Interrogés sur « l’annulation » du protocole d’Hébron, les États-Unis réitèrent leur opposition à l’annexion de la Cisjordanie
Bezalel Smotrich a abrogé l’accord conclu entre Israël et l’AP sur les compétences en matière d’urbanisme sur l'implantation juive et le Tombeau des Patriarches - une initiative visant à étendre le contrôle sur la Cisjordanie
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Interrogé sur l’annulation du protocole d’Hébron de 1997 entre Israël et les Palestiniens, annoncée mardi par le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich, un porte-parole du département d’État américain a réitéré l’opposition de Washington à l’annexion de la Cisjordanie par Israël.
Smotrich avait précédemment annoncé avoir « aboli » certains éléments de cet accord de 1997 qui conféraient au conseil municipal palestinien de Hébron l’autorité en matière d’urbanisme, de zonage et de construction dans la zone H2 de la ville de Cisjordanie – où se trouvent l’implantation juive de Hébron ainsi que le Tombeau des Patriarches.
L’Autorité palestinienne (AP) a dénoncé cette annonce, estimant qu’elle violait les accords conclus avec Israël, et a appelé les États-Unis à intervenir. Le ministère des Affaires étrangères a également diffusé un communiqué niant que l’accord ait été « annulé ».
Cette décision marque la dernière étape des efforts déployés par le ministre ultra-nationaliste pour saper les accords conclus entre Israël et l’AP, afin de contrecarrer la création d’un État palestinien et d’étendre la souveraineté de l’État juif à l’ensemble de la Cisjordanie.
« Hier, nous avons abrogé le protocole d’Hébron », a déclaré Smotrich lors de la cérémonie de pose de la première pierre de Doran, une nouvelle implantation située dans le secteur du mont Hébron, au sud de la Cisjordanie, faisant référence au régime juridique en vigueur dans la zone H2.
« Pendant de nombreuses années, l’une des clauses les plus absurdes des Accords d’Oslo est restée en vigueur : l’autorité sur l’implantation juive de Hébron et sur les lieux saints dépendait ainsi de la municipalité terroriste de Hébron. Hier, nous y avons mis un terme », a-t-il ajouté.
Ces accords avaient été signés dans le but d’instaurer un ordre de compromis à Hébron, l’une des villes les plus complexes de Cisjordanie, où une communauté de plusieurs centaines de Juifs israéliens est presque entièrement encerclée par quelque 200 000 Palestiniens. La ville abrite également le lieu saint du Tombeau des Patriarches. Hébron et ce tombeau ont tous deux été le théâtre de fréquents foyers de violence.
Smotrich a ajouté que cette décision s’inscrivait dans le cadre d’un effort plus large du gouvernement visant à légaliser les avant-postes illégaux et à « renforcer la souveraineté israélienne en Judée-Samarie ».
Selon le ministre ultra-nationaliste, « l’État d’Israël » aura désormais compétence administrative sur la zone H2. Il n’a pas précisé quelle agence israélienne serait chargée de ces problématiques, tandis que son porte-parole s’est contenté d’indiquer que l’État d’Israël contrôlerait les dossiers de l’urbanisme, du zonage et de la construction dans le secteur, sans donner plus de détails.
Smotrich a expliqué que cette mesure faisait suite à une décision du cabinet de sécurité qu’il avait présentée et qui avait été approuvée « il y a plusieurs mois ».
Il a noté que la commission supérieure de planification de l’Administration civile, un service du ministère de la Défense que Smotrich contrôle également, avait pris lundi les mesures nécessaires pour mettre en œuvre cette décision.
Les décisions prises par le cabinet de sécurité ne sont pas rendues publiques.
Smotrich a souligné que cette décision « mettait un terme » à l’autorité palestinienne sur les questions de construction relatives à l’implantation juive de Hébron et au Tombeau des Patriarches.
Dans une tentative manifeste de limiter les dégâts, le ministère israélien des Affaires étrangères a publié un communiqué niant l’annulation du protocole d’Hébron, insistant sur le fait que le gouvernement se contentait de transférer certaines compétences spécifiques concernant les résidents d’implantations et les lieux saints de la ville, en raison d’un manque de coopération de la part de la municipalité palestinienne locale.
