Sauver son permis avec l’un des « Trente-Six » ? Une histoire inspirante, par ces temps de crise
Ou comment un moniteur de conduite, jovial et corpulent et qui parle à Dieu, m'a changé, moi et d'autres, même si je ne suis certain que tout ce qu'il nous a dit soit vrai
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David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).
Ils ont installé de nouveaux radars sur la route Begin, qui traverse Jérusalem du nord au sud, et je suis tombé dans le piège à deux reprises en l’espace de deux jours. Par conséquent, pour échapper à la suspension de permis, j’ai dû suivre une formation en prévention routière – deux séances de quatre heures, que j’ai choisi de suivre deux vendredi matins d’affilée.
Première leçon : de l’irritation à l’appréciation
Je suis arrivé sur place en même temps que des dizaines d’autres délinquants de la route responsables d’actes relativement mineurs : nous ne savions pas trop où aller, une fois à l’intérieur du bâtiment, ni s’il fallait nous enregistrer quelque part. Un monsieur d’un certain âge, manifestement un employé du ministère des Transports, a pris nos cartes d’identité d’une manière apparemment aléatoire qui n’a pas manqué de susciter des cris et des disputes.
Il s’avèrerait plus tard qu’une femme à lunettes, assise derrière une petite table, dans un couloir, était là pour s’occuper de tout. Elle nous a envoyés dans nos salles respectives, à raison de 35 personnes chacune, juste à temps pour le début de la session, prévu à 8 heures du matin. C’est alors que je me me suis rendu compte que j’avais oublié mes lunettes dans la voiture, aussi me suis-je au premier rang, à droite, pour voir correctement le tableau.
À l’heure dite, un homme âgé d’une soixantaine d’années est entré, avec une kippa et de l’embonpoint, une valise à roulettes sur les talons. Notre moniteur semblait plutôt jovial. Il a lancé un « Bonjour » joyeux tout en installant son matériel – un écran mobile devant le tableau blanc, son ordinateur portable, son pointeur et des documents – mais en prenant beaucoup de temps pour le faire. A un moment, il a sorti un thermos en me demandant poliment s’il pouvait la mettre sur mon bureau, ce à quoi j’ai évidemment répondu par l’affirmative.
Après cela, il a fini par se placer au milieu de la salle pour se présenter. Son nom, nous a-t-il dit, est Uri Tsihy. Il s’est excusé pour son col de chemise ouvert, sa cravate un peu basse et sa ceinture un peu lâche. Il a des problèmes de santé, nous a-t-il expliqué, en parlant de diabète.
Il lui arrivait d’avoir des vertiges, nous a-t-il précisé, et avait besoin de boire toutes les 20 minutes environ. Il nous a demandé de le lui rappeler au cas où il oublierait. Il ne savait pas vraiment ce qu’il y avait dans le thermos, nous a-t-il concédé, tout en disant que sa femme l’avait préparé pour lui, ce qui devait être le premier de nombreux apartés concernant celle qui le rendait fou et qui était en même temps l’amour de sa vie.
Ses propos liminaires ont pris de longues minutes, entre citations de textes sacrés, plaisanteries bien rodées sur son obligation de s’assurer que nous et tous ceux que nous rencontrerions à l’avenir sur les routes rentrent chez eux « dans leur emballage d’origine » et interruptions venues de la salle – mélange hétéroclite d’Israéliens d’âge moyen, de Haredim, d’orthodoxes et de laïcs, de chauffeurs de taxi, d’employés de bureau et d’universitaires, sans compter un oleh occidental qui parlait très peu l’hébreu et un oleh du Yémen qui parlait encore moins. « Ne vous inquiétez pas, je suis aussi Yéménite », a dit Uri à cet homme, qui n’a pas compris. « Nous, les Houthim, nous sommes tellement avares. Nous ne tirons qu’un seul missile à la fois. »
Oh, il y avait aussi cinq femmes. Cinq femmes sur 35 contrevenants au code de la route — parce que, comme nous le savons tous, les femmes sont d’épouvantables conductrices…
« Vous êtes ici parce que vous avez pris à votre compte les points de votre mari », a-t-il demandé, ou plutôt affirmé, à l’un d’entre elles. — Je vous le dirai plus tard, lui a-t-elle tristement répondu.
