Opposition et familles des otages dénoncent le plan de prise de contrôle de Gaza-City
Pour Lapid, le plan approuvé est "exactement ce que voulait le Hamas" ; pour le Forum des otages, le cabinet "condamne à mort les otages vivants" ; condamnations de l'ONU, le Royaume-Uni, la Turquie et d'autres nations
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Vendredi, les chefs de l’opposition, les familles des otages détenus à Gaza et de nombreux acteurs de la scène internationale ont unanimement condamné la décision du cabinet de sécurité de prendre le contrôle de Gaza-City.
Dans la nuit, en effet, ce cabinet de haut niveau a approuvé une proposition du Premier ministre Benjamin Netanyahu visant à prendre le contrôle de cette ville densément peuplée, malgré les risques signalés par Tsahal de mettre en danger la vie des otages restants et de provoquer une catastrophe humanitaire.
Avec sa limitation à Gaza-City, la prise de contrôle semble moins étendue qu’initialement prévu dans un plan visant à occuper l’ensemble de la bande de Gaza. Interrogé par Fox News quelques heures avant la réunion du cabinet de sécurité, Netanyahu avait affirmé que son intention était de prendre le contrôle total du territoire.
Cependant, un communiqué publié par le bureau de Netanyahu a notamment décrit la proposition adoptée comme ayant pour objectif de « vaincre le Hamas ». D’autres opérations non encore annoncées pourraient donc suivre celle désormais approuvée concernant Gaza-City.
Les personnalités de l’opposition ont accusé cette mesure d’être de nature à entraîner la mort des prisonniers et des soldats israéliens.
Dans un message publié sur le réseau social X, le chef de l’opposition, Yair Lapid, a qualifié cette décision de « catastrophe susceptible de provoquer de nombreuses autres catastrophes », prise « en totale contradiction avec l’avis des militaires et des responsables de la sécurité ».
Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, et le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, ont « entraîné » Netanyahu « dans une opération qui durera des mois, entraînera la mort des otages, le massacre de nombreux soldats, coûtera des dizaines de milliards aux contribuables israéliens et conduira à un effondrement politique », a ajouté Lapid.
« C’est exactement ce que voulait le Hamas : qu’Israël soit piégé sur le terrain, sans objectif, sans a voir rien défini pour l’après, dans une occupation inutile dont personne ne comprend où elle mène », a-t-il poursuivi.
Selon le président du parti Yisrael Beytenu et ancien ministre de la Défense, Avigdor Liberman, cette mesure « prouve que les décisions impliquant des questions de vie ou de mort sont prises au mépris des considérations sécuritaires et des objectifs de la guerre ».
« Le Premier ministre du 7 octobre sacrifie une fois de plus la sécurité des citoyens israéliens pour conserver son siège », a-t-il déploré.
Le président du parti Kakhol Lavan-HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz, a également critiqué ce plan, le qualifiant « d’échec politique qui réduit à néant les formidables accomplissements de l’armée israélienne ».
Dans une publication sur le réseau social X, Gantz a proposé un plan alternatif pour atteindre les objectifs déclarés de la guerre, à savoir la destruction du Hamas et la libération des otages : « Il est possible de procéder différemment : tout d’abord, annoncer qu’en échange de la libération des otages, nous serons prêts à accepter un cessez-le-feu permanent. »
« Le problème avec ce gouvernement, c’est qu’il est lent, indécis, qu’il ne saisit pas les occasions qui se présentent et qu’il manque de créativité », a déclaré Gantz.
« Nous sommes déjà entrés à Gaza malgré les craintes de Netanyahu, nous sommes déjà entrés à Khan Younès et à Rafah malgré les atermoiements de Netanyahu. Nous saurons comment faire à l’avenir également. Mais la véritable question, c’est : qu’avons-nous fait depuis ? Nous n’avons fait que perdre du temps et accumuler des succès militaires. »
« Nous n’avons pas cessé de parler de l’après, mais Netanyahu n’a pas agi. Israël mérite un président qui saisit les opportunités, pas un chef qui n’utilise pas tout ce dont il dispose pour libérer les otages et vaincre le Hamas », a-t-il martelé.
Yair Golan, chef du parti Les Démocrates, a estimé qu’avec cette décision, « davantage d’otages seraient abandonnés à leur sort ».
Pour lui, cette initiative est typique de Netanyahu : « Il est faible, facilement influençable, incapable de prendre des décisions, et incapable de faire le lien entre ce que proposent les professionnels d’une part et le groupe de messianistes qui contrôle le gouvernement d’autre part. »
Cette décision est « une catastrophe qui durera des générations », a regretté Golan.
« Nos fils et petits-fils continueront de patrouiller dans les ruelles de Gaza, nous verserons des centaines de milliards au fil des ans, tout cela pour des raisons de survie politique et des visions messianiques », a-t-il déploré, se demandant comment le gouvernement comptait démilitariser la bande de Gaza : « Devrons-nous ramper dans les tunnels pour récupérer les derniers kalachnikovs ? »
Le Forum des familles des otages et des disparus a réagi avec virulence à la décision de prendre le contrôle de Gaza-City, où certains otages seraient détenus.
« Ce soir, le gouvernement israélien a condamné à mort les otages vivants et à la disparition les otages tombés au combat », a-t-il annoncé dans un communiqué.
