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Analyse

Primaire de la gauche en France : Les 5 candidats confrontent leurs positions sur Israël et Gaza

Une polémique autour de propos de Ségolène Royal sur les Juifs de France qui devraient, selon elle, dénoncer Israël, a éclaté pendant et après l’émission

Raphaël Glucksmann, Emmanuel Maurel, Ségolène Royal, Olivier Faure et Jérôme Guedj, lors du premier débat de la primaire sociale-démocrate, sur le plateau de LCI, à Boulogne-Billancourt, le 23 septembre 2026. (Crédit :  JULIEN DE ROSA / AFP)
Raphaël Glucksmann, Emmanuel Maurel, Ségolène Royal, Olivier Faure et Jérôme Guedj, lors du premier débat de la primaire sociale-démocrate, sur le plateau de LCI, à Boulogne-Billancourt, le 23 septembre 2026. (Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP)

La guerre à Gaza, les relations entre l’Union européenne et Israël et l’antisémitisme en France ont occupé une partie du premier débat de la primaire sociale-démocrate, organisé mercredi 23 septembre sur la chaîne de télévision LCI. Pendant plus de vingt minutes, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel ont notamment confronté leurs positions sur les pressions à exercer sur le gouvernement de Benjamin Netanyahu et sur l’emploi du terme « génocide » pour qualifier la situation à Gaza.

Pressions sur le gouvernement israélien

Interrogés par un étudiant présent dans le public sur l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, les cinq candidats se sont accordés sur la nécessité d’accroître la pression sur le gouvernement israélien.

Olivier Faure s’est prononcé pour la suspension de l’accord. À Gaza, « ce n’est pas simplement une guerre, mais un génocide », a déclaré le premier secrétaire du Parti socialiste, demandant que « l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël soit suspendu » et que « le commerce avec les colonies soit interdit ». Il a également dénoncé la « colonisation » en Cisjordanie, qu’il a qualifiée d’ « insupportable », estimant qu’elle contribuait à rendre impossible la perspective de deux États. Le député de Seine-et-Marne a aussi reproché aux dirigeants européens de multiplier les déclarations sans prendre de mesures concrètes. « On n’a pas peur d’un chien qui aboie, mais dont on sait qu’il ne mordra jamais », a-t-il lancé tout en saluant l’action efficace, selon lui, du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez.

Raphaël Glucksmann a lui aussi défendu des sanctions contre le gouvernement israélien. Il a estimé qu’Israël devait comprendre qu’il existait « un coût » à payer face aux politiques menées par le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Il s’est également prononcé pour l’interdiction en Europe des produits provenant des « colonies » juives en Cisjordanie, précisant s’être battu « depuis des années » sur cette question au Parlement européen.

Jérôme Guedj a pour sa part estimé que les instruments commerciaux de l’accord devaient être utilisés pour faire pression sur le gouvernement israélien. « Les moyens de cet accord commercial doivent être mis dans la balance, dans la pression », a-t-il déclaré. Il a cependant mis en garde contre toute extension de cette pression à la société civile israélienne. « Faire pression sur le gouvernement israélien, ça ne peut pas être boycotter les universitaires, les artistes, la société civile israélienne », a-t-il affirmé.

Emmanuel Maurel s’est également prononcé pour une suspension de l’accord, estimant que la situation justifiait « qu’en effet on prenne des sanctions ». Le député du Val-d’Oise a reproché à la France d’avoir réagi trop tard à la situation à Gaza.

Ségolène Royal a elle aussi dénoncé la situation dans l’enclave palestinienne. « On ne peut pas tolérer ce qui se passe aujourd’hui à Gaza », a-t-elle déclaré, tout en rappelant avoir exprimé sa solidarité avec Israël après le « pogrom du 7-Octobre ».

