionné, le ministre du Tourisme Haim Katz.
Haim Katz est un redoutable homme d’appareil, qui exerce une influence considérable au sein de la commission centrale du Likud et du puissant syndicat des salariés d’Israel Aerospace Industries. Mais c’est aussi un homme que les membres du Likud auraient volontiers relégué à une place sans aucune chance d’être élu, aux côtés de la députée Eti Atiya, son relais politique, qui a été écartée de la liste mardi.
Katz n’a obtenu la 18ᵉ place, qui lui était réservée, qu’à la faveur d’un douteux échange de bons procédés conclu avec Netanyahu au sujet des places réservées du parti. Ce mécanisme, inscrit dans les statuts du Likud, permet au chef du parti d’attribuer certaines places de la liste pour la Knesset aux candidats de son choix, en contournant entièrement le vote des primaires et en réduisant ainsi le pouvoir de la base.
En temps normal, Netanyahu dispose de trois places qu’il peut attribuer à sa discrétion. Cette fois, le Premier ministre a conclu un accord avec Katz. Il a obtenu huit places réservées parmi les 30 premières de la liste, dont l’une a été attribuée à Katz.
Les agissements de Katz, qui préside la commission centrale du Likud ainsi que la commission constitutionnelle du parti, contribuent à expliquer le faible taux de participation aux primaires de lundi. Seuls 53 % des adhérents du Likud ont pris la peine de se rendre aux urnes.
Dans les mois qui ont précédé le scrutin, Netanyahu, Katz et d’autres responsables ont multiplié les manœuvres visant à ébranler la confiance de la base dans le processus des primaires. Ils ont notamment tenté à plusieurs reprises de supprimer purement et simplement le scrutin au profit d’une commission dirigée par Netanyahu qui aurait été chargée de composer la liste, tout en recourant à divers autres stratagèmes destinés à obtenir une liste de candidats aussi favorable que possible au Premier ministre.
Avec huit places finalement réservées aux candidats choisis par Netanyahu et des interventions répétées dans la manière dont devait être composée le reste de la liste, les simples adhérents du Likud ont compris que les dés étaient pipés et que leur liberté de choix comme leur capacité à peser réellement sur le résultat avaient été réduites au strict minimum. Près de la moitié d’entre eux sont donc tout simplement restés chez eux.
Il n’y avait par ailleurs aucune nouvelle figure de premier plan, issue de la politique nationale ou des milieux de la sécurité, susceptible de susciter l’intérêt des électeurs et de les inciter à se rendre aux urnes.
Après les primaires du Likud de mars 1996, Netanyahu était monté sur la scène du Centre des congrès de Tel Aviv et il avait salué les personnalités choisies par les membres du parti, parmi lesquelles le général de division (Rés.) Yitzhak Mordechai, qui venait de rejoindre le Likud et qui était arrivé en tête du scrutin.
Netanyahu se dirigeait alors vers sa première victoire dans la course au poste de Premier ministre, à une époque où il avait constitué une coalition large et dynamique en attirant au Likud des généraux très populaires et d’éminents dirigeants séfarades issus des classes populaires.
« Vous avez élu une excellente équipe dirigeante », avait déclaré Netanyahu à l’époque. « Yitzhak Mordechai, Benny Begin, Dan Meridor, Ariel Sharon, Tzachi Hanegbi : voilà une excellente équipe dirigeante. »
Il est difficile d’imaginer Netanyahu tenir aujourd’hui le même discours et vanter avec autant d’enthousiasme « l’excellente équipe dirigeante » qui a été choisie cette semaine par les membres du Likud.
Au fil des ans, le Premier ministre a écarté tous les candidats sérieux susceptibles de le menacer, pour finir entouré de fidèles médiocres qui se plient à ses volontés, des personnalités dont même lui ne peut véritablement faire l’éloge ni sérieusement présenter comme une « équipe dirigeante ».