Après ce qui a semblé duré une demi-heure, la femme à lunettes est entrée pour vérifier qu’Uri avait fait l’appel et confirmé notre présence. Il ne l’avait pas fait et lui a promis de le faire au plus vite ; il lui a jeté un regard cinglant une fois qu’elle avait le dos tourné. Il a malgré tout pris le registre, nous regardant tous l’un après l’autre et posant une ou deux questions aimables sur nos origines pour, dit-il, mieux se rappeler le nom de ses élèves.
Devant ses mains qui tremblaient un peu en faisant l’appel, il a ajouté une autre maladie à la liste de celles dont il a laissé entendre qu’il souffrait : la maladie de Parkinson. À la fin du cours, il me dit qu’il entendait mal quand il y avait du brouhaha et que cela l’inquiétait, ce à quoi je lui ai rétorqué que cela faisait partie du vieillissement.
Il nous a ensuite distribué de petits livres passant en revue les connaissances en matière de sécurité routière que nous allions revoir et sur lesquelles nous serions testés. Il y aurait 10 questions à ce test, en fin de deuxième session, la semaine prochaine, et nous pouvions l’en remercier car auparavant, il y en avait 20, mais il avait insisté pour en réduire le nombre, a-t-il dit en laissant pour la première fois entendre qu’il était sans doute plus qu’un simple moniteur de la sécurité routière. Il nous faudrait avoir huit bonnes réponses, mais en cas d’échec, une deuxième voire une troisième chance étaient prévues. Après quoi nous reprendrions la formation.
Il nous a également dit, dans son hébreu yéménite magnifiquement exagéré, qu’il était payé 6 000 shekels par conférence – et donc que plus nous enfreignions le code de la route, plus il gagnait d’argent – et qu’il roulait en Mercedes. Nous ne savions pas trop que faire de cette information.
Au bout de la première heure, il a commencé à parcourir le manuel, s’interrompant parfois mais ne montrant aucune irritation lorsque les téléphones sonnaient – même s’il nous avait demandé de les éteindre – et parsemant ses instructions sur le réglage des rétroviseurs, le comportement aux carrefours, les demi-tours et les distances de freinage de citations sacrées et autres allusions affectueuses à sa femme.
Au début, j’ai trouvé cela exaspérant. C’était de ma faute si j’étais là, bien sûr. Mais entre cet homme âgé, excentrique et un peu maladroit, la lenteur du rythme de la formation, ses citations de la Bible, ses « blagues » sur sa femme et ses interruptions interminables – le tout un vendredi matin, un jour généralement dénué d’obligations professionnelles – j’avais du mal à l’accepter.
Mais à un moment donné, au cours de la deuxième heure, Uri a commencé à me conquérir.
Ses imitations de personnes âgées en train de traverser la rue étaient à la fois drôles et pleines d’empathie, surtout venant d’un homme lui-même déjà dans la force de l’âge. Si vous les klaxonnez parce qu’ils vont trop lentement, cela se retournera contre vous, a-t-il averti, car ils vont s’arrêter, consternés, et commencer à regarder s’ils n’ont pas laissé tomber leur téléphone, histoire de vous faire attendre encore plus longtemps.
Les petites perles philosophiques dont il a parsemé sa présentation étaient tout à la fois mondaines et sages, à l’image de celle-ci : ne discutez jamais avec les autres conducteurs, car vous ne savez pas à quel point ils pourraient s’avérer désagréables : « Il vaut mieux être lâche et vivant que courageux et mort. »
Certaines de ses répliques étaient drôles mais répétitives : n’essayez pas d’activer votre cerveau depuis l’intérieur lorsque vous attendez au feu rouge, a-t-il conseillé. (Il a effectué un mouvement du doigt vers le haut de la narine). Tant de personnes attendent ainsi le feu vert, ajouta-t-il, songeur. (En faisant rouler au bout de ses doigts une boulette de morve imaginaire.)
(Tous les aphorismes, plaisanteries et citations d’Uri sont plus drôles en hébreu ; croyez-moi sur parole.)