« Cette décision du cabinet de lancer les opérations visant à occuper la bande de Gaza est une déclaration officielle d’abandon pour les otages. De surcroît, elle ignore complètement les mises en garde répétées de l’état-major militaire et la volonté clairement exprimée de la majorité de la population israélienne », a-t-il affirmé.
Le communiqué accuse en outre le gouvernement d’agir contre l’intérêt national en prenant une mesure « stupide » relevant « de la tromperie et d’une négligence morale et sécuritaire impardonnable », et qui rapproche Israël d’une « catastrophe incommensurable pour les otages et les combattants [de l’armée israélienne] ».
Le Forum a toutefois fait valoir qu’il n’était pas trop tard, et que cette mesure pouvait encore être stoppée par la conclusion d’un accord global visant à mettre fin à la guerre et à libérer tous les prisonniers.
Dans le même esprit, le journal libanais Al-Akhbar a cité un diplomate égyptien selon lequel Le Caire avait averti, dans un message envoyé aux États-Unis, que la proposition israélienne conduirait le Hamas à exécuter les otages israéliens qu’il détient.
Selon ces informations, le Hamas et les autres groupes terroristes qui détiennent les otages « ont reçu l’ordre de les ‘neutraliser’ si leurs ravisseurs sont assiégés et ne peuvent s’en sortir vivants ».
De hauts responsables égyptiens ont demandé qu’Israël et le Hamas retournent d’urgence à la table des négociations afin de parvenir à un accord de cessez-le-feu à Gaza. Le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi a demandé à être en contact direct avec le président américain Donald Trump à ce sujet, ont indiqué ces informations.
L’Égypte n’a pas été le seul pays à se montrer critique envers la décision de Jérusalem.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a estimé que cette initiative était une erreur, exhortant l’État juif à reconsidérer sa décision.
« La décision du gouvernement israélien d’intensifier encore son offensive à Gaza est une erreur, et nous l’exhortons à la reconsidérer immédiatement », a-t-il annoncé dans un communiqué. « Cette action ne contribuera en rien à mettre fin à ce conflit ni à obtenir la libération des otages. Elle ne fera qu’entraîner davantage d’effusions de sang. »
The Israeli Government’s decision to further escalate its offensive in Gaza is wrong, and we urge it to reconsider immediately.
Every day the humanitarian crisis in Gaza worsens and hostages taken by Hamas are being held in appalling and inhuman conditions.
We need a ceasefire… pic.twitter.com/UoJhjss81e
— Keir Starmer (@Keir_Starmer) August 8, 2025
La Turquie, pour sa part, a appelé la communauté internationale et le Conseil de sécurité des Nations unies à empêcher ce projet israélien, affirmant qu’il s’agissait d’un « rude coup » porté à la paix et à la sécurité.
« Nous appelons la communauté internationale à assumer ses responsabilités afin d’empêcher la mise en œuvre de cette décision, qui vise à déplacer de force les Palestiniens hors de leur propre terre », a fait savoir le ministère des Affaires étrangères du pays dans un communiqué.
L’Australie a quant à elle exhorté Israël à « ne pas s’engager dans cette voie », en réponse à la déclaration de Netanyahu concernant sa volonté de prise de contrôle militaire de Gaza.
« L’Australie appelle Israël à ne pas s’engager dans cette voie, qui ne fera qu’aggraver encore la catastrophe humanitaire en cours à Gaza », a commenté la ministre des Affaires étrangères Penny Wong dans un communiqué, soulignant que le déplacement forcé permanent constitue une violation du droit international, et réitérant ses appels à un cessez-le-feu, à la libre circulation de l’aide humanitaire et à la libération par le groupe terroriste du Hamas des otages enlevés en octobre 2023.
« Une solution à deux États est la seule voie permettant de garantir une paix durable : un État palestinien et l’État d’Israël, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, à l’intérieur de frontières internationalement reconnues », a-t-elle ajouté.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a déclaré : « Nous condamnons fermement la décision du gouvernement israélien d’intensifier l’occupation militaire de Gaza. Cela ne fera qu’engendrer davantage de destruction et de souffrances. « Et de poursuivre : « Un cessez-le-feu permanent, l’acheminement immédiat et massif de l’aide humanitaire et la libération de tous les otages constituant des urgences indispensables. »
La Chine a exprimé sa « profonde préoccupation » face au projet israélien, exhortant Israël à « cesser immédiatement ses actions dangereuses ».
« Gaza appartient au peuple palestinien et fait partie intégrante du territoire palestinien », a rapporté un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, dans un message adressé à l’AFP.
« La seule façon d’apaiser la crise humanitaire à Gaza et d’obtenir la libération des otages est d’instaurer immédiatement un cessez-le-feu », a-t-il précisé. « Une résolution complète du conflit à Gaza passe par un cessez-le-feu ; ce n’est qu’une fois ceci conclu qu’une voie vers la désescalade pourra être ouverte et la sécurité régionale assurée. »
Pour le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Turk, le plan israélien « doit être immédiatement suspendu ».
« Ce projet va à l’encontre de la décision de la Cour internationale de justice selon laquelle Israël doit mettre fin à son occupation dès que possible, afin de permettre la mise en œuvre de la solution à deux États convenue et le droit des Palestiniens à l’autodétermination », a-t-il affirmé dans un communiqué.
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