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Reprise des manifestations anti-gouvernement après la fin des rassemblements pour les otages

Les manifestants se concentrent sur leur demande d'une commission d'enquête nationale et de lois équitables en matière de conscription ; d'autres se rassemblent dans le sud pour s'assurer du retour du dernier otage, Ran Gvili

Des milliers de manifestants anti-gouvernement se sont rassemblés samedi soir sur la place Habima, à Tel Aviv, alors que le mouvement revenait sur le devant de la scène après la fin des rassemblements hebdomadaires pour les otages de Gaza la semaine dernière, après presque deux ans.

La guerre à Gaza et les victimes du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 ont néanmoins occupé une place prépondérante dans les débats, et des familles endeuillées ont pris la parole.

Parmi les manifestants figuraient des membres de divers groupes militants, dont les différentes causes et revendications étaient affichées sur toute la place.

Les questions fondamentales soulevées par les manifestants concernaient principalement le 7-Octobre et la guerre qui s’en est suivie à Gaza. Parmi les orateurs, figurait notamment la mère d’un soldat tué dans les geôles du Hamas.

D’autres problèmes plus anciens, comme les nombreuses tentatives du gouvernement pour affaiblir le pouvoir judiciaire, ont également été évoqués.

Un groupe important de manifestants a défilé depuis l’échangeur Begin-Kaplan jusqu’à la place Habima pour donner le coup d’envoi des événements de la soirée.

Des manifestants anti-gouvernement réclamant la création d’une commission d’enquête nationale sur le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, sur la place Habima, à Tel Aviv, le 6 décembre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Selon le journal Haaretz, plusieurs militants d’extrême droite les auraient abordés pendant leur marche, mais ils auraient été repoussés par la police après une brève confrontation.

Les militants d’extrême droite ont ensuite tenté de confronter les manifestants sur la place Habima, selon le journal, et ont de nouveau été évacués par la police après des échauffourées.

Le groupe de protestation Frères d’armes, composé de réservistes et créé en 2023 en réponse aux tentatives du gouvernement de refonder le système judiciaire, a installé un grand stand à l’extrémité sud de la place. Ses membres y ont dénoncé la volonté du gouvernement de codifier les exemptions du service militaire pour les hommes ultra-orthodoxes.

À proximité, des militants du groupe de gauche « Looking the Occupation in the Eye » (Regarder l’occupation en face) brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Nous avons gardé le silence sur l’occupation, aujourd’hui nous sommes sous une dictature. » Une centaine d’autres manifestants de gauche brandissaient des photos d’enfants palestiniens tués à Gaza.

De l’autre côté du stand de Frères d’armes, l’ONG Mouvement pour une gouvernance de qualité (MGQ) a installé une tente appelant à la création d’une commission d’enquête nationale sur les défaillances d’Israël avant le 7-Octobre.

Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a avancé plusieurs raisons pour expliquer pourquoi il ne créerait pas une telle commission. Il a d’abord insisté sur le fait que cela ne pouvait se faire en temps de guerre, puis a affirmé que le président de la Cour suprême n’était pas digne de confiance pour nommer un juge impartial ou à la retraite à la tête de la commission, et que les conclusions du panel seraient rejetées par une partie importante de la population.

Une grande banderole suspendue entre deux arbres près de la tente de MGQ arborait une image du visage de Netanyahu et l’inscription : « Ministre du crime ».

Le groupe de protestation « Crime Minister » est né il y a une dizaine d’années, lorsque les premières accusations de corruption visant Netanyahu ont été rendues publiques, donnant lieu au procès actuel.

Un manifestant déguisé en Premier ministre Benjamin Netanyahu se moquant de sa demande de grâce auprès du président Isaac Herzog, lors d’une manifestation anti-gouvernement, sur la place Habima, à Tel Aviv, le 6 décembre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Une vidéo diffusée sur un écran accusait Netanyahu d’avoir organisé des paiements en espèces du Qatar au Hamas, et d’avoir sauvé leur réputation alors qu’ils étaient rejetés par une grande partie du monde arabe. Selon cette vidéo, cela aurait conduit à l’assaut barbare et sanglant du Hamas et expliquerait pourquoi Netanyahu est réticent à autoriser une enquête approfondie.

Le rassemblement était animé par Shikma Bressler, une militante anti-gouvernement de premier plan qui s’est fait connaître lors des manifestations contre la refonte judiciaire de 2023, suspendues immédiatement après le 7-Octobre.

« Nous sommes le peuple. Nous pouvons et devons tous mettre fin à la destruction de la démocratie et du pays », a-t-elle déclaré au début du rassemblement, qui a commencé par l’Hatikva, l’hymne national israélien.