« Génocide » : Un désaccord sur les mots

Le débat s’est ensuite tendu autour du terme « génocide ». Olivier Faure et Ségolène Royal l’ont employé pour qualifier la situation à Gaza. Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj ont, eux, refusé de reprendre cette qualification, parlant plutôt de « crimes de guerre » et de « crimes contre l’humanité », notamment en référence aux qualifications retenues par la Cour pénale internationale.

Emmanuel Maurel a repris l’idée d’une différente manière. Il a affirmé que des déclarations de responsables israéliens pouvant être interprétées comme exprimant une volonté d’extermination des Palestiniens, sans qualifier pour autant l’ensemble de la situation à Gaza de « génocide ».

Raphaël Glucksmann a appelé à « faire attention aux mots qu’on emploie », notamment dans un contexte français marqué par « l’essor de l’antisémitisme ». Jérôme Guedj a défendu une position proche. « Moi, j’utilise les termes que la justice consacre », a-t-il insisté.

Olivier Faure a au contraire assumé l’emploi du terme, insistant sur sa portée politique. « Quand Pedro Sánchez prononce le mot, quand il dit ‘gouvernement génocidaire’, ça a un poids », a-t-il jugé.

Le premier secrétaire du PS a rappelé avoir défendu à l’Assemblée nationale une résolution sur le génocide des Ouïghours. Selon lui, une telle qualification peut être employée avant que les faits ne soient définitivement établis par les historiens.

La Cour internationale de justice (CIJ) (qui règle les litiges entre États) et la Cour pénale internationale (CPI) (qui juge des individus), ainsi que les tribunaux pénaux internationaux ad hoc (comme pour le Rwanda ou l’ex-Yougoslavie) mis en place par les Nations unies, sont les seules instances habilitées à établir juridiquement la réalité d’un génocide.

Les Juifs de France au cœur d’un échange tendu

La question de l’antisémitisme en France a donné lieu à l’un des échanges les plus vifs de la soirée. « Il y a une montée de l’antisémitisme qui est très inquiétante », a déclaré Ségolène Royal. Selon elle, cette progression « n’est pas due à Israël » mais « aux actuels dirigeants d’Israël »…

Elle a alors estimé qu’il faudrait « plus de voix israéliennes et juives pour dire que ce qui se passe est absolument intolérable », afin notamment d’éviter les amalgames entre les décisions du gouvernement israélien et les Juifs en général. « Les gens mélangent tout », a-t-elle déclaré. « Ils se disent : ‘C’est les Juifs en général.’ Mais non ! Ce sont les actuels dirigeants, c’est Netanyahu et ceux qui l’entourent, qui sont aujourd’hui responsables. »

Jérôme Guedj lui a répondu vivement : « C’est assez incroyable comme injonction. » Le député socialiste a contesté l’idée que les Français juifs devraient se positionner sur la politique d’un gouvernement étranger en raison de leur religion. « On n’a pas demandé, fort heureusement, aux Français musulmans de hausser la voix pour se désolidariser des crimes commis par Daech. Parce que ce sont des Français avant d’être des musulmans », a-t-il déclaré. Pour lui, cette approche revient à « essentialiser » le conflit et contredit « l’universalisme républicain ». Ségolène Royal a rejeté cette lecture, accusant son adversaire de « caricaturer la pensée des autres ».

Raphaël Glucksmann est alors lui aussi intervenu. « Un Français juif n’a rien à voir avec Netanyahu », a-t-il déclaré. « Il y en a marre. Ce type de discours, à la fin, on se retrouve avec un père et ses enfants qui marchent dans la rue et qui se fait traiter de génocidaire juste parce qu’il a une kippa. » « Ce n’est pas aux Juifs de dénoncer Netanyahu. C’est aux démocrates. C’est aux humanistes », a-t-il poursuivi. « Moi, je dénonce Netanyahu pas parce que j’ai des origines juives ; je dénonce Netanyahu parce que je suis un humaniste. »

Raphaël Glucksmann a par ailleurs dénoncé les politiques menées par Benjamin Netanyahu, Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, notamment en Cisjordanie, parlant de « purification ethnique » et qualifiant les trois dirigeants de « bouchers ».

