Près d’un million d’Israéliens ont appelé une ligne d’écoute en trois ans de guerre
Le service ERAN a traité 21 829 appels liés au suicide depuis le 7 octobre 2023 ; le nombre d'appels a presque doublé chez les jeunes
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Depuis le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023, près d’un million de personnes ont contacté la ligne d’assistance en santé mentale ERAN pour obtenir de l’aide, a fait savoir mardi, dans son rapport, l’ONG spécialisée dans l’aide psychologique d’urgence.
Chez les adolescents et jeunes adultes, les demandes d’aide pour pensées, intentions ou gestes suicidaires ont considérablement augmenté ces trois dernières années, depuis que les terroristes ont pris d’assaut le sud d’Israël, tué 1 200 personnes et kidnappé 251 personnes vers Gaza.
« Ces trois années de guerre nous ont confrontés à une réalité dure et tenace », explique David Koren, directeur général d’ERAN. « Derrière chaque appel à l’aide se trouve une personne aux prises avec la douleur, le deuil, l’anxiété, la solitude ou l’épuisement — et souvent un mélange de tous ces éléments. »
Bien que le volume des demandes d’assistance ait atteint son maximum lors des deux premières années de guerre, diminuant légèrement au cours de la troisième, les indicateurs font état d’une détresse émotionnelle durable et d’une solitude accrue au sein de la population.
Ces trois dernières années, le réseau ERAN et ses 1 850 bénévoles formés et soutenus par des professionnels de la santé mentale ont répondu à 928 911 demandes — 774 604 appels téléphoniques et 154 307 contacts numériques via WhatsApp, chat, SMS ou e-mail.
Lors des premiers mois du conflit, les appels ont surtout porté sur des traumatismes aigus, des cas de panique et des deuils. Au fil du temps, les cas de panique ont laissé la place à de la solitude et de la détresse émotionnelle chronique.
Les demandes concernant la solitude ont nettement augmenté au sein de la population, passant de près de 28 % de l’ensemble des appels, la première année, à 41 % la troisième, en faisant la préoccupation la plus fréquente du service. Selon les membres d’ERAN, là est le bilan psychologique d’une incertitude prolongée, de tensions familiales et d’habitudes sociales qui ont volé en éclats.
Les appels à l’aide d’enfants, adolescents et jeunes adultes – jusqu’à 24 ans – ont augmenté de manière constante en l’espace de trois ans, et représentent désormais près d’un quart des demandes adressées à ERAN. Au sein de cette population, la proportion d’appels impliquant des pensées, intentions ou gestes suicidaires est passée de 2,6 % la première année à 4,4 % la troisième.
Sur l’ensemble de la population, ERAN a traité 21 829 contacts liés au suicide au cours de ces trois années, soit 2,35 % de toutes les demandes.
Le taux de demandes impliquant des idées, intentions ou actes suicidaires est passé de 2 % de l’ensemble des appels au cours de la première année à 2,2 % au cours de la deuxième année, puis à 2,83 % au cours de la troisième année.
Selon les responsables d’ERAN, ce chiffre ne représente que les demandes adressées à la ligne d’assistance dans lesquelles un contenu suicidaire a été exprimé, ce qui permet de se faire, par extrapolation, une idée plus ou moins claire de l’évolution des comportements suicidaires en Israël.
La détresse suicidaire découle d’une combinaison complexe de facteurs de risque, de circonstances de vie et de caractéristiques personnelles ou sociales, et non d’une cause unique, expliquent les responsables d’ERAN avant de préciser que la hausse constante depuis le début de la guerre souligne le besoin durable d’une aide accessible sur le long terme.
Forte pression sur les militaires
Leurs résultats mettent en évidence la pression émotionnelle et mentale spécifique exercée sur les militaires. ERAN a répondu à 160 000 appels de soldats d’active et réservistes au cours de la guerre – à 60 % des hommes.
Ces soldats ont fait part d’une forte prévalence de sentiments d’isolement ou de solitude, lesquels ont représenté 41 % des demandes d’assistance des militaires au cours des deuxième et troisième années.
Les professionnels d’ERAN relèvent que les militaires peuvent avoir du mal à concilier leur vécu en tant que militaires et leur vie à la maison, et se sentir de ce fait très seuls. En outre, les signalements d’abus sexuels et de violences chez les militaires sont passés de 5 % la première année à 10 % la deuxième, avant de diminuer un peu pour atteindre 8 % la troisième année.
Baisse des demandes pour anxiété, traumatisme et deuil
Le pourcentage de demandes pour troubles psychologiques, dépression ou détresse mentale aiguë a diminué, passant de 26,6 % la première année – un record – à près de 20 % les deux années suivantes.
La proportion de demandes relatives à l’anxiété, à des cas de traumatisme ou à la mort a elle aussi baissé, passant de 18,4 % la première année à 10,6 % la deuxième et 9,6 % la troisième.
La baisse de ces pourcentages n’indique pas nécessairement que la détresse mentale a baissé ou que l’impact de la guerre est passé, signalent les professionnels d’ERAN. Elle reflète simplement un déplacement des sujets abordés dans le cadre des demandes d’assistance.
Chez les adultes âgés de 35 à 44 ans, un groupe qui comprend de nombreux parents et réservistes actifs, le nombre de personnes demandeuses d’aide a augmenté régulièrement chaque année. Les femmes représentent 56 % de l’ensemble des demandes.
« Le rapport nous rappelle que c’est précisément dans l’illusion de la routine qu’il est vital de remarquer ceux qui souffrent et d’identifier les signes de détresse », explique Shiri Daniels, directrice nationale d’ERAN, avant d’inviter la population à « aborder clairement la question du suicide » en cas de doute.
« Il faut écouter attentivement », conclut Daniels. « Ainsi, il est possible de venir en aide avant que la détresse ne s’aggrave. »
Plus de 30 000 militaires et agents de sécurité pris en charge depuis le 7-Octobre, dans 63 % des cas pour des traumatismes psychologiques
A l’occasion de la commémoration du pogrom du 7-Octobre, le ministère de la Défense a fait savoir mardi que plus de 30 000 militaires et personnels de sécurité blessés avaient, depuis le début de la guerre, sollicité un traitement auprès de son service de réhabilitation.
Près de 63 % d’entre eux y sont soignés pour des troubles psychologiques, notamment le trouble de stress post-traumatique, l’anxiété, la dépression ou des difficultés liées à la réintégration dans la vie civile.
Le ministère précise que le nombre total de blessés de guerres pris en charge par ce service a atteint 91 200, et que ce chiffre devrait dépasser les 100 000 d’ici 2028, la moitié d’entre eux faisant face à des séquelles psychologiques.
Le service de réhabilitation prend en charge les blessés de tous les corps de sécurité d’Israël, pas seulement des militaires de Tsahal.
Selon le ministère, parmi les blessés depuis le début de la guerre du 7-Octobre, 63 ont un taux d’invalidité supérieur à 100 % — le niveau de blessure le plus grave, 249 souffrent de traumatismes crâniens graves, 29 de cécité et 106 ont été amputées.
Selon ces mêmes données, 8 % des personnels de sécurité blessés ces trois dernières années sont des femmes, et 62 % des réservistes.
la Communauté du Times of Israël !







