« Shabbat des 250 » : L’appel de Trump divise les Juifs à l’approche du jubilé de prière
C'est la première fois qu'un président américain pousse à observer le Shabbat ; si certains rabbins l'ont salué, des membres de la gauche juive mettent en garde contre une confusion entre religion et Étatòoo
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JTA — Dans le cadre des célébrations du 250ᵉ anniversaire des États-Unis, le président américain Donald Trump invite les Américains à prier ensemble lors d’un marathon de neuf heures qui se tiendra dimanche sur le National Mall, en présence de nombreux orateurs chrétiens – et d’un rabbin.
Mais auparavant, Trump a appelé les Juifs à observer Shabbat, le jour de repos juif qui commence au coucher du soleil le vendredi et se termine à la tombée de la nuit le samedi, et a encouragé les autres Américains à envisager eux aussi d’adopter ce rituel.
« En l’honneur des 250 glorieuses années d’indépendance américaine et à l’occasion du week-end de Rededicate 250 – un jubilé national de prière, de louange et d’action de grâce – les Juifs américains sont encouragés à observer un Shabbat national », a déclaré Trump dans sa proclamation du Mois du patrimoine juif américain, le 4 mai.
« Du coucher du soleil le 15 mai à la tombée de la nuit le 16 mai, amis, familles et communautés de toutes origines pourront se réunir pour rendre grâce à notre grande nation », a-t-il poursuivi.
« Cette journée rendra hommage à la tradition juive sacrée qui consiste à réserver du temps pour le repos, la réflexion et la gratitude envers le Tout-Puissant. »
C’est la première fois qu’un président américain exhorte officiellement à observer Shabbat. Ivanka Trump, la fille du président, qui s’est convertie au judaïsme avant d’épouser Jared Kushner, aujourd’hui conseiller de premier plan de Trump, observerait le Shabbat.
L’appel de Trump fait écho à l’héritage de l’activiste chrétien conservateur Charlie Kirk, assassiné en septembre. L’ouvrage Pourquoi respecter le shabbat transformera votre vie, dans lequel il détaille comment il observe un « Shabbat juif » chaque semaine, a été publié à titre posthume.
Cet appel a reçu un accueil mitigé de la part de la communauté juive américaine. Certains ont déclaré apprécier ce geste et la reconnaissance d’une tradition centrale du judaïsme, et vont même jusqu’à promouvoir leurs propres offices de Shabbat dans le cadre de l’initiative intitulée le « Shabbat des 250 ».
D’autres affirment que Trump s’approprie le judaïsme pour promouvoir des objectifs politiques conservateurs et le nationalisme chrétien, un mouvement soutenu par une partie de la base électorale de Trump qui, selon les experts, pourrait pousser le pays dans une direction moins accueillante pour les Juifs.
Le soutien à cette initiative a été le plus marqué parmi les Juifs orthodoxes, qui sont généralement plus conservateurs sur le plan politique.
Le rabbin Josh Joseph, vice-président exécutif de l’Union orthodoxe, a approuvé l’appel de Trump peu après son lancement.
« Ce week-end, suivant l’encouragement du président Trump, nous célébrerons le ‘Shabbat des 250’ », a-t-il déclaré dans un communiqué publié en début de semaine.
« Nous ferons une pause pour rendre grâce pour toutes les bénédictions que le Tout-Puissant a accordées aux Juifs américains grâce à l’attachement unique à la liberté ancré dans cette nation. »
Certaines synagogues orthodoxes, dont beaucoup sont affiliées au mouvement hassidique Habad, ont annoncé un programme pour le « Shabbat des 250 », comprenant notamment des dîners et des interventions spéciales.
Le groupe Young Jewish Conservatives a, quant à lui, distribué des subventions de 180 dollars aux Juifs conservateurs de moins de 35 ans qui s’engageaient à accueillir au moins cinq personnes pour un dîner de Shabbat chez eux.
Plus de 7 500 personnes ont déclaré sur le nouveau site internet, Shabbat250.org, leur intention d’observer Shabbat. Certains commentateurs orthodoxes ont établi un lien entre l’appel de Trump et la parasha – portion hebdomadaire de la Torah -, qui décrit comment les Israélites, après être sortis d’Égypte, ont procédé à un recensement dans le désert alors que leur nouvelle nation prenait forme.
« Aujourd’hui, nous célébrons le 250ᵉ anniversaire, mais à l’instar d’un recensement, ce jalon doit également servir de point de départ pour réfléchir à la direction que prend l’Amérique », a écrit Jonathan Feldstein, président de la Genesis 123 Foundation, une organisation à but non lucratif qui vise à tisser des liens entre Juifs et chrétiens, sur son blog Substack.