Olivier Faure a lui aussi insisté sur la distinction entre judaïsme, nationalité israélienne et politique du gouvernement Netanyahu. « Il y a aujourd’hui des gens, parce que Juifs, qui sont simplement associés à ce que fait un gouvernement qui n’est pas le leur », a-t-il déclaré. « On peut être Juif, on n’est pas forcément Israélien. Et quand on est Israélien, on n’est pas forcément d’extrême droite. »

Deux États et héritage d’Oslo

Sur la solution à deux États, les cinq candidats ont affiché leur soutien, avec là encore des nuances. Jérôme Guedj s’est présenté comme un « enfant d’Oslo », rappelant avoir cru, comme beaucoup, à la possibilité d’une paix israélo-palestinienne après la poignée de mains entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat.

« La solution à deux États […] c’est notre fil à plomb », a-t-il déclaré. Il a condamné « le terrorisme islamiste du Hamas » ainsi que les adversaires israéliens du processus de paix, en évoquant notamment l’assassinat de Rabin par un extrémiste juif.

Le député de l’Essonne a également rappelé s’être rendu en Israël il y a quelques mois et avoir rencontré Yair Golan, dirigeant du parti HaDemocratim. Il a évoqué la possibilité d’une coalition réunissant le centre gauche et le centre droit israéliens pour mettre fin à la politique actuelle du gouvernement Netanyahu.

Emmanuel Maurel a de son côté cité François Mitterrand et le discours prononcé par l’ancien président français à la Knesset en 1982. « Mitterrand arrivait devant l’Assemblée nationale israélienne, il leur disait : ‘Il faut que vous respectiez les Palestiniens et qu’ils aient un État’ », a-t-il déclaré. Il a reproché à Emmanuel Macron d’avoir, selon lui, tardé à reconnaître un État palestinien. Il a inscrit cette question dans sa défense plus large du droit international et des peuples victimes de conflits.

Olivier Faure a également défendu la perspective de deux États et proposé qu’une future conférence de paix israélo-palestinienne soit organisée par la France.

Les réactions après le débat

La polémique autour des propos de Ségolène Royal sur les Juifs de France qui devraient, selon elle, dénoncer Israël, s’est poursuivie après l’émission.

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Yonathan Arfi, a dénoncé jeudi une « trahison de l’idéal républicain », estimant que les Français juifs ne devraient pas être appelés à prendre position sur un conflit étranger en raison de leur religion ou de leurs origines.

La ministre Aurore Bergé a également réagi sur X, affirmant que « rendre [les Français juifs] coupables par procuration d’un conflit à des milliers de kilomètres de la France est insupportable. Essentialiser, assigner, on sait où ça mène. À l’antisémitisme. »

La députée Prisca Thévenot a, elle, écrit à Ségolène Royal qu’« en faisant porter aux victimes la responsabilité de la haine qu’elles endurent, vous vous inscrivez dans la même logique antisémite que Jean-Luc Mélenchon ».

Il s’agissait du premier des trois débats prévus pour cette primaire et destinés à attirer le grand public et rendre le corps électoral le plus large possible. Les organisateurs espèrent au moins 100.000 votants, loin de la primaire qui avait conduit à la victoire de François Hollande en 2012 (entre 2,6 et 2,8 millions d’électeurs).

Le premier tour de la primaire sociale-démocrate est prévu les 9 et 10 octobre, le second les 16 et 17 octobre. Selon le président de la Commission d’organisation, Patrick Mennucci, l’élection devrait dépasser les 90 000 inscrits. Pour pouvoir y voter, il faut être adhérent d’un des trois partis organisateurs (Parti socialiste, Place publique ou Gauche républicaine et socialiste) ou adhérer à une plateforme baptisée Choisir2027.fr, pour un montant de 15 euros (10 euros pour le tarif social). L’élection présidentielle française est, elle, prévue les 18 avril et 2 mai 2027.

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