« Contrairement à la déclaration du ministre des Finances, le protocole d’Hébron n’a pas été annulé », a indiqué le ministère dans un message en anglais publié sur le réseau social X.
« Il y a plusieurs mois, le cabinet de sécurité a adopté une décision qui concernait spécifiquement les compétences en matière d’urbanisme et de construction relatives à la communauté juive de Hébron et aux sites du patrimoine juif. Cette décision a été prise à la suite d’années d’absence totale de coopération sur ces questions de la part de la municipalité de Hébron », a précisé le ministère.
« Au-delà de cela, aucun changement n’a été apporté. »
L’administration du président américain Donald Trump s’est abstenue de prendre activement position de son propre chef, et son Département d’État, en particulier, s’est largement abstenu de critiquer publiquement Israël.
Toutefois, le département d’État a adressé aux journalistes qui l’interrogeaient un communiqué laissant entrevoir son mécontentement face à l’initiative menée par Smotrich.
« Comme le président l’a clairement indiqué, il ne soutient pas l’annexion de la Cisjordanie par Israël », peut-on lire dans le communiqué attribué à un porte-parole du département d’État.
« Une Cisjordanie stable garantit la sécurité d’Israël et s’inscrit dans l’objectif de cette administration d’instaurer la paix dans la région », poursuit le communiqué.
« Nous vous renvoyons au gouvernement israélien pour toute question concernant ses politiques en Cisjordanie. »
Le bureau du dirigeant de l’AP, Mahmoud Abbas, a condamné cette initiative, déclarant dans un communiqué qu’il « considère que cette nouvelle directive porte atteinte au statut politique et juridique de la ville de Hébron et aux accords signés à ce sujet ».
Il a ajouté que « de telles mesures unilatérales sont inacceptables et constituent une violation des accords signés par la partie israélienne, ainsi qu’une violation du droit international », et a appelé la communauté internationale, et les États-Unis en particulier, à intervenir immédiatement.
La décision relative aux autorités civiles dans la zone H2 est la dernière d’une longue série de mesures prises par le gouvernement – en grande partie à l’initiative et sur l’insistance de Smotrich – qui visent à renforcer davantage la domination israélienne sur la Cisjordanie, à augmenter massivement le nombre d’implantations et à affirmer le contrôle israélien sur les terres de Cisjordanie. Smotrich a déclaré à plusieurs reprises que ces mesures visaient à contrecarrer définitivement la création d’un État palestinien et à annexer de facto la Cisjordanie.
Ce protocole d’Hébron s’était inscrit dans le prolongement de l’Accord d’Oslo II de 1995 et du processus de paix israélo-palestinien qui avait été lancé par les Accords d’Oslo, qui avaient été signés en 1993.
Selon les termes du protocole, signé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de son premier mandat, conjointement avec le président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) Yasser Arafat, Israël a retiré ses forces de sécurité de la zone de Hébron désignée sous le nom de H1, soit environ 80 % de la ville, et la police palestinienne a pris en charge les questions de sécurité dans cette zone.
Israël avait conservé le contrôle sécuritaire de la zone H2, soit les 20 % restants de la ville comprenant l’implantation juive et le Tombeau des Patriarches. En revanche, les compétences civiles, notamment en matière d’urbanisme, d’aménagement du territoire et de construction, avaient été transférées aux autorités palestiniennes dans cette zone.
Le Tombeau des Patriarches est vénéré dans le judaïsme comme le lieu de sépulture des patriarches et matriarches bibliques : Abraham, Sarah, Isaac, Rebecca, Jacob et Léa. C’est également un lieu saint pour les musulmans et une grande partie du complexe abrite la mosquée d’Ibrahim.
Des horaires et des espaces distincts sont réservés aux prières juives et musulmanes sur ce site, et toute modification de ces dispositions suscite généralement des condamnations.
Le mouvement pro-implantations et la communauté juive de Hébron cherchent depuis longtemps à affirmer le contrôle civil israélien sur le Tombeau des Patriarches. L’an dernier, l’Administration civile avait temporairement pris le contrôle du site afin de mener à bien des travaux de construction au sein du sanctuaire.
Nurit Yohanan et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.
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