Rechercher

Nouvelle enclave anti-Hamas au sud de Gaza, créée par une milice disant être soutenue par Israël

Coopérant avec Abu Shabab, qui revendique aussi des armes et autres soutiens d'Israël, al-Astal dit que des centaines de personnes affluent vers sa base pour obtenir de quoi manger, de l'électricité et échapper au Hamas

Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

Hossam al-Astal (au centre) est photographié entouré de membres armés de son groupe « Strike Force Against Terror » (Force d'intervention contre le terrorisme) sur une photo non datée prise dans la bande de Gaza. (Crédit : Hossam al-Astal/Facebook)
Hossam al-Astal (au centre) est photographié entouré de membres armés de son groupe « Strike Force Against Terror » (Force d'intervention contre le terrorisme) sur une photo non datée prise dans la bande de Gaza. (Crédit : Hossam al-Astal/Facebook)

Dans un village vidé par des mois de combats, au sud de Khan Younès, un ancien officier de l’Autorité palestinienne (AP) âgé de 50 ans lance actuellement ce qui semble être la dernière tentative en date visant à affaiblir l’emprise du Hamas sur la bande de Gaza, s’attelant à établir une petite enclave armée qui propose une alternative au groupe terroriste, avec le soutien discret d’Israël et de l’Occident.

Hossam al-Astal, habitant de Khan Younès, a récemment annoncé la formation de sa milice « Strike Force Against Terror » (Force d’intervention contre le terrorisme). Depuis sa base de Kizan al-Najjar, un village dépeuplé non loin de Khan Younès, il propose aux Gazaouis déplacés de venir vivre sous sa protection, leur offrant de la nourriture, de l’eau et un abri, ainsi que la liberté loin du Hamas, qui règne sur l’enclave côtière depuis près de deux décennies.

« Tous ceux qui vivent sous l’oppression du Hamas peuvent nous rejoindre », a déclaré al-Astal au Times of Israel au cours d’une récente interview. « Chaque jour, des dizaines de familles me contactent. »

Plusieurs dizaines de familles vivent déjà sur son camp, a-t-il affirmé. La construction de davantage de tentes est en cours. Il pourra ainsi accueillir les centaines de personnes qui, selon lui, arriveront bientôt, ajoutant que des dizaines de familles le contactent quotidiennement. Alors que la majorité des quelque 2 millions de Gazaouis déplacés font face à des pénuries de nourriture, de logements et d’autres fournitures, al-Astal explique que son groupe reçoit toutes ces choses d’Israël, ainsi que du matériel militaire.

« Nous nous apprêtons à accueillir 300 à 400 personnes supplémentaires dans les jours qui viennent », a-t-il indiqué. « Nous mettrons en place des contrôles de sécurité afin de nous assurer qu’elles n’ont aucun lien avec le Hamas. »

L’enclave d’Al-Astal semble être la dernière manifestation d’un phénomène peu évoqué, mais potentiellement significatif, qui s’installe dans les zones de la bande de Gaza sous contrôle israélien : l’émergence de milices claniques, comblant le vide laissé par le retrait du Hamas. En raison de la réticence d’Israël à prendre le contrôle civil de Gaza ainsi que de son manque d’enthousiasme à l’idée de laisser l’AP prendre les rênes, le modèle des milices pourrait représenter une alternative favorable.

« Notre message au peuple israélien depuis Gaza est le suivant : des gens ici veulent vivre en paix », a fait savoir al-Astal. « Nous espérons une paix durable pour que les enfants tant israéliens que palestiniens bénéficient d’un avenir meilleur. »

Hossam al-Astal, chef de la « Strike Force Against Terror » (Force d’intervention contre le terrorisme), sur une photo non datée prise dans la bande de Gaza. (Crédit : al-Astal/Facebook)

Ce groupe nouvellement créé s’inspire du modèle d’une autre milice dirigée par Yasser Abu Shabab, un commandant bédouin actif depuis des mois à Rafah, au sud de Khan Younès, à la frontière entre la bande de Gaza et l’Égypte. La milice d’Abu Shabab a attiré des milliers d’habitants dans une zone sous son contrôle située à l’est de Rafah, où elle gère des écoles rudimentaires, des cliniques et des cuisines publiques. Les hommes armés ont également reconnu avoir reçu du matériel fourni par Israël.

Un haut responsable d’Abu Shabab s’exprimant sous couvert d’anonymat a confirmé au Times of Israel que son groupe et celui d’al-Astal étaient effectivement en contact, et décrit les forces d’al-Astal comme appartenant aux mêmes « forces populaires ».

La coordination déclarée avec Israël ainsi que les lieux où le groupe opère suggèrent que les activités de celui-ci se déroulent sous l’égide d’Israël. Les affirmations d’al-Astal n’ont toutefois pas pu être vérifiées de manière indépendante.

Yasser Abu Shabab (à droite) et les membres de sa milice à Gaza apparaissent dans une vidéo non datée publiée par le groupe. (Crédit : Capture d’écran Facebook, clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

« Nous ne faisons qu’un », a souligné le commandant. Ensemble, les groupes cherchent à former, en coordination avec Israël, une « ceinture » de contrôle et de protection à travers Khan Younès et Rafah, a-t-il ajouté.

« Ils nous aident à nous développer. Nos objectifs sont les mêmes : permettre aux gens de vivre sous notre protection, en accord avec nos voisins », a poursuivi le commandant, faisant référence à Israël.

Électricité, jus de fruits et armement

Kizan al-Najjar, où s’est installé le groupe d’al-Astal, se trouve à environ un kilomètre de la zone d’al-Mawasi, vers laquelle Israël s’est efforcé de diriger la majorité des Gazaouis déplacés. On ignore si cette zone fait l’objet d’ordres d’évacuation, ou si elle est placée sous le contrôle de Tsahal, comme c’est le cas aujourd’hui pour la majeure partie de la bande de Gaza.

