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Sarah Hurwitz, ex-collaboratrice d’Obama, affole la Toile en parlant de l’enseignement de la Shoah

Progressistes, défenseurs des droits humains et pro-palestiniens ont critiqué ses propos sur la question du génocide, une question de nature, selon elle, à pousser les jeunes à diaboliser Israël

L'auteure Sarah Hurwitz participe à une table ronde lors de l'Assemblée générale annuelle des Jewish Federations of North America, aux côtés, de gauche à droite, d'Eric Fingerhut, président et PDG de JFNA, l'auteur israélien Micah Goodman et enfin Richard Marceau, membre du Centre canadien pour les affaires israéliennes et juives, à Washington, DC, 16 novembre 2025. (Avec l'aimable autorisation de JFNA via la JTA)
L'auteure Sarah Hurwitz participe à une table ronde lors de l'Assemblée générale annuelle des Jewish Federations of North America, aux côtés, de gauche à droite, d'Eric Fingerhut, président et PDG de JFNA, l'auteur israélien Micah Goodman et enfin Richard Marceau, membre du Centre canadien pour les affaires israéliennes et juives, à Washington, DC, 16 novembre 2025. (Avec l'aimable autorisation de JFNA via la JTA)

JTA — Dans le cadre d’une réunion entre spécialistes juifs du travail de collecte de fonds et des questions communautaires, les propos de Sarah Hurwitz sur l’antisémitisme et sur l’enseignement de la Shoah lui ont valu des applaudissements polis.

Mais lorsqu’ils sont arrivés sur les réseaux sociaux, ils ont donné lieu à une tempête rhétorique autour de la guerre à Gaza — et à des usages et abus de l’histoire juive.

Ex-plume de Barack et Michelle Obama, auteure de deux livres sur sa réapropriation de son identité juive à l’âge adulte, Hurwitz était l’une des trois invités de la table ronde introductive de l’Assemblée générale des Jewish Federations of North America, à Washington, le 16 novembre dernier – un rendez-vous qui avait été fixé pour parler de l’antisémitisme et de l’identité juive, à un « carrefour ».

En lisant ses notes, elle a commencé par dire, sans trop d’audace, que les « jeunes » étaient exposés à des contenus médiatiques qui avaient tendance à amplifier la marginalité, à commencer par des influenceurs antisémites comme Nick Fuentes.

Elle a plus tard soulevé un point un tantinet plus polémique, celui selon lequel les images du « carnage » à Gaza faisaient qu’il était très difficile pour des défenseurs d’Israël comme elle de débattre des « faits et arguments » avec les jeunes Juifs.

Après quoi elle a abordé la question de l’enseignement de la Shoah en laissant entendre que le « pari » des Juifs sur cette question avait fini par se retourner contre eux, du moins à titre de vaccin contre l’antisémitisme.

« L’enseignement de la Shoah est absolument essentiel », a-t-elle affirmé.

« Mais je pense que cela peut embrouiller certains jeunes vis-à-vis de l’antisémitisme, car ils y apprennent que de grands nazis forts ont fait du mal à des Juifs faibles et émaciés, et ils se disent : ‘Alors l’antisémitisme c’est un peu comme le racisme anti-noir, non ? Des Blancs puissants contre des Noirs sans pouvoir’. Donc, lorsque sur TikTok, à longueur de journée, ils voient des Israéliens puissants en train de faire du mal à des Palestiniens faibles et maigres, il n’y a rien de surprenant à qu’ils pensent : ‘Oh, je sais que la leçon de la Shoah, c’est de lutter contre Israël. Contre les grands et les puissants qui s’en prennent aux faibles.’ »

Les propos de Hurwitz ont pu être perçus comme purement descriptifs, expliquant de quelle manière l’aspect émotionnel de l’enseignement de la Shoah — lequel met l’accent sur la victimisation, l’asymétrie de pouvoir et le traumatisme — a conduit certains étudiants à se sentir émotionnellement proche des Palestiniens et non des Juifs.

Elle a ensuite suggéré que les leçons morales de la Shoah étaient souvent enseignées de manière trop binaire — opprimé contre oppresseur, impuissant contre puissant — sans aider les élèves à comprendre la complexité des phénomènes antisémites, même lorsque les Juifs disposent de la souveraineté et du pouvoir.

Mais au-delà du strict cercle de cette Assemblée générale, la réaction a été rapide et féroce. Instagram et Reddit ont été inondés de publications l’accusant d’avoir dit, comme on peut le lire, « que c’était une erreur de dire aux Américains que le génocide est mauvais ».