De l’autre côté, le rabbin Jonah Pesner, du Religious Action Center (RAC), l’organisme chargé des relations politiques et législatives du judaïsme réformé aux États-Unis, figure parmi les chefs religieux qui doivent participer, vendredi matin, à un événement virtuel. Selon les organisateurs, cet événement « expliquera pourquoi tant d’Américains croyants de diverses confessions sont alarmés et rebutés par les tentatives visant à utiliser le 250ᵉ anniversaire des États-Unis comme une occasion de présenter le pays comme une ‘nation chrétienne’ et de déformer l’approche de la tolérance et de la liberté religieuses adoptée par nos fondateurs et notre Constitution ».
Ce point de vue est largement partagé au sein de la gauche juive, dont de nombreux dirigeants estiment qu’il est inapproprié et préjudiciable que Trump se mêle du Shabbat.
« Lorsque l’État s’immisce dans nos affaires sacrées, brouillant les frontières déjà floues entre l’Église et l’État, cela n’élève pas le Shabbat, mais cela affaiblit la démocratie que 250 ans d’histoire étaient censés protéger », a écrit mercredi le rabbin Amichaï Lau-Lavie, du mouvement progressiste Lab/Shul.
« Je suggère que chacun d’entre nous adapte ce ‘Shabbat national’ à sa manière – non pas parce qu’un dirigeant l’a ordonné, mais parce que notre humanité l’exige. »
Ce débat intervient à la veille du rassemblement de prière prévu dimanche sur le National Mall.
L’événement, baptisé « Rededicate 250 », est organisé par l’association à but non lucratif Freedom 250. Au programme : de la musique chrétienne et des « Freedom Trucks » chargés de distribuer du matériel pédagogique fourni par le groupe de défense conservateur PragerU et l’université chrétienne classique Hillsdale College.
Des prestations de fanfares militaires américaines sont également prévues, ainsi que la participation de plusieurs responsables de l’administration Trump, dont le secrétaire d’État Marco Rubio et le secrétaire à la Défense Pete Hegseth. Trump devrait quant à lui faire une apparition par vidéoconférence et le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, un républicain de Louisiane, prendra lui aussi la parole.
Sur les 33 responsables religieux qui doivent intervenir, environ la moitié sont évangéliques ou pratiquent le christianisme évangélique de manière non confessionnelle. Des orateurs baptistes, catholiques et adventistes du septième jour sont également prévus.
Le seul orateur non chrétien de la liste est le rabbin Meïr Soloveichik, rabbin orthodoxe et chercheur senior au sein du Tikvah Fund, un groupe de réflexion juif politiquement conservateur, qui siège également à la Commission pour la liberté religieuse créée l’an dernier par Trump.
Rachel Laser, présidente juive de l’organisation Americans United for Separation of Church and State, a qualifié ce rassemblement de « manifestation de la montée du nationalisme chrétien ».
« Si le président Trump et ses alliés se souciaient vraiment de l’héritage américain en matière de liberté religieuse, ils célébreraient la séparation de l’Église et de l’État comme cette invention américaine unique qui a permis à la diversité religieuse de s’épanouir dans notre pays », a-t-elle déclaré dans un communiqué.
« Au lieu de cela, ils continuent de menacer ce principe fondamental en menant une croisade nationaliste chrétienne visant à imposer une version étroite du christianisme à tous les Américains. »
Cette tendance survient alors que les Américains accordent de plus en plus d’importance à la religion, même s’ils ne la pratiquent pas nécessairement eux-mêmes.
Un nouveau rapport du Pew Research Center publié cette semaine montre qu’une minorité croissante d’adultes américains estime que la religion « gagne en influence dans la vie américaine » et que plus de la moitié d’entre eux considèrent qu’elle joue un rôle positif dans la société.
Selon l’enquête, la proportion d’Américains estimant que le christianisme devrait être déclaré religion officielle des États-Unis a légèrement augmenté ces dernières années pour s’élever désormais à 17 %.
Une proportion bien plus importante d’Américains, soit 43 %, a déclaré ne pas penser que le christianisme devrait être la religion officielle du pays, mais que le gouvernement devrait promouvoir les valeurs morales chrétiennes.
La Maison Blanche organisera une réception pour marquer le début du « Shabbat des 250 » en fin d’après-midi, vendredi.
L’attention portée à Shabbat, suscitée par l’appel de Trump, a également déclenché une vague d’intérêt non politique pour le jour du repos juif.
L’écrivaine Daniella Greenbaum Davis, par exemple, a expliqué les enseignements rabbiniques dans une chronique du Washington Post, exhortant les non-juifs à envisager d’observer Shabbat comme une pratique de pleine conscience.
« Le Shabbat est une tradition juive », a écrit Davis. « Mais l’intérêt d’un jour de repos hebdomadaire, permettant de faire une pause formelle par rapport aux préoccupations du monde, est universel. »
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