Recours palestinien devant la Cour Suprême contre la saisie de camions-citernes par Tsahal
Le recours somme l'armée israélienne de répondre aux besoins humanitaires des habitants d'un hameau bédouin de Cisjordanie, incapables de subvenir à leurs besoins ou à ceux de leur bétail
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Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Jeudi, l’Association pour les droits civiques en Israël a déposé un recours contre l’armée israélienne devant la Cour Suprême pour exiger que l’armée subvienne aux besoins humanitaires des habitants du hameau bédouin palestinien d’al-Farisiyah, dans le nord de la vallée du Jourdain.
Le recours a été déposé au nom de 10 habitants du hameau à la suite de la saisie opérée lundi par Tsahal des tracteurs, citernes d’eau et véhicules privés des résidents d’al-Farisiyah. Les autorités militaires ont justifié cette action en affirmant que ces biens étaient utilisés à l’intérieur de zones de tir de Tsahal, des secteurs interdits d’accès aux Bédouins. Quatre opérations de ce type ont été menées contre d’autres communautés palestiniennes de la région, privées elles aussi des moyens de subsistance élémentaires.
L’Association pour les droits civiques en Israël affirme dans son recours que la saisie des camions-citernes et d’autres équipements vitaux s’apparente à un ordre de dépopulation, puisqu’elle prive les habitants de la capacité de continuer à vivre dans leur village.
Le porte-parole de Tsahal a répondu que les saisies avaient été menées « afin d’empêcher l’accès aux zones de tir nécessaires aux entraînements et activités militaires », et que les opérations visaient également à « appréhender les intrus, expulser les résidents non autorisés, démolir les constructions illégales et confisquer les véhicules utilisés en violation des ordres et procédures applicables dans le secteur ».
Harcèlement et pressions sur Al-Farisiyah
Les 30 habitants d’al-Farisiyah subissent un harcèlement incessant de la part de résidents d’implantations radicaux issus d’avant-postes illégaux ainsi que des interventions répétées de Tsahal qui les soutiennent. Al-Farisiyah est l’un des derniers villages bédouins encore peuplés du nord de la vallée du Jourdain, les autres communautés de la région ayant été contraintes de partir en raison du harcèlement des résidents d’implantations.
Lundi, l’armée israélienne a confisqué deux des camions-citernes d’al-Farisiyah, un tracteur servant à les remorquer, ainsi que le véhicule privé de l’un des habitants. Mardi soir, une unité de Tsahal a mené une « inspection de routine », à 21 heures, pour vérifier les conteneurs d’eau que les habitants avaient réussi à apporter suite à la confiscation de leurs camions-citernes.
Le recours de l’Association pour les droits civiques en Israël soutient que, puisque les habitants du hameau ne peuvent plus accéder à l’eau, se nourrir, nourrir leur bétail ou se déplacer pour des raisons humanitaires (telles que des urgences médicales), Tsahal est tenu de subvenir à leurs besoins humanitaires en sa qualité de puissance souveraine en Cisjordanie.
L’Association pour les droits civiques en Israël souligne que Tsahal et les autres autorités israéliennes ont toujours refusé de permettre le raccordement d’al-Farisiyah au réseau de distribution d’eau ou d’y installer des points de ravitaillement. Par conséquent, les habitants dépendent totalement des camions-citernes saisis pour leur survie et celle de leur bétail.
« Chaque jour depuis la confiscation, les habitants se débattent pour obtenir de l’eau, afin que leur santé et celle de leurs animaux – qui constituent leur source de revenus et sont au cœur de leur mode de vie – ne soient pas mises en danger », a déclaré l’Association pour les droits civiques en Israël. « Ils ignorent comment ils survivront aux heures suivantes… Ils n’ont pas d’autre lieu de vie, ils n’ont pas d’autre endroit où aller. »
Le débat sur les « zones de tir »
Selon l’Association pour les droits civiques en Israël, les terres de pâturage utilisées par les habitants d’al-Farisiyah sont des propriétés privées, mais elles ont été déclarées « zones de tir » par l’armée dans les années 1960 et 1970. Des centaines de milliers d’hectares de terres en Cisjordanie ont ainsi été désignés zones d’entraînement et, pour l’essentiel, fermés à tout développement ou usage agricole.
Cependant, selon les recherches de l’organisation Kerem Navoth, près de 80 % de ces zones de tir ne sont pas utilisées pour l’entraînement militaire. En outre, certains avant-postes illégaux se trouvent eux-mêmes à l’intérieur, ou partiellement à l’intérieur, de ces zones de tir, et il n’est pas rare que des résidents d’implantations soient autorisés à y faire paître leur bétail.
L’un de ces avant-postes, Aira Shahar, situé à l’ouest de la partie sud de la vallée du Jourdain, se trouve à l’intérieur de la zone de tir 906. Trois autres avant-postes de la vallée du Jourdain — la ferme d’Auja, Rosh Tidhar et la ferme de Zohar — se situent en bordure de cette même zone de tir et y font paître leur bétail, selon Dror Etkes, directeur de Kerem Navoth.
Dans la mesure où Tsahal n’a pas confisqué le matériel de ces avant-postes, l’Association pour les droits civiques en Israël estime dans son recours que l’armée n’applique pas les règles concernant les zones de tir de manière équitable, et que les ordres de saisie contre al-Farisiyah ont un caractère discriminatoire et illégal.
Accusations de discrimination et déplacement forcé
« Non seulement l’État agit en violation du droit international, qui l’oblige à protéger les droits humains des habitants des territoires à vivre dans la dignité et l’égalité, mais il fait également preuve de discrimination à leur égard et favorise même leur expulsion et leur déplacement forcé », a déclaré Reut Shaer, l’avocate de l’Association pour les droits civiques en Israël, auteure du recours.
« Cette confiscation honteuse et humiliante sert de catalyseur à des violences clairement destinées à pousser les habitants palestiniens à abandonner la région », a-t-elle ajouté. « Et l’inverse est également vrai : les violences contre les familles ainsi que contre les autres communautés renforcent les tentatives de déraciner ces populations de leur lieu de vie, par le biais d’une application de la loi coercitive et de discriminations ciblées. »
L’armée israélienne a toutefois rétorqué : « Il convient de souligner que l’évacuation [des résidents non autorisés] est menée conformément à la loi et aux seuls besoins opérationnels. »
« Les forces de sécurité ont mené une opération pour faire respecter l’interdiction d’accès à de nombreuses zones de tir dans la vallée du Jourdain et pour appliquer les lois sur la planification et la construction », a ajouté l’armée, « opération au cours de laquelle une quarantaine de véhicules opérant dans les zones de tir et dont la présence est illégale ont été confisqués. »
la Communauté du Times of Israël !