Jenin Younes, directeur juridique du Comité américano-arabe contre les discriminations, a accusé Hurwitz d’utiliser le traumatisme de la Shoah pour faire taire les critiques envers les opérations militaires israéliennes.

« L’enseignement de la Shoah ne fait pas défaut », a-t-elle assuré. « Elle atteint au contraire sa cible — parce qu’elle enseigne aux jeunes à reconnaître l’oppression et à la dénoncer, même lorsqu’elle ne sert pas les priorités politiques des uns ou des autres. »

Les Juifs progressistes sont eux aussi montés au créneau.

« Elle ne conteste pas que nous devions nous opposer aux puissants qui s’en prennent aux plus vulnérables », a écrit la rabbin Sandra Lawson sur Substack. « Elle est contrariée que les gens l’appliquent pour tout. Cette leçon était supposée rester circonscrite à certaines victimes. »

Le but de l’enseignement de la Shoah, a écrit le journaliste Spencer Ackerman, n’est pas de « faire de la souffrance juive quelque chose d’exceptionnel mais de susciter la solidarité. De reconnaître qu’il existe un continuum d’atrocités perpétrées par les classes dominantes contre des classes dominées. »

Le discours de Hurwitz sur un point qui est au coeur de la défense des intérêts juifs était sans doute parfaitement adapté aux Jewish Federations of North America, composées de spécialistes juifs plutôt traditionnels qui doutent de l’efficacité des outils actuels — enseignement de la Shoah, voyages en Israël, formation à l’anti-antisémitisme par des groupes pro-Israël — face aux messages anti-Israël dont les jeunes sont littéralement bombardés.

Les Jewish Federations of North America ont uni leur voix à plusieurs initiatives visant à présenter une vision plus « nuancée » de la guerre à Gaza, dans le but de contrer les récits trompeurs ou anti-Israël dans les médias grand public et sur les réseaux sociaux.

Sur leur page Facebook, les Jewish Federations of North America mettent en exergue un extrait du discours de Sarah Hurwitz lors de l’Assemblée annuelle de l’organisation à Washington, le 16 novembre 2025. (Via Facebook)

Mais Hurwitz a, ce faisant, mis les pieds dans le plat d’un débat qui remonte à plusieurs dizaines d’années — envenimé de surcroît par le pogrom commis par le Hamas le 7 octobre 2023 — autour des objectifs de l’enseignement de la Shoah.

« « Plus jamais ça » est-il un appel universel à la protection des droits humains et à la prévention du génocide, ou un appel plus restreint à ce que les Juifs ne soient plus jamais vulnérables et victimes de massacres de masse ? Si c’est le second cas, cela immunise-t-il Israël contre les accusations selon lesquelles il pourrait, en situation de légitime défense, opprimer un peuple plus faible ? »

En septembre dernier, ce débat a été au cœur d’une polémique lorsque le musée de la Shoah de Los Angeles a supprimé une publication Instagram proclamant : « ‘Plus jamais ça’ ne s’applique pas qu’aux Juifs. », assortie d’un dessin de six bras entrelacés, avec des couleurs de peau différentes, et sur l’un d’eux un tatouage d’Auschwitz. Un autre visuel affirmait : « Les Juifs ne doivent pas laisser les traumatismes de notre passé faire taire notre conscience. »

Le musée a expliqué avoir supprimé cette publication en raison de son caractère « aisément mal interprétable par certains comme étant une déclaration politique reflétant la situation actuelle au Moyen-Orient. »

En effet, les partisans de la Palestine et les militants en colère contre Israël y ont vu une déclaration relative au bilan humain et à la famine à Gaza.

Ben Ratskoff, professeur assistant à l’Occidental College de Los Angeles, a écrit que la rétractation du musée était le « reflet d’une prise de distance avec l’approche universaliste au cœur de la culture de la mémoire institutionnelle de la Shoah, soit depuis les années 1990. »

Elie Wiesel, a-t-il souligné, a présenté la Shoah comme « une tragédie juive aux implications et applications universelles. »

En 2000, la Déclaration de Stockholm, matrice de l’Alliance internationale pour le souvenir de la Shoah, déclarait elle aussi que « la Shoah aura toujours une signification universelle ».

