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Scandale Pegasus : Israël tente de réparer les liens mis à mal avec la France

Paris aurait gelé une partie de la coopération avec Jérusalem suite au piratage présumé du téléphone du président Macron avec le logiciel du NSO Group - un piratage démenti par NSO

Un logo orne un mur sur une succursale de la société israélienne NSO Group, près de la ville de Sapir, dans le sud d'Israël, le 24 août 2021. (Crédit : AP/Sebastian Scheiner)
Un logo orne un mur sur une succursale de la société israélienne NSO Group, près de la ville de Sapir, dans le sud d'Israël, le 24 août 2021. (Crédit : AP/Sebastian Scheiner)

Le Conseiller israélien à la sécurité nationale Eyal Hulata s’est rendu en France, ces derniers jours, pour tenter d’apaiser une crise entraînée par le piratage des téléphones du président français Emmanuel Macron et de plusieurs hauts-responsables, un piratage qui aurait été réalisé grâce à un logiciel-espion israélien développé par le NSO Group. Un entretien confirmé par l’Élysée.

Citant des sources israéliennes très bien placées, le site d’information Walla a annoncé que Hulata avait rencontré Macron au palais de l’Élysée, en compagnie d’Emmanuel Bonne, haut-conseiller diplomatique du président français. Lors de cette réunion, la crise entraînée par le logiciel-espion a été au centre des discussions.

Il y a eu « une session utile du dialogue stratégique entre Emmanuel Bonne et le NSC, le conseiller national à la sécurité » israélien Eyal Hulata, a confirmé vendredi l’Elysée. « Nous demandons des garanties dans l’affaire NSO et y travaillons avec les Israéliens », a précisé l’Elysée.

Selon le site, une enquête interne qui avait révélé, au mois de juillet, ces piratages avait entraîné une querelle diplomatique et Macron avait appelé le Premier ministre Naftali Bennett dans la foulée. Ce dernier avait promis d’ouvrir une enquête. Quelques jours plus tard, le ministre de la Défense Benny Gantz avait fait le déplacement à Paris pour présenter les conclusions initiales des investigations.

Eyal Hulata sur une photo non datée. (Crédit : autorisation)

Walla a fait savoir que la France a gelé une partie significative des liens diplomatiques, sécuritaires et de renseignement avec Israël jusqu’à ce que les responsabilités soient clairement établies dans ce dossier. Les visites mutuelles ont notamment été stoppées et Hulata a depuis pris la tête d’un dialogue mené en coulisse pour apaiser la crise.

Hulata aurait présenté de nouvelles conclusions à Bonne et il aurait proposé qu’Israël s’engage à ce que – dans tout accord futur portant sur la cybersécurité conclu avec un autre pays – l’interdiction de prendre pour cible un numéro de téléphone français soit spécifiquement mentionnée. Des clauses similaires figurent d’ores et déjà dans ce type d’accord concernant les numéros américains et britanniques.

Pegasus, un logiciel développé par le firme israélienne NSO Group, a la capacité d’activer à distance la caméra ou le micro d’un téléphone et de récolter les données contenues dans l’appareil. Il s’est trouvé au cœur d’une controverse, au mois de juillet, après la publication de la liste des noms de 50 000 cibles de surveillance potentielles, une liste qui avait fuité auprès des médias.

Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre Naftali Bennett. (Crédit : Benoit Tessier/Pool/AFP; Marc Israel Sellem/Pool)

Les médias à l’origine de ces révélations, dont le Washington Post, le Guardian et Le Monde, avaient fait savoir à ce moment-là que l’un des numéros de téléphone du président Macron et que ceux de plusieurs ministres français figuraient sur la liste.

Les ministres visés étaient le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, la ministre de la Cohésion des territoires Jacqueline Gourault, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie, la ministre du Logement Emmanuelle Wargon, et le ministre des Territoires d’outre-mer Sebastien Lecornu, avait annoncé Médiapart.

Au mois de juillet, Le Monde avait affirmé que des preuves de tentative de piratage avaient été trouvées sur le téléphone de l’ancien ministre de l’Environnement et proche de Macron François de Rugy – et que la tentative aurait été menée depuis le Maroc.

Les services de renseignement marocains ont aussi été accusés d’avoir été à l’origine du piratage de téléphones appartenant à des journalistes en France, des accusations vigoureusement démenties par le gouvernement du royaume, qui a porté plainte pour diffamation.

De son côté, le NSO Group a nié que Macron ait été pris pour cible par ses clients.

« Nous pouvons dire avec assurance que le président français, Macron, n’a pas été visé spécifiquement », avait ainsi commenté un haut-responsable du NSO Group chargé des questions de conformité, Chaim Gelfand, devant les caméras de i24news au mois de juillet.

Le NSO Group a dit et répété que son logiciel ne devait être utilisé que dans la lutte contre le terrorisme et contre d’autres crimes, et que la liste rendue publique n’était aucunement liée à l’entreprise.

Le mois dernier, le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, a minimisé les critiques faites à l’encontre des régulations israéliennes appliquées au NSO Group, jurant néanmoins de renforcer les initiatives prises pour garantir que le logiciel-espion controversé ne tomberait pas entre de mauvaises mains.

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