Il nous a aussi dit qu’il avait emmené des groupes scolaires au centre de réadaptation Lowenstein, et qu’il y avait là un jeune homme paralysé du cou aux pieds à la suite d’un accident de la route. Il a un jour demandé à ce jeune homme, un peu brutalement, si sa vie valait la peine d’être vécue. Et le jeune homme lui a répondu que, si, après l’avoir vu, les jeunes comprenaient mieux la nécessité de conduire prudemment et ainsi sauver des vies, alors oui, sa vie valait la peine d’être vécue dans cet état.
Toute la classe – même ces messieurs avec lesquels vous n’auriez aucune envie de vous disputer au volant – s’est laissée gagner par Uri, son humour et sa patience. Il nous a dit, en passant, qu’il avait été moniteur de conduite pendant de nombreuses années avant de se lancer dans l’éducation à la conduite, et d’être aujourd’hui l’un des fonctionnaires en charge de la rédaction et de l’amendement du code de la route et des sanctions infligées aux contrevenants.
Il a également ajouté – après avoir dit que les femmes, dans la police, étaient « les pires », en ce sens qu’elles laissaient rarement repartir un délinquant de la route masculin et jamais une femme – que sa femme était une ancienne flic. Plutôt improbable, pensais-je, et je crois que la plupart de mes camarades de formation se sont eux aussi posé la question, mais il n’en a pas fait toute une histoire, alors nous avons laissé passer.
Il en a reparlé une seconde fois, un peu plus tard, en promettant de nous raconter l’histoire de leur rencontre avant la fin du cours. Et c’est ce qu’il a fait : un jour, a-t-il dit, il était au centre de conduite en train d’attendre un de ses élèves qui passait le permis et l’a réussi. Uri était très heureux. Tout à sa joie, en sortant du centre d’examen, il force un stop. Une policière apparait – une longue silhouette saisissante – et lui fait signe de descendre. Je ne pense pas qu’il nous ait dit si elle lui avait ou non mis une contravention, mais il a dit qu’elle était son épouse depuis plus de 50 ans.
Cela m’a semblé énorme et plus qu’improbable. Mais nous « savions » déjà que sa femme était une ancienne flic, n’est-ce pas ? Et lui un orthodoxe moniteur de conduite. Une telle histoire, aussi improbable qu’elle soit, ne s’invente pas. Quoi qu’il en soit, nous sommes nombreux à avoir ri de cette histoire et personne ne l’a accusé de mentir. Nous sommes restés là, ravis et conquis.
A la fin du cours, j’ai retrouvé celle qui est ma femme depuis des dizaines d’années et je lui ai naturellement parlé d’Uri Tsihy – de mon sentiment de désespoir, au tout début, à l’idée d’être coincé dans une pièce avec lui à mon acceptation et appréciation progressive, en raison de son bon caractère, de son imperturbabilité, de sa femme policière et des circonstances dans lesquelles ils se sont rencontrés.
Elle a ri et m’a immédiatement dit : « Impossible que ce soit vrai. »
« Non, vraiment… » ai-je commencé, avant de me rendre compte qu’elle avait très certainement raison, émerveillé que les autres élèves et moi l’ayons cru, bercés par ses deux premières références fortuites, tout disposés à accepter l’histoire invraisemblable qui allait suivre. Ce qui m’a convaincu de lui demander ce qu’il en était la semaine suivante.
Deuxième leçon : mais qui est cet homme ?
Notre deuxième et dernière séance du vendredi a commencé à peu près comme la première, sauf qu’il y avait un tuyau en plastique qui fuyait du plafond et qu’une poubelle en plastique avait été placée en dessous pour recueillir (une partie) des gouttes qui perlaient. Uri est arrivé avec sa valise à roulettes et a mis un certain temps à s’organiser, mais s’est ensuite concentré sur le manuel, sans se départir de son humour.
Il a aidé un retardataire à échappe aux griffes de la femme à lunettes, laquelle avait dit que les retardataires ne pourraient pas passer le test.