« Enseigner la Shoah», explique le Musée commémoratif de la Shoah des États-Unis sur son site internet, « permet d’inciter les élèves à réfléchir de manière critique sur le passé ainsi qu’à leur rôle et responsabilité aujourd’hui. »

Des Juifs de gauche manifstent contre la guerre à Gaza, à New York, le 4 août 2025. (Luke Tress/Époque d’Israël)

En juillet dernier, l’historien israélien Amos Goldberg notait que la mémoire de la Shoah en Occident était le jeu de profondes tensions entre deux sentiments. Dans la première version, « orientée vers les droits de l’homme », « le monde s’est engagé envers les droits de l’homme, la lutte contre le nationalisme et le renforcement de la démocratie, des leçons tirées de la Shoah. » Le second sentiment, écrivait-il, « renvoie à l’empathie envers les Juifs en tant que principales victimes du nazisme, et leur perception comme l’ultime ‘Autre’ de l’Europe. »

Au moment où Israël fait face à des accusations de génocide à Gaza — notamment de la part de chercheurs israéliens tels que Goldberg, l’Association internationale des spécialistes du génocide et le groupe israélien de défense des droits humains B’Tselem — ces leçons divergentes de la Shoah ont été vivement débattues, et parfois instrumentalisées.

Après le massacre du 7-octobre, les partisans d’Israël ont invoqué la Shoah pour faire part de leur sentiment de vulnérabilité.

« Les meurtriers du Hamas sont mus par le même objectif », a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la commémoration officielle de la Shoah en Israël en 2024. Et nombreux sont ceux pour lesquels le 7 octobre est le jour le plus meurtrier pour les Juifs depuis la Shoah, ce qui implique un parallèle d’effet, voire d’ampleur.

Les Palestiniens et leurs partisans ont également évoqué la Shoah, ce qui est allé crescendo au fil de la guerre, à mesure que les accusations de « génocide » rendaient la comparaison implicite.

Les organisations juives ont non seulement rejeté les accusations de génocide mais aussi la comparaison, qu’elle soit faite par le Hamas ou par la rapporteure spéciale des Nations Unies sur la Palestine.

« Ces comparaisons ne sont pas seulement erronées ou exagérées ; elles sont à double tranchant », a écrit Simone Roadan-Benzaquen, directrice générale du bureau européen du Comité juif américain, en janvier dernier.

« D’un côté, ils banalisent les atrocités nazies en les assimilant à un conflit contemporain, aussi tragique soit-il, mais qui diffère fondamentalement de par son but et sa portée. Et de l’autre, ils inversent les rôles historiques en présentant les Juifs — victimes d’un génocide sans précédent — comme les oppresseurs d’aujourd’hui… Ce qui en résulte porte atteinte à la mémoire. »

Hurwitz a été rédactrice principale des discours pour Hillary Clinton lors de sa campagne présidentielle de 2008, puis rédactrice principale de discours de Barack Obama, et, entre 2010 et 2017, de Michelle Obama.

Après son départ du gouvernement, elle a écrit sur sa vie personnelle – celui d’une Juive « déchue » ou « culturelle » réinventée en une personne profondément engagée dans les textes, les rituels et l’histoire du peuple juif. Ses deux livres sur la question l’ont fait connaître via des conférences et des podcasts juifs.

Des Juifs de gauche manifestent contre la guerre à Gaza, à New York, le 4 août 2025. (Luke Tress/Times of Israel)

On ignore pour l’heure dans quelle mesure Hurwitz avait l’intention de dire, comme le lui reprochent ses contempteurs, que l’enseignement de la Shoah a été une erreur parce qu’il a suscité de la sympathie envers les Palestiniens. Elle n’a pas répondu à notre demande d’entretien.

Mais dans son dernier livre, « As a Jew », publié en septembre dernier, elle assure que l’enseignement de la Shoah ne sert à rien s’il n’évoque pas la portée historique de l’antisémitisme, ou, pour le dire avec les mots de l’écrivaine Dara Horn, s’il ne montre pas comment vivent les Juifs, au-delà de ceux qui ont trouvé la mort.

« Si la principale chose que vous savez sur l’antisémitisme, c’est la Shoah, il est facile d’avoir l’impression que l’antisémitisme est né quelque part au XXe siècle et que la Shoah a été un cas isolé, sorti de nulle part, qu’après quelques décennies à détester les Juifs, le monde civilisé a perdu la raison et a voulu les tuer », écrit-elle.

Son livre fait par ailleurs la place à une vigoureuse défense d’Israël, ce qui en fait une cible pour les anti-sionistes et critiques virulents d’Israël.

Lors de cette Assemblée générale des Jewish Fédérations of North America, en évoquant les limites d’un enseignement de la Shoah fondé sur l’explication de l’antisémitisme, Hurwitz s’est jetée dans la bataille sur l’application des leçons du passé aux crises actuelles.

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