Pour Tisha BeAv, les prières au mur Occidental se mêlent aux espoirs de paix
À l’occasion du jeûne commémorant la destruction des deux Temples, les fidèles ont confié leur espoir d’unité nationale et de la fin de longues années de conflit
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En milieu de matinée, le jour de Tisha BeAv, point culminant de la journée la plus sombre du calendrier juif, la foule s’était en grande partie dispersée du mur Occidental, principal lieu de rassemblement pour les commémorations et les prières de cette journée.
La veille au soir, des dizaines de milliers de personnes venues de tout le pays s’y étaient rassemblées pour la lecture du Livre des Lamentations et la récitation des Kinnot, les élégies traditionnelles commémorant la destruction des Premier et Second Temples, tous deux détruits, selon la tradition, un 9 du mois d’Av, ou Tisha BeAv en hébreu. Plus tard dans la journée de jeudi, à l’issue du jeûne, peu avant la tombée de la nuit, beaucoup concluront cette journée de recueillement par des chants empreints de nostalgie.
Le Premier Temple, édifié par le roi Salomon, a été détruit par les Babyloniens en 586 avant notre ère ; le Second Temple l’a été par les Romains en l’an 70. Tisha BeAv commémore également plusieurs autres tragédies qui ont marqué l’histoire du peuple juif.
Sous la chaleur écrasante de la mi-journée, ceux qui étaient encore présents au mur Occidental, vestige du mur de soutènement du Second Temple, étaient avant tout les fidèles les plus assidus.
« Je suis ici depuis hier soir, avant le début du jeûne », a raconté Dekel Cohen, un Juif ultra-orthodoxe de Bnei Brak, expliquant avoir passé toute la nuit à prier au pied du Mur, ne dormant que par brèves périodes. « C’est ici que, depuis des générations, nous attendons que Dieu nous accorde une rédemption complète. Lorsque nous prions ici du plus profond de notre cœur, nous croyons qu’Il entend nos prières. »
Cohen a décrit l’affluence qui régnait au mur Occidental la veille.
« Jusqu’à environ une demi-heure avant le début du jeûne, l’esplanade était presque vide », a-t-il expliqué. « Puis la foule est arrivée en masse, et ce jusque tard dans la nuit. Il y a moins de monde maintenant, à cause de la chaleur, mais chacun sait que c’est ici et aujourd’hui que l’on pleure la destruction du Temple et que l’on prie pour sa reconstruction. »
Rachel, une habitante de Jérusalem, est arrivée jeudi matin au mur Occidental avec son fils et sa fille.
« Chaque année, je viens à Tisha BeAv », a-t-elle expliqué. « C’est ce que faisait mon père, c’est ainsi qu’il m’a élevée, et c’est ce que je fais aujourd’hui avec mes enfants. »
Malgré tout ce qu’Israël a traversé depuis le pogrom perpétré le 7 octobre 2023 par le groupe terroriste palestinien du Hamas, notamment la guerre contre la République islamique d’Iran, Rachel estime que ce Tisha BeAv ne diffère guère de ceux des années précédentes.
« En venant ici aujourd’hui, nous nous disions combien il était étrange qu’hier soir encore, nous nous préparions à devoir courir jusqu’à un abri en cas de nouvelle attaque de missiles iraniens, alors qu’aujourd’hui, nous marchons tranquillement dans Jérusalem, sous un soleil radieux, sans la moindre crainte », a-t-elle confié. « Nous vivons dans une Jérusalem en pleine reconstruction, nous prions au mur Occidental, mais nous ne pouvons toujours pas monter sur le mont du Temple pour y prier tant que notre peuple ne sera pas plus uni et que le Temple n’aura pas été reconstruit. C’est pourquoi nous revenons ici pour prier. »
Si de nombreux Juifs pratiquants estiment qu’il est aujourd’hui interdit de monter sur le mont du Temple, la halakha, ou loi juive, interdisant l’accès au site aux personnes en état d’impureté rituelle, d’autres considèrent qu’elle autorise l’accès à certaines parties du complexe. Ils estiment également que le maintien d’une présence juive sur place constitue, pour des raisons nationales, une nécessité politique.
À la mi-journée de jeudi, plus de 3 000 visiteurs juifs s’étaient déjà rendus sur ce site sensible, parmi lesquels le ministre de la Sécurité nationale d’extrême droite, Itamar Ben Gvir. Selon certaines informations, de nombreux autres visiteurs étaient encore attendus au cours de la journée.
« Chaque année, davantage de personnes montent sur le mont du Temple que l’année précédente », a déclaré Eliah Nachman Cohen, un habitant du bloc d’implantations du Gush Etzion, en Cisjordanie, qui se trouvait sur la place du mur Occidental après être redescendu du mont du Temple.
« C’est le point de rencontre entre notre monde et l’Infini. C’est aussi le lieu qui a uni le peuple juif à travers les générations. Des pharisiens et des sadducéens de l’époque du Second Temple aux Juifs religieux et laïcs d’aujourd’hui, tous comprennent que c’est ici que se dressait le Temple, ce qui nous unit. Chaque année, nous nous rapprochons un peu plus de sa reconstruction », a-t-il ajouté.
Tous ceux qui se sont rendus au mur Occidental jeudi matin n’étaient toutefois pas animés par des considérations aussi idéalistes. Micha, un habitant de Jérusalem, a simplement suivi son instinct.
« Je promenais mon fils dans sa poussette pour l’aider à s’endormir, et je me suis dit que ce serait sympa d’aller au mur Occidental pour Tisha BeAv », a-t-il expliqué. « Quel endroit pourrait être plus significatif pour nous aujourd’hui ? »
Une fois sur place, a-t-il ajouté, ses pensées se sont tournées vers des prières pour la sécurité du pays.
« Je souhaite le meilleur à l’État d’Israël, avant tout à nos soldats, et je pense aussi à ma famille et à mes proches », a-t-il déclaré. « Ce n’est pas très réjouissant de constater que l’état de guerre est devenu notre quotidien, mais j’espère que nous continuons à aller de l’avant, plutôt que de faire marche arrière. »
D’autres étaient venus au mur Occidental pour méditer sur les enseignements de Tisha BeAv, jour où, selon la tradition, les divisions et les querelles internes ont conduit aux tragédies commémorées en cette journée. Alors qu’Israël se prépare aux élections législatives d’octobre, beaucoup redoutent que les tensions entre les différents partis politiques ne dégénèrent en violences, comme l’a averti le président Isaac Herzog en début de semaine.
« Il est important d’être ici aujourd’hui pour réfléchir à ce que nous devons faire, en tant que nation, afin qu’une telle tragédie ne puisse plus jamais se reproduire », a déclaré Oksana, venue du centre du pays.
« La leçon, surtout cette année, c’est que nous devons rester unis pour réussir en tant que nation. Tisha BeAv est l’occasion de nous rappeler que notre force réside dans notre unité », a-t-elle ajouté.
D’autres, en revanche, étaient venus avec des aspirations plus simples : la paix et la tranquillité.
« Nous vivons à environ une heure de Jérusalem et nous ne venons donc pas souvent au mur Occidental », a expliqué Rena, une habitante d’une implantation de Cisjordanie située près de Ramallah. « Après trois années de guerre, je ne sais pas si ce Tisha BeAv revêt une signification différente de celle des années précédentes. Nous espérons simplement que ce sera le dernier avant le retour de la paix. »
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