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Scandale Pegasus : La France avait envisagé d’acheter le logiciel espion israélien

De nouvelles enquêtes publiées par Forbidden Stories relancent l'affaire alors que Sébastien Lecornu est en visite officielle au Maroc pour consolider le rapprochement entre Paris et Rabat

Le logo du NSO Group sur un smartphone placé sur un clavier. (Crédit : Mundissima/Alamy)
Le logo du NSO Group sur un smartphone placé sur un clavier. (Crédit : Mundissima/Alamy)

Cinq ans après le scandale Pegasus, de nouvelles enquêtes publiées jeudi par le consortium Forbidden Stories relancent l’affaire en révélant que la France avait étudié l’acquisition du logiciel espion israélien au moment même où des ministres auraient été ciblés.

Ces publications interviennent alors que le Premier ministre français Sébastien Lecornu est en visite officielle au Maroc pour consolider le rapprochement entre Paris et Rabat.

Interrogés, l’entourage du chef du gouvernement et le ministère des Affaires étrangères n’ont fait aucun commentaire.

Selon les documents et témoignages recueillis par le consortium de médias dont le quotidien Le Monde, des traces techniques analysées par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) permettraient d’établir des indices de compromission sur les téléphones de plusieurs membres du gouvernement français de l’époque, dont Florence Parly (Armées) et Jean‑Michel Blanquer (Éducation nationale).

L’enquête affirme que Lecornu aurait été ciblé dès juillet 2019, alors qu’il occupait le portefeuille des Collectivités territoriales. Les investigations associent plusieurs marqueurs techniques, retrouvés sur des téléphones français, à des opérations déjà attribuées à des intérêts marocains.

Selon ce consortium, plusieurs administrations françaises auraient en outre étudié, entre 2019 et 2020, l’acquisition du logiciel Pegasus, développé par la société israélienne NSO Group.

Selon des auditions judiciaires citées par Forbidden Stories, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), la Direction du renseignement militaire (DRM) et le ministère de la Justice se seraient intéressés aux capacités du logiciel pour des enquêtes liées au terrorisme ou au narcotrafic.

Le dirigeant de la société française Syans, intermédiaire de NSO en France, a affirmé aux enquêteurs que les discussions avec les autorités françaises avaient atteint un stade avancé, avec un montant d’acquisition envisagé compris entre 60 et 80 millions d’euros.

Le projet aurait toutefois été abandonné à la fin de 2020, à la suite d’un arbitrage de l’Élysée. Selon plusieurs témoignages recueillis par le consortium, Emmanuel Macron aurait invoqué des motifs de souveraineté technologique et des risques réputationnels.

Dans une autre enquête, Forbidden Stories s’appuie sur le témoignage inédit d’un ancien membre du renseignement intérieur marocain, présenté sous le pseudonyme de « Safir » qui décrit un dispositif de surveillance déployé contre les opposants, journalistes et défenseurs des droits humains.

Selon lui, le Maroc aurait successivement utilisé plusieurs outils de surveillance numérique avant de se tourner vers Pegasus à partir de 2017.

L’enquête prend pour exemple le journaliste marocain Omar Radi, connu pour ses enquêtes sur l’entourage du roi Mohammed VI, qui aurait fait l’objet, pendant plusieurs années, d’une surveillance poussée avant d’être arrêté en 2020, puis condamné à six ans de prison dans deux affaires distinctes, avant d’être gracié en 2024.

Le Maroc a toujours fermement rejeté l’ensemble de ces accusations, remettant en cause la fiabilité des enquêtes et réclamant systématiquement la présentation de « preuves ».

Cette affaire continue de faire l’objet d’investigations judiciaires en France, même si les magistrats se heurtent à l’absence de coopération des autorités marocaines, selon le consortium.

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