Il nous a alors dit qu’en fait, nous pouvions faire cinq erreurs sur les dix questions, parce que c’était une équation d’une grande fluidité : « Vous en avez cinq justes, c’est réussi. Vous en avez cinq fausses, c’est réussi aussi. (La classe voisine, saurai-je plus tard, n’a pas bénéficié de pareille mansuétude.)
Deux surveillants sont arrivés – pas pour s’assurer que nous ne trichions pas au test mais pour nous dire que nous avions de la chance d’avoir Uri comme formateur. C’est Uri, a dit l’un d’eux, qui a formé la plupart des moniteurs d’auto-école. Nous étions loin de nous douter, ajouta-t-il curieusement, qu’il était à ce point remarquable.
Peu de temps après leur départ, le tuyau en plastique s’est désolidarisé du plafond et est tombé dans la pièce comme un serpent. Uri a demandé à la femme à lunettes d’aller chercher le concierge. L’homme est arrivé peu de temps après, est resté sur le pas de la porte pendant quelques secondes, à contempler la fuite, avant de dire « C’est bon » et de repartir.
Uri nous a ensuite parlé des panneaux de signalisation, des phares antibrouillard, des dépassements sur la route, etc. Puis, après avoir visionné une courte vidéo sur la façon de négocier les ronds-points et plusieurs diapositives sur le même sujet, il est passé à une autre diapositive. « Une nuit, j’ai rêvé que Dieu avait accepté de s’entretenir avec moi », a lu Uri d’un ton neutre. « Je lui ai demandé ce qui le surprenait le plus chez ses enfants, les humains. »
« Dieu a répondu », a poursuivi Uri, « qu’ils s’ennuient lorsqu’ils sont enfants, qu’ils ont hâte de grandir et, bien plus tard, de redevenir des enfants. Qu’ils sacrifient leur santé pour accumuler de l’argent, puis dépensent tout leur argent pour essayer de retrouver leur santé. Qu’ils pensent avec peur à l’avenir et oublient le présent, afin de ne pas vivre le présent ou l’avenir. Qu’ils vivent comme s’ils ne mourraient jamais, et qu’ils meurent comme s’ils n’avaient jamais vécu. »
Cette lecture a pris quelques minutes – rien à voir avec le programme officiel de la formation, même si cela faisait aussi l’objet d’une diapositive. Nous tous – ceux qui ne comprenaient pas, ceux qui bavardaient et même ceux qui remâchaient leur colère – nous sommes assis en silence, écoutant ce qui était manifestement la manière dont Uri concevait l’existence et les erreurs que nous faisions, ô combien décevantes pour le Tout-Puissant, incapables que nous sommes de vivre avec sagesse – à commencer par notre façon de ne pas traiter nos frères, enfants de Dieu, comme nous le devrions.
Il nous a dit avoir « demandé à Dieu » quelles leçons il aimerait que ses enfants comprennent. « Que ce qui compte, ce n’est pas ce que vous avez, mais qui vous avez », a répondu Dieu, par la voix d’Uri. « Que l’homme riche n’est pas l’homme qui a le plus, mais l’homme qui a le moins besoin. Qu’il ne faut que quelques secondes pour blesser profondément quelqu’un qui est grandement aimé, et des années pour en guérir. Qu’il y a des gens qui vous aiment beaucoup, mais qui ne savent pas comment exprimer leurs émotions. Que l’argent peut tout acheter sauf le bonheur. Et qu’un véritable ami est quelqu’un qui sait tout de vous et qui vous aime malgré tout. »
Il a alors prononcé ce qu’il nous a présenté comme les mots d’adieu de Dieu : « Je suis ici 24 heures sur 24, chaque fois que tu as besoin de moi. S’il te plaît, Uri, souviens-toi simplement de ceci : les gens oublieront ce que tu leur as dit, et les gens oublieront ce que tu as fait pour eux, mais les gens n’oublieront jamais ce que tu leur as fait ressentir. »
Il y a eu quelques secondes de silence dans la salle, le temps que nous absorbions le message, puis des applaudissements. Uri a fait un geste des deux mains, paumes vers le bas, pour dire « N’applaudissez pas ». « Il y a d’autres choses que j’ai besoin de vous dire. »
Debout, dans cette salle de classe, avec le tuyau en plastique en train de déverser son eau derrière lui, après avoir livré ce qui est, pour lui, les vérités de Dieu, il nous a livré des choses très personnelles – pour nous expliquer ce qui l’avait mené ici, à implorer les gens à prendre soin de leur vie et de celle des autres.