Netanyahu, qui avait pris la tête du Likud en 1993, le général de division Mordechai, Moshe « Bogie » Yaalon, qui avait rejoint le parti en 2008 et qui s’était classé huitième aux primaires, et d’autres encore avaient tous, à leur époque, incarné une forme de renouveau et de promesse pour le Likud.
Le seul outsider à s’être imposé cette fois-ci a été le vice-ministre Almog Cohen, député d’extrême droite connu pour ses déclarations incendiaires, qui a récemment quitté le parti d’extrême droite Otzma Yehudit du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir à la suite de dissensions internes. Son passage au Likud marque l’arrivée remarquée, au sein du principal parti au pouvoir, d’une voix issue de l’extrême droite radicale.
Cohen a obtenu une vidéo de campagne très convoitée mettant en vedette le Premier ministre, un privilège accordé à une poignée de candidats seulement, et il a décroché la 14ᵉ place sur la liste du Likud. Il est pour l’heure le seul nouveau venu à avoir émergé des primaires, hormis l’entrepreneur du secteur technologique Oren Dobronsky, auquel a été attribuée la 11ᵉ place, réservée par Netanyahu.
« Le Premier ministre Netanyahu remercie les membres du Likud qui ont voté en faisant preuve de bon sens plutôt qu’en fonction d’accords », a déclaré Netanyahu dans un communiqué adressé aux participants aux primaires. Peut-on imaginer plus grande insulte à l’intelligence des électeurs ?
Netanyahu a été le principal artisan de ces accords. Il a pris le contrôle de la liste au détriment des électeurs du Likud et il les a précisément empêchés de voter en fonction de leur « bon sens ». Il a fait circuler des listes noires de candidats à écarter, visant notamment le ministre de l’Économie Nir Barkat et les députés David Bitan et Tally Gotliv.
Il s’est également ingéré dans les scrutins régionaux après avoir fait reculer les places qui leur étaient réservées dans la liste, et il a appelé à voter pour ses propres candidats, qui ont finalement été élus.
Et enfin, comme l’a écrit Netanyahu dans son communiqué : « Le Premier ministre témoigne également de sa profonde estime à l’égard de ceux qui n’ont pas réussi à intégrer la liste et il entend les associer aux efforts visant à assurer la victoire du Likud. »
Mais oui, bien évidemment, Netanyahu tient en très haute estime Barkat, Avi Dichter, Zeev Elkin, Nissim Vaturi, May Golan, Hanoch Milwidsky et tous ceux qu’il a délibérément écartés de la liste, et il va maintenant leur confier d’autres rôles dans la campagne du Likud.
Ceux qui, à en croire Netanyahu lui-même, ont gravement nui au Likud à la Knesset sont maintenant censés l’aider à revenir au pouvoir lors des élections ? Allons donc. Il ne s’agit que d’une nouvelle manœuvre cynique de Netanyahu visant à empêcher les perdants des primaires de rejoindre d’autres partis en emportant avec eux leur « unité » de financement public de campagne.
En vertu de la loi électorale israélienne, le financement public des campagnes est attribué aux partis en fonction du nombre de députés qu’ils comptent à la Knesset. Dès lors que celle-ci adopte une loi prononçant sa dissolution et fixe la date des élections, tout député peut légalement rejoindre un autre parti et emporter avec lui son « unité de financement », qui représente plusieurs millions de shekels de fonds publics destinés à la campagne.
C’est exactement ce qu’avaient fait plusieurs députés chevronnés du parti Avoda, parmi lesquels Shimon Peres, Haim Ramon, Dalia Itzik et Eli Ben-Menachem, lorsqu’ils avaient fait défection pour rejoindre Kadima, la nouvelle formation créée par Ariel Sharon, entre la fin de 2005 et le début de 2006, chacun emportant dans ses bagages une coquette somme d’argent public destinée au financement de la campagne.
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