La quasi-totalité de la bande de Gaza a été vidée par la campagne militaire israélienne, déclenchée par l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 contre le sud d’Israël, au cours de laquelle des milliers de terroristes ont massacré quelque 1 200 personnes en Israël, pour la plupart des civils, et en ont pris 251 autres en otage.

Israël a engagé cette guerre pour récupérer ses otages et pour démanteler le Hamas en tant que groupe armé capable d’exercer un contrôle sur la bande de Gaza ou de représenter une menace à l’avenir. Selon les Nations unies, en août, avant même qu’Israël n’ordonne à l’ensemble du million d’habitants de Gaza-City d’évacuer la zone, près de 87 % de l’enclave côtière étaient sous le coup d’ordres d’évacuation ou sous contrôle militaire israélien.

Dans une vidéo d’al-Astal diffusée en ligne, on peut voir des bâtiments brillamment éclairés – spectacle inhabituel dans un territoire où la plupart des sources d’électricité ont été coupées par Israël dans les jours qui ont suivi l’attaque du Hamas. D’après al-Astal, le groupe utilise des panneaux solaires, et espère qu’Israël lui fournira directement de l’électricité et de l’eau.

Il a montré au Times of Israel des images de farine et de jus de fruits de marques israéliennes, étiquetés en hébreu, qu’il dit avoir reçus de l’État juif.

Farine et jus de fruits de marques israéliennes, étiquetés en hébreu, que Hossam al-Astal affirme avoir reçus d’Israël.

« Toute la nourriture et l’eau viennent d’Israël », a indiqué al-Astal au Times of Israel.

Sur Facebook, al-Astal a également publié des photos de lui-même en compagnie d’hommes armés qu’il décrit comme étant ses combattants. Interrogé sur la provenance des fonds qui servent à financer leurs équipements militaires, al-Astal a répondu qu’ils lui avaient été fournis par plusieurs sources : »les États-Unis, l’Europe, ainsi que des pays arabes que je ne souhaite pas nommer ».

Il a fait savoir qu’il était en communication directe avec des personnes provenant des États-Unis et de l’Union européenne. Ces affirmations n’ont toutefois pas pu être vérifiées.

Sur une photo, on le voit vêtu d’un gilet tactique frappé du logo d’IMI Defense, un fournisseur israélien d’équipement militaire auprès du ministère de la Défense et du cabinet du Premier ministre.

Nadav Zusman, directeur général adjoint d’IMI Defense, a fait part au Times of Israel du mécontentement de son entreprise quant au destinataire final de son matériel – même si elle n’a guère son mot à dire sur l’utilisation qu’en fait Israël.

« Cette image nous a profondément dérangés », a expliqué Zusman. « Voir du matériel militaire se retrouver dans de tels endroits, qu’il s’agisse ou non de coopération, est pour nous inacceptable. Nous n’avons aucun contrôle sur la manière dont notre matériel est utilisé une fois acheté par les institutions avec lesquelles nous travaillons, en particulier lorsqu’il s’agit des forces de sécurité de l’État d’Israël. »

Des Palestiniens armés sécurisent des camions chargés d’aide humanitaire entrant à Gaza, à Khan Younès, le 19 septembre 2025. (Crédit : Saeed Mohammed/Flash90)

Al-Astal a insisté sur le fait que ses équipements lui provenaient d’Israël, et que la coopération s’était également étendue.

« Il existe une coordination entre nous et Israël. L’armée vient même parfois en patrouille », a-t-il raconté.

L’armée israélienne n’a pas répondu à nos demandes de commentaires.

Si, en juin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a reconnu qu’Israël soutenait des clans opposés au Hamas, il est depuis lors resté silencieux sur la question.

Un ennemi de longue date

Al-Astal n’est pas un nouveau venu sur la tumultueuse scène politique de Gaza. Il affirme avoir travaillé pendant des années en Israël avant de rejoindre les forces de sécurité de l’AP, qui ont perdu le contrôle de Gaza lorsque le Hamas a pris le pouvoir, en 2007.

Emprisonné à plusieurs reprises par le Hamas, il a également été condamné à mort pour ses liens présumés avec l’assassinat, en 2018, en Malaisie, de Fadi al-Batsh, membre du Hamas, un meurtre largement attribué à Israël.

Ces derniers jours, des comptes liés au Hamas sur les réseaux sociaux ont relayé sa photo, l’accusant de collaborer avec Israël, et rappelant ses arrestations ainsi que sa condamnation à mort.

Hossam al-Astal, sur une photo datant du début des années 2000, alors qu’il servait dans les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne à Gaza. (Crédit : Hossam al-Astal/Facebook)

« À chaque fois, ils m’arrêtaient pour une raison différente : pour corruption, pour mes liens avec Ramallah », a-t-il raconté. « Je me suis dès le début opposé [au Hamas]. »

Al-Astal, malgré les risques, estime que le Hamas est « très affaibli » et que la majorité des Gazaouis ne souhaitent pas le retour du groupe islamiste, mais craignent les possibles représailles si le Hamas reprenait le pouvoir.

« Nous essayons, via les médias et en parlant avec les gens, de les convaincre que le Hamas est fini et qu’il n’y aura pas de Hamas 2″, a-t-il poursuivi.

Il a indiqué avoir reçu des messages de soutien provenant de toute l’enclave côtière.

« Plus de 80 % des habitants ne veulent pas du Hamas », a insisté al-Astal. « J’exhorte toute la population, tous ceux qui croient en la paix, à se joindre à nous. Je ne m’en cache pas. »

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.