Il a dit qu’on lui avait diagnostiqué un cancer malin il y a de cela 15 ans et que les médecins lui avaient donné deux semaines à vivre. Il aurait alors dit à Dieu qu’on avait besoin de lui et que s’il l’épargnait, il consacrerait le reste de sa vie à sauver des vies. Il a expliqué que le col et la cravate amples, ainsi que les pantalons longs, cachaient des tubes et autres dispositifs médicaux, et que parfois, lorsqu’il élevait la voix, c’est parce qu’il avait mal.
Loin d’être payé 6 000 shekels par formation, il nous a dit qu’il était bénévole – non seulement ici mais aussi dans des écoles et des yeshivot – presque chaque jour. « Si je peux sauver une vie… », a-t-il déclaré à la fin, en nous laissant enfin l’applaudir.
Il a fallu un certain temps pour que la classe se calme. Quand nous nous sommes ressaisis, il nous a dit de sortir les téléphones que nous étions censés avoir éteints et de noter son numéro de téléphone. Nous pourrions l’appeler plus tard dans la journée, a-t-il dit, avant le Shabbat, si nous ne pouvions pas attendre le début de la semaine prochaine pour savoir si nous avions réussi le test.
Ensuite, il a distribué les questions et la feuille de réponses, et nous avons abordé les 10 questions. Nous avons terminé le test en quelques minutes. Il a aidé certains d’entre nous là où il le pouvait, sans en faire trop. Il a serré la main de tout le monde en repartant. Beaucoup d’entre eux lui ont dit que cela avait été un plaisir de le connaitre.
J’ai pris plus de temps que la plupart des gens, et j’ai attendu un peu plus longtemps pour faire de même. Je lui ai dit à quel point cela avait été un privilège de suivre sa formation. Puis je lui ai demandé : cette histoire sur sa femme et leur rencontre, était-elle vraie ?
Uri s’est mis à rire, et je lui ai expliqué que j’y avais cru, comme le reste de la classe, mais que j’en avais parlé à ma femme, et qu’elle m’avait immédiatement dit que c’était ridicule.
Toujours en riant, il m’a demandé le nom de ma femme et m’a dit qu’elle avait raison – que bien sûr ce n’était pas vrai. C’est l’une des nombreuses choses qu’il dit pour faire en sorte que ceux qui suivent cette formation retiennent ce qui est vraiment important, ce qui permet de sauver des vies, et qu’il essaie de faire entrer dans nos crânes. J’ai voulu le serrer dans mes bras mais je me suis satisfait d’une poignée de main et je suis parti.
Troisième leçon : ce qui compte vraiment
Sur le chemin du parking, une collègue de travail m’a contacté, triste qu’un projet sur lequel elle travaillait ne marche pas aussi bien qu’elle le voulait, ce qui la mettrait en retard et la mettait dans l’incapacité de livrer le travail attendu avant la semaine prochaine.
Je lui ai dit, avec un calme qui ne m’est pas coutumier, de ne pas s’inquiéter, qu’elle faisait de son mieux, qu’elle devait faire face à ce qu’elle pouvait aujourd’hui et passer à autre chose, et profiter autant qu’elle le pourrait de cette journée avec sa famille. Je lui ai expliqué que je venais de terminer une formation à la conduite remarquable et que je me sentais inhabituellement modéré.
J’ai ensuite retrouvé ma femme dans un café voisin pour lui raconter ce qui s’était passé lors de cette deuxième séance. J’ai commencé par lui qu’elle avait raison. La femme d’Uri n’est pas une ancienne flic. C’est en fait une enseignante, qui a arrêté de travailler pour s’occuper de lui lorsqu’il est tombé malade.
Ensuite, j’ai essayé de lui parler de la diapositive et des détails de la conversation d’Uri avec Dieu, avec son accent central sur la façon dont nous devrions nous traiter les uns les autres ; ainsi que sur son cancer ; et son attachement à sauver des vies si la sienne était épargnée. Je me suis retrouvé en pleurs en lui racontant tout cela. Je ne sais pas si je l’ai bien décrit ci-dessus, mais si vous aviez été dans cette salle de classe et que vous l’aviez ensuite expliqué à quelqu’un que vous aimez, vous auriez vous aussi probablement été ému.
Peu de temps après notre retour à la maison, le téléphone de ma femme a sonné. Je l’ai entendue dire « Oh, Uri », et j’ai supposé que c’était un jeune enfant que nous connaissions et appréciions. Mais non, c’était bien Uri Tsihy. C’est ma femme qui m’avait inscrit à cette formation et c’est donc son numéro qu’il avait dans ses dossiers.
Quand elle m’a tendu le téléphone, Uri m’a dit qu’il m’appelait simplement pour me dire que j’avais réussi le test – 10 sur 10. Je l’ai remercié et lui ai dit que j’avais tout raconté à ma femme, le concernant – qu’il était fou, brillant et inspirant. Il a dit qu’il s’était garé sur le bord de la route et qu’il riait à l’idée d’être traité de « fou ».
Je lui ai demandé si sa femme était avec lui, parce que j’aimerais lui dire à quel point il était incroyable. Il a dit non, mais qu’elle serait là dans une demi-heure et que je pourrais le rappeler.
Entre-temps, je l’ai cherché sur Internet et j’ai trouvé un portrait en hébreu de 6 minutes que Kan TV a fait à son sujet en 2021. On y voit Uri dire à une classe comme la nôtre : « Imaginez si je venais aujourd’hui et que je vous disais » – il affecte une voix faible – « Bonjour, je m’appelle Tsihy, Uri, et je suis ici pour vous parler du nouveau code de la route. » La voix de plus en plus traînante, les yeux mi-clos, le corps à moitié affaissé, il poursuit : « Je m’endormirais, tout comme vous. » Puis on le voit parler à la caméra et expliquer : « Je les réveille ! Réveillez-vous !! »
Il fait par ailleurs remarquer, avec des images éloquentes, que les gens arrivent généralement, le premier jour, avec « des visages fermés, comme s’ils avaient croqué dans un citron ». Je devais, je pense, correspondre à cette description. Il a l’air plus mince, en meilleure santé, dans le clip, et je le trouve plus doux aujourd’hui.
Moins de 30 minutes plus tard, Uri a rappelé. Il était chez lui et je pouvais donc parler avec sa femme si je le voulais.
Batsheva a pris le téléphone et je lui ai dit à quel point son mari était remarquable. Je lui ai demandé si elle avait un jour assisté à une de ses formations. Elle m’a dit oui, mais pas depuis longtemps.
Savais-elle, lui ai-je demandé, qu’il dit à ses élèves qu’elle est une ex-policière ? Il y eut un silence, puis elle s’écria : « Uri ! » – d’une voix forte, mais sur un ton amusé.
Un peu plus tard, nous avons reçu un message d’Uri pour Shabbat : il nous avait visiblement ajoutés à sa liste de diffusion WhatsApp et nous encourageait à répandre partout la bienveillance, tout en souhaitant du succès aux soldats israéliens et en espérant que les otages « reviennent bien vite auprès des leurs ».
Il m’a fallu quelques jours pour écrire cet article, et j’essaie toujours de donner un sens à tout cela. J’ai raconté l’histoire à plusieurs personnes et l’une d’entre elles s’est aventurée à me dire qu’Uri était peut-être un tsadik nistar, l’une des 36 personnes spéciales méconnues de chaque génération qui, selon la tradition mystique juive, soutiennent le monde. Je ne doute pas qu’il se moquerait de cette idée.
Comme je l’ai dit, j’essaie toujours de comprendre le sens de cette histoire. J’aime à penser que nous serons tous des conducteurs plus prudents à partir de maintenant. Je ne pense pas que j’oublierai facilement ce qu’Uri Tsihy m’a fait ressentir.
Mais dans la vidéo de Kan, il conduit bien une Mercedes.
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