« Ensemble, nous pouvons tous reconstruire l’État d’Israël pour en faire un pays dont nous serons tous fiers : juif, démocratique, libéral, serein. »

Des personnes participant à une manifestation pour réclamer la création d’une commission d’enquête nationale sur le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, sur la place Habima, à Tel Aviv, le 6 décembre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Les questions relatives au procès pénal de Netanyahu et à la grâce qu’il a demandée au président Isaac Herzog la semaine dernière ont également été au centre de l’attention.

Selon Maayan Sherman, dont le fils, le soldat Ron a été tué aux mains du Hamas par une frappe aérienne israélienne, le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, est responsable.

« Ron fait partie des 42 otages arrivés vivants à Gaza et tués là-bas à cause du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de son choix de renoncer à un accord qui aurait permis de les ramener tous vivants mais qui aurait aussi pu lui coûter ses fonctions », a expliqué Sherman.

« C’est pour cela », a poursuivi Sherman, qu’elle pressait le président Isaac Herzog de refuser la demande de grâce de Netanyahu pour son procès pour corruption.

« Ne vous avisez pas de gracier Benjamin Netanyahu », a-t-elle ajouté. « Personne, dans ce pays, ne devrait être au-dessus des lois… c’est une limite qu’Israël, en sa qualité de pays démocratique, ne doit surtout pas franchir. »

Sherman s’en est par ailleurs prise à la « coalition d’escrocs et de parasites » de Netanyahu qui font tout pour faire adopter un « ignoble projet de loi destiné à organiser la dispense de service militaire… au détriment des réservistes, épuisés. »

« Nous exigeons une véritable commission d’enquête d’État indépendante, et non un comité politisé conçu pour protéger les responsables », a-t-elle précisé en dénonçant les tentatives gouvernementales pour imposer sa propre enquête sur le pogrom du Hamas.

« Nous ne laisserons pas les autorités en charge du pays, le jour du massacre, se juger elles-mêmes. »

« Mon devoir de mère ne s’est pas arrêté lorsque le cœur de Ron a cessé de battre », a-t-elle confié. « Ce pays mérite de se reconstruire… après ce mauvais gouvernement qui nous a fait tant de mal. »

Après elle, Omri Ronen, militant du groupe de protestation réserviste des Frères d’armes, a remercié la foule, majoritairement laïque, qu’il a qualifiée de « population travailleuse, au service d’Israël – le moteur du pays ».

« Vous avez tous fait votre service militaire », a-t-il dit aux manifestants.

« Vous êtes un wagon plein, plein de talent, de créativité et de valeurs juives et humanistes », a-t-il poursuivi en filant la célèbre métaphore employée par le rabbin ultra-orthodoxe Abraham Yeshayahu Karelitz (Hazon Ish) devant le premier Premier ministre d’Israël, David Ben Gurion, selon lequel les laïcs israéliens étaient un « wagon vide ».

Ronen a assuré que « l’incroyable énergie née ces trois dernières années » — depuis le début des manifestations contre la refonte judiciaire — se manifesterait lors des prochaines élections, par « une immense démonstration d’espoir et de synergie entre celles et ceux qui ont décidé de se construire eux-mêmes un pays. »

« Si nous continuons à tracer le même chemin ensemble, fidèlement, alors rien ne pourra nous arrêter », a-t-il conclu.

« Vous êtes les nouveaux pionniers. »

D’autres manifestations de moindre ampleur ont eu lieu dans d’autres villes d’Israël, notamment à Haïfa, à Jérusalem et à Carmei Gat.

Le rassemblement de Carmei Gat, dans le sud d’Israël, est un événement hebdomadaire organisé par les membres du kibboutz Nir Oz, durement éprouvé le 7 octobre 2023. Contrairement aux autres rassemblements, celui-ci était principalement axé sur le dernier otage encore retenu à Gaza, le sergent-chef Ran Gvili, et sur la lutte pour ramener son corps en Israël.

Le frère de Hadar Goldin, dont le corps a été rendu par le Hamas le mois dernier, onze ans après avoir été tué au combat à Gaza, ainsi que Nira Sharabi, veuve de Yossi Sharabi, assassiné alors qu’il était détenu par le Hamas et dont le corps a été rendu en octobre, étaient présents.

« C’est la dernière ligne droite d’une lutte longue et sans précédent », a déclaré Sharabi à la foule, soulignant qu’Israël ne devait pas passer aux étapes suivantes du plan soutenu par les États-Unis pour Gaza avant que le corps de Ran ne soit restitué.

« C’est une occasion qui ne se représentera pas. C’est le moment de veiller à ce qu’aucun otage ne soit abandonné. Qu’aucune famille ne soit abandonnée. Que nos valeurs ne soient pas abandonnées », a-t-elle insisté.

« Ce n’est qu’alors que le soleil pourra se coucher le 7-Octobre. »

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