Soudan/El-Obeid: le Conseil des droits de l’homme de l’ONU ordonne une « enquête urgente »
El-Obeid, dans la région du Kordofan du Nord, fait l'objet depuis plusieurs mois d'un siège des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), en guerre contre l'armée régulière soudanaise depuis avril 2023
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Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, inquiet de « l’escalade des violences » au Soudan et à El-Obeid, grande ville assiégée par les paramilitaires combattant les forces gouvernementales, a ordonné lundi l’ouverture d’une « enquête urgente ».
El-Obeid, dans la région du Kordofan du Nord (centre), fait l’objet depuis plusieurs mois d’un siège des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), en guerre contre l’armée régulière soudanaise depuis avril 2023.
Dans une résolution adoptée par consensus lundi par ses 47 membres après un débat d’urgence tenu vendredi sur requête du Royaume-Uni, le Conseil des droits de l’homme a manifesté « sa profonde préoccupation face au risque imminent d’atrocités de grande ampleur commises par les FSR, notamment de violences sexuelles liées au conflit, auxquelles sont exposés des centaines de milliers de civils (…) à El-Obeid et dans ses environs ».
Il a donc ordonné à la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le Soudan, mise en place par le Conseil en octobre 2023, de mener « une enquête urgente » sur « les violations du droit international humanitaire et les crimes internationaux connexes qui auraient été commis » sur place.
Depuis trois semaines, l’ONU, des ONG et divers gouvernements s’inquiètent d’une possible attaque imminente à El-Obeid, similaire à celle qui avait conduit à la prise d’El-Facher (ouest) l’an dernier, ville du Darfour où les FSR sont accusées d’avoir commis de multiples exactions.
Le Conseil a souligné « qu’il n’existe pas de solution militaire à la crise au Soudan », réitérant son appel « à un cessez-le-feu immédiat et total, sans conditions préalables », et à la mise en place « d’un processus crédible et inclusif de transition politique devant conduire à un gouvernement national démocratiquement élu après une période de transition dirigée par des civils ».
Ingérences
El-Obeid, qui compte un demi-million d’habitants, accueille environ 100.000 personnes déplacées par les violences dans d’autres zones du pays. Après avoir brisé un siège prolongé en février de l’année dernière, l’armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie.
Dans sa résolution, le Conseil a condamné « les frappes aériennes contre les civils et le ciblage illégal d’infrastructures civiles », notamment les « dizaines de frappes de drones contre El-Obeid au cours des deux dernières semaines, y compris contre des hôpitaux et d’autres établissements de santé, ayant causé des pertes civiles et perturbé l’accès aux services essentiels ».
Appelant « toutes les parties au conflit à assurer la protection des civils », notamment ceux qui sont contraints au déplacement, le texte dénonce aussi « le recours généralisé au viol et à d’autres formes de violences sexuelles et fondées sur le genre comme méthode de guerre, y compris dans les lieux de détention et comme méthode de torture ».
Le conflit qui oppose depuis avril 2023 l’armée soudanaise, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane, aux FSR, commandées par le général Mohamed Hamdane Daglo, a fait des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés, selon l’ONU. Des organisations humanitaires évoquent plus de 200.000 morts.
Alors que plusieurs ONG et le gouvernement américain ont déjà pointé du doigt des pays entretenant ce conflit, en particulier les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, le Conseil a condamné « toutes les formes d’ingérence extérieure qui alimentent le conflit, notamment la fourniture d’armes et de matériel militaire ».
L’ambassadeur soudanais auprès des Nations unies à Genève (Suisse), Hassan Hamid Hassan, a salué cette résolution lundi, tout en regrettant que le libellé reste « relativement vague » et ne désigne pas directement les Émirats Arabes Unis comme principal soutien des